Les policiers se préparent à une nouvelle journée de manifestations contre la vie chère, ce samedi 24 octobre, à Toulouse. Antoine, policier expérimenté, et Bernard, jeune recrue (prénoms d’emprunt), témoignent de la...
l'essentiel Les policiers se préparent à une nouvelle journée de manifestations contre la vie chère, ce samedi 24 octobre, à Toulouse. Antoine, policier expérimenté, et Bernard, jeune recrue (prénoms d’emprunt), témoignent de la violence croissante à laquelle ils sont confrontés, en marge de la mobilisation, de la part d’individus "dangereux et déterminés".
"On accumule le stress et la fatigue mais on doit rester lucide malgré les 18 heures d'affilée que l'on passe dans la rue, sous une pluie de pavés et de tirs de mortier", reconnaît Antoine (prénom d'emprunt). Ce policier aguerri d'une quarantaine d'années, enfile à nouveau le casque bleu, ce samedi 24 octobre, comme il l'a déjà fait la semaine dernière, dans les rues de Toulouse. Habitué au terrain, après plus d'une vingtaine d'années d'expérience sur la voie publique et en police judiciaire (Gilets jaunes compris), il n'avait encore jamais vu une telle "rage" dans le regard d'individus "qui viennent directement au contact malgré les sommations" et les ordres de dispersion.
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Samedi 17 octobre, "nous étions clairement en sous-effectif", reconnaît-il. Avec des forces de police et de gendarmerie qui devraient augmenter de 20 % dans les grandes villes pour cet acte II des manifestations contre l'inflation et la vie chère, Antoine redoute surtout les individus qui viennent en découdre (70 000 policiers et gendarmes mobilisés en France, selon le ministre de l'Intérieur, pour cette journée). "Ils n'ont aucune limite, aucune règle et on sent bien que leur but c'est d'envoyer des policiers à l'hôpital". Un constat glaçant partagé par un grand nombre de ses collègues qui vivent le même dilemme. Mis sous pression par des hordes de casseurs et d'individus violents, ils sont tenus de garder leur sang-froid en toute circonstance.
"Dans la rue, on est filmés et tous nos gestes sont disséqués, à la fois par ceux qui cherchent la confrontation mais aussi par notre hiérarchie qui contrôle chacune de nos interventions pour s'assurer qu'elles sont conformes et proportionnées". S'ajoutent au tableau, un manque de considération chronique pour la profession et des décisions politiques contestées en interne.
"Solidaire du mouvement lycéen"Dans cette crise sociale, Antoine assure comprendre le mouvement des lycéens. "On a nous aussi des enfants de l'âge des manifestants. Nous aussi, on est concernés par Parcoursup et tous les problèmes que rencontrent les lycéens. On les comprend et on les soutient car on veut tous le meilleur pour nos enfants. Mais le problème est bien plus profond, il est dans le manque d'éducation, le manque de respect face à l'autorité d'où qu'elle vienne". Il fera le job samedi comme il l'a toujours fait par vocation.
À l'inverse, Bernard (prénom d'emprunt), découvre ses premières manifestations. Jeune policier d'une vingtaine d'années, il vient d'un service qui n'a rien à voir avec le maintien de l'ordre, tout en étant préparé aux violences urbaines. Il fait partie de ces fonctionnaires rappelés pour prêter main-forte aux effectifs sur le terrain.
Boules de pétanque, jets d'œufs de peinture"On vit des situations délicates car on subit des jets de boules de pétanque, d'œufs de peinture ou de barres de fer et une violence à laquelle on ne s'attend pas. Sans compter les insultes. Mais on se serre les coudes".
Une violence physique qui, selon lui et ses collègues, ne provient pas du cortège officiel des manifestants mais d'individus vêtus de noir, encagoulés, qui se fondent dans la foule pour en découdre. "Samedi dernier, j'ai commencé ma prise de service à 5 h 15, jusqu'à minuit... Donc, oui il y a forcément de la fatigue. Quand je suis rentré chez moi, je me suis écroulé sur mon lit, j'ai dormi direct !". Pour les policiers qui ont vécu la crise des Gilets jaunes, "ce 17 octobre a été d'un niveau de violence équivalent au plus fort des épisodes de décembre 2018 en France".
Ce samedi, tout le monde craint la même intensité mais les stratégies sur le terrain devraient être différentes. "À chaque fois que l'on dispersait des groupes violents, ils revenaient encore plus déterminés", ajoute Bernard. Des policiers occupés en plusieurs points chauds de la ville quand les pilleurs, profitant de la gestion de la dispersion, s'attaquaient aux boutiques. "Face à ces situations extrêmes, mes collègues plus âgés qui ont des enfants espèrent une chose, rentrer chez eux en bonne santé".
Il est décidément loin le temps où l'on applaudissait les policiers après les attaques terroristes de 2015. "Sur ces manifs, on est clairement des cibles", disent-ils avec cette désagréable impression de "servir de défouloir à une nouvelle génération d'individus ultraviolents".