L'été 2026 a conforté un changement d'échelle, faisant basculer l'Europe dans une nouvelle ère où l'exceptionnel semble être devenu la norme, dans le prolongement d'un été 2025 déjà marqué par des feux records. La chaleur et la sécheresse des sols - conséquence du changement climatique - ont une nouvelle fois favorisé des incendies plus rapides, […]
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Selon le Système européen d'information sur les feux de forêt (EFFIS), 686 772 hectares étaient déjà partis en fumée à travers le continent le 1er octobre 2026 - Crédits : Adélie Francoz - Toute l'EuropeL'été 2026 a conforté un changement d'échelle, faisant basculer l'Europe dans une nouvelle ère où l'exceptionnel semble être devenu la norme, dans le prolongement d'un été 2025 déjà marqué par des feux records.
La chaleur et la sécheresse des sols - conséquence du changement climatique - ont une nouvelle fois favorisé des incendies plus rapides, plus étendus et plus difficiles à contenir sur l'ensemble du territoire européen, pas seulement sur le pourtour méditerranéen.
Et l'Europe, continent qui se réchauffe le plus vite, est encore plus exposée que les autres parties du globe. Quelques chiffres suffisent à saisir l'ampleur du phénomène. Entre le 15 juin et le 15 août 2026, des zones habitées par 80 millions de personnes ont connu au moins une journée à 40 °C ou plus en Europe. La chaleur a aussi causé plus de 25 000 décès sur le continent.
Selon un bulletin publié par Santé publique France le 16 septembre, plus de 8 000 personnes sont mortes en France en lien avec la chaleur lors des canicules de l'été 2026. Ces chiffres font des canicules de cette période estivale les plus meurtrières depuis celle de 2003 (14 802 décès).
Le nombre de morts attribuables à la chaleur n'avait jamais dépassé depuis cette date un total de 7 000 par an. Le bilan pour l'été 2026 est encore voué à s'alourdir, les chiffres devant encore être consolidés.
Face à l'urgence et aux vagues de chaleur répétées, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé le même jour lors de son discours sur l'état de l'Union "un nouveau cadre pour la résilience au changement climatique". Celui-ci doit être présenté le mois prochain. "Nous identifierons 100 des territoires les plus vulnérables d'Europe. Et nous évaluerons les risques, ainsi que le niveau auquel ils doivent être gérés", a-t-elle précisé.
D'après Copernicus, le programme spatial européen d'observation de la Terre, l'Europe occidentale a connu ses mois de juin et de juillet les plus chauds depuis le début des relevés. Août n'a pas dérogé à la règle, devenant le mois le plus chaud jamais mesuré dans le monde.
Résultat : les feux se sont répétés, mettant à l'épreuve la solidarité européenne et rappelant que la prévention doit désormais primer sur la seule capacité d'intervention.
Des dégâts considérablesLes feux en Europe n'ont pas tardé à se déclarer, touchant même des régions non habituées à ce type d'événement. Fin avril déjà, un incendie ravageait une zone d'entraînement militaire dans l'est des Pays-Bas, pays au nord du continent, avec de la fumée visible jusqu'à la région d'Amsterdam… Trois jours plus tard, l'Italie et la Toscane étaient touchés à leur tour. Le début d'une triste et longue série.
En 2025, l'Union européenne avait connu sa pire saison jamais enregistrée, avec plus d'un million d'hectares brûlés. Cette année encore, les dégâts sont considérables. Au 12 août, en milieu d'été, la superficie brûlée représentait déjà plus de deux fois la superficie moyenne brûlée à cette période de l'année.
Selon le Système européen d'information sur les feux de forêt (EFFIS), qui calcule les surfaces brûlées à partir d'images satellites, 686 772 hectares étaient déjà partis en fumée à travers le continent le 1er octobre 2026 (jour des dernières données consolidées mobilisées dans cet article). En France, 97 971 hectares ont été décimés. Le 31 juillet déjà, le ministère de l'Intérieur relevait, lui, un total de 119 000 hectares couverts par l'intervention des pompiers (et plus de 14 000 feux depuis le début de la saison en Gironde, dans les Landes, le Var ou encore en Côte d'Or).
Ailleurs en Europe aussi les feux ont été redoutables. Chez le voisin espagnol, 301 120 hectares ont déjà été consumés par les flammes, contre 393 000 hectares la saison passée selon EEFIS. De même, la Belgique, a priori peu exposée aux feux, a fait face mi-août au pire incendie de son histoire récente. Quelque 3 000 hectares ont brûlé. Quant à la Croatie, elle avait déjà enregistré à la même période 3 900 incendies. Avec une tendance continentale bien réelle : les régions du nord ne sont plus épargnées.
"Des images qui resteront à jamais gravées dans nos esprits"Face à ces catastrophes désormais récurrentes, l'UE s'est organisée, confirmant le célèbre adage selon lequel l'union fait la force. Lorsqu'une situation d'urgence survient, tout pays peut demander une assistance par l'intermédiaire du mécanisme de protection civile de l'Union. L'activation du mécanisme déclenche la mobilisation d'une assistance par le Centre de coordination de la réaction d'urgence à partir des pays européens.
Ce centre assure le déploiement rapide de l'aide et sert de plateforme de coordination entre tous les États membres de l'Union, les dix États participants supplémentaires (l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, l'Islande, le Monténégro, la Macédoine du Nord, la Norvège, la Serbie, la Turquie, l'Ukraine et la Moldavie) le pays touché et les experts de la protection civile.
