Un édito de François Mathieu ...
L'économie belge est à la peine, plombée par un pouvoir d'achat et une productivité sous tension. À l'instar de nos finances publiques. De plus, le dérèglement climatique devient un facteur structurant de notre économie, de notre système de santé, de notre agriculture, de notre sécurité énergétique. Les dernières semaines en apportent la démonstration. Mais à chaque crise, le même scénario se répète.
Sitôt l'émotion retombée, les débats reprennent leur cours habituel, happés par les polémiques du moment – l'épisode migratoire à Ceuta et incendies en tête. La Belgique, comme ses voisins européens, traverse pourtant une séquence qui devrait imposer d'autres priorités. La canicule actuelle a provoqué une surmortalité inédite en Belgique.
Les maisons de repos réclament donc à juste titre une vision à long terme leur permettant d'adapter leurs bâtiments et leurs infrastructures. Les vétérinaires alertent aussi sur des pertes économiques déjà considérables dans les élevages, dues à la sécheresse. Nos fleuves en Europe atteignent des niveaux historiquement bas, perturbant des artères essentielles du commerce, tandis que plusieurs réacteurs nucléaires proches de nos frontières doivent être arrêtés faute d'un débit suffisant des cours d'eau. Liste non exhaustive.
Face à la canicule, les églises pourraient être intégrées dans les lieux de fraîcheurCes événements n'ont rien d'anecdotique. Ils dessinent une nouvelle réalité économique. Face à cela, les autorités fédérales ont certes renforcé le plan sanitaire contre les canicules. Meilleure protection des personnes vulnérables, coordination accrue des hôpitaux, ouverture de lieux rafraîchis, amélioration des dispositifs d'urgence. Très bien. Mais ces mesures relèvent davantage de la gestion de crise que d'une véritable politique d'adaptation.
Canicule : s'adapter n'est plus une optionC'est là que réside le problème. La Belgique continue de traiter les conséquences sans organiser sa résilience. Chaque niveau de compétence agit dans son périmètre : la santé protège les personnes âgées, les Régions limitent les prélèvements d'eau, les entreprises s'adaptent comme elles peuvent. Cette fragmentation révèle une faiblesse profonde : notre système politique reste calibré pour gérer des crises ponctuelles. Chaque "épisode environnemental" montre un peu plus notre impréparation. Le plus inquiétant n'est finalement pas le dérèglement climatique – on nous l'avait annoncé depuis belle lurette. C'est le décalage grandissant entre la vitesse à laquelle le monde change et celle à laquelle notre débat public accepte d'en prendre la mesure. Ignorer le réel ne l'a cependant jamais fait disparaître…
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