Un édito de François Mathieu. ...
Que n'a-t-on pas épinglé ici, dans ces colonnes, les petits arrangements entre amis, la gabegie budgétaire ou cette incapacité chronique à ne penser qu'à l'intérêt général à Bruxelles ? La publication de la composition des conseils d'administration des institutions régionales et autres organismes publics remet, une nouvelle fois, le sujet sur la table. À Bruxelles, les conseils d'administration restent largement le produit de tractations politiques, au moment même où les finances régionales sont dans un état qui devrait imposer davantage de compétence, de responsabilité et de transparence. Sibelga avec 29 administrateurs, Vivaqua avec 29, le Port de Bruxelles avec 20, la Stib avec 19 : à force d'élargir les tables des conseils, on finit surtout par diluer les responsabilités.
Et pendant ce temps, les chiffres ne cessent de rappeler l'urgence. Ces deux dernières années, la dette brute consolidée de la Région a largement dépassé les 15 milliards d'euros et le déficit, s'il fait l'objet d'une attention serrée désormais, n'est pas stabilisé. La Cour des comptes avait déjà, en 2021 et 2025 notamment, pointé des erreurs comptables grossières, des incertitudes sur les recettes et une dette qui avait bondi. Dans n'importe quelle entreprise sérieuse, pareille accumulation de signaux d'alarme provoquerait une remise à plat. À Bruxelles, elle semble surtout provoquer… une nouvelle distribution de cartes. Certains responsables retrouvent une présidence, d'autres une vice-présidence, d'anciens élus reviennent aux affaires.
Il ne s'agit évidemment pas de prétendre que tous les administrateurs sont incompétents. Ce serait absurde. Mais une nomination à un conseil d'administration n'est pas une récompense, encore moins un lot de consolation après une élection. C'est une responsabilité envers les Bruxellois.
"La politisation à tout prix a rendu le choix impossible" : la procédure de désignation du directeur du logement social annulée à Ixelles et UccleL'OCDE préconise des conseils plus resserrés, davantage d'administrateurs indépendants et une sélection fondée sur des compétences objectives. Pourquoi Bruxelles aurait-elle besoin de moins d'exigence que les autres ? La Région peut toujours expliquer qu'il faut tenir compte des équilibres politiques, linguistiques et institutionnels. Elle peut aussi continuer à considérer les mandats comme le prolongement naturel des négociations de majorité. Mais alors, qu'elle ne s'étonne pas qu'il lui soit demandé des comptes. À force de rapports accablants, de déficits et de conseils d'administration pléthoriques, ce n'est plus seulement la gouvernance qui est en cause. C'est la crédibilité même de la Région. Et celle-là, contrairement à un mandat politique, ne se redistribue pas au terme d'un accord entre partenaires de coalition.
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