Au 24 août, le mécanisme de protection civile de l'Union avait déjà été activé à dix reprises par les pays touchés (16 fois en 2025). La Commission a coordonné et cofinancé le déploiement de près de 800 pompiers, de plus de 200 véhicules et de 38 aéronefs pour leur venir en aide.
"Au milieu de ces feux de forêt sans précédent, il y a des images qui resteront à jamais gravées dans nos esprits", a déclaré le 30 juillet lors d'un déplacement sur la base aérienne 106 de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac la commissaire européenne en charge de l'état de préparation et de la gestion des crises, Hadja Lahbib. "Le changement climatique ne frappe plus à la porte de l'Europe, il est déjà à l'intérieur. La seule réponse est plus d'unité, plus de solidarité. Plus d'Europe".
Une solidarité qui se manifeste à toutes les étapes : avant que le feu ne parte, pendant qu'il se propage et même après, au moment des réparations. Au moment de réparer les dégâts causés par les flammes, le Fonds de solidarité de l'Union peut aider à financer certaines dépenses publiques. L'objectif est simple : remettre ce que l'on peut en état pour permettre aux habitants de retrouver une vie normale.
Ce processus prend néanmoins du temps. Dans ce cadre, le Parlement européen a par exemple approuvé en juin 2026 une aide de 120,5 millions d'euros à l'Espagne pour soutenir le pays après les douloureux incendies de l'année précédente. Cette aide fait partie d'un programme plus large qui profitera aussi à la Roumanie et à Chypre.
Une approche plus intégrée du risquePour répondre à ces crises successives, la Commission européenne a également présenté dès mars 2026 une nouvelle stratégie contre les feux de forêt. Celle-ci repose sur quatre piliers : prévention, préparation, réponse et réhabilitation. Le texte insiste notamment sur la sensibilisation du grand public, le développement des données en temps réel, l'usage de l'intelligence artificielle pour modéliser les incendies et la restauration des écosystèmes après les sinistres.
Tirant les enseignements des années passées et se projetant vers des étés qui seront sans doute encore plus chauds, la réflexion européenne évolue pour passer d'une logique essentiellement réactive à une approche plus intégrée du risque.
D'ici 2030, le dispositif rescEU - la réserve stratégique commune de l'UE - devrait disposer de 12 Canadairs (dont 2 au bénéfice de la France) et 5 hélicoptères financés à 100 % par l'Union européenne. Une bonne nouvelle, lorsque l'on sait que la plupart des appareils utilisés dans l'Hexagone (et ailleurs) sont vieillissants.
Or comme le défend Grégory Allione, eurodéputé depuis 2024 au sein du groupe Renew, officier sapeur-pompier professionnel et ancien président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers (2018-2022), une réflexion exclusivement capacitaire élude l'enjeu moins visible mais tout aussi décisif de l'organisation et de la prévention. Sans oublier la nécessité de retrouver une souveraineté industrielle dans la lutte contre les feux. "Sur ces sujets de protection civile, quel que soit le matériel, que ce soient les robots, les drones ou les engins, tels que les avions bombardiers d'eau, il faut que l'on soit autonomes, indépendants et souverains sur notre industrie", insiste-t-il.
Des ressources multipliées par trois ?Les dirigeants européens en ont bien conscience et à l'image de la propagation des feux, il faut aller plus vite, plus loin. "Je suis très fière de la manière dont l'Europe a réagi. De nos moyens européens, qui traversent le continent pour apporter leur aide. Mais il est clair que nous devons voir plus grand. Et apprendre plus vite", a notamment déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen le 16 septembre 2026.
"Le plus important aujourd'hui est d'anticiper les risques", reconnaît de son côté Hadja Lahbib. "Il s'agit de nettoyer les forêts, de reconstruire différemment, de changer de comportement". La Belge espère également que "les États membres auront en tête ce qu'il se passe à l'heure actuelle"lorsqu'il faudra voter les enveloppes du prochain budget pluriannuel de l'Union pour la période 2028-2034."On a demandé un budget assez ambitieux de 10,7 milliards d'euros (contre 3,319 milliards d'euros, dont 2,056 milliards au titre de l'instrument de relance de l’Union sur la période 2021-2027, ndlr.) pour refinancer le mécanisme de protection civile et notre autorité de surveillance des épidémies". Soit des ressources disponibles qui seraient multipliées par trois.
D'autres pistes sont par ailleurs étudiées, comme la mise en place d'une sorte d'"Erasmus" de volontaires formés aux gestes de premiers secours et capables de répondre au "départ d'un nouveau brasier" pour aider les pompiers et autres forces mobilisées sur le terrain.
L'été 2026 confirme la nécessité d'une stratégie européenne complète : prévenir, se préparer, intervenir et reconstruire. Si la solidarité européenne a permis de mutualiser des moyens précieux, elle ne saurait compenser une prévention insuffisante.
"Nous avons demandé à certains des pompiers et intervenants d'urgence les plus expérimentés d'Europe [d'examiner] tous les aspects de la préparation et de la prévention. De la coordination civilo-militaire aux besoins de nouvelles capacités. Et je leur ai demandé de formuler des propositions, notamment en ce qui concerne une future flotte européenne de lutte contre les incendies", assure Ursula von der Leyen.
Face à des épisodes de chaleur et de sécheresse appelés à se répéter, la lutte contre les incendies doit devenir une politique permanente d'aménagement, de protection civile et d'adaptation climatique.