Le revirement tardif de la préfecture de police vendredi, sur un nouvel itinéraire entre Porte d’Italie et Porte de Vincennes, a ulcéré les syndicats, qui ont finalement accepté ce nouveau parcours.
France 24/10/2026 08:41 Actualisé le 24/10/2026 11:44
Le revirement tardif de la préfecture de police vendredi, sur un nouvel itinéraire entre Porte d’Italie et Porte de Vincennes, a ulcéré les syndicats, qui ont finalement accepté ce nouveau parcours.
Par Vincent Gibert avec AFP

MEHDI FEDOUACH / AFP
Des personnes rassemblées, place de la Bastille à Paris, en amont d’un cortège en direction du siège du régime de retraite complémentaire Agirc-Arrco, le 14 octobre 2026.
C’est un parcours qui fait l’objet d’un bras de fer intense. La préfecture de police de Paris a interdit vendredi 24 octobre dans l’après-midi le parcours de la manifestation négocié la veille avec les syndicats pour ce samedi, entre les places de la Bastille et de la Nation. À la place, elle a proposé un parcours alternatif, d’abord refusé par l’intersyndicale.
Selon l’arrêté publié dans la soirée, que les organisateurs ont tenté de contester en justice, ce parcours négocié par des représentants de l’Union départementale (UD) de Paris de la CGT, « est interdit ». La préfecture estime que « le parcours déclaré présente de graves risques de troubles à l’ordre public, notamment du fait de la forte densité de commerces de nature similaire à ceux qui ont été visés lors du week-end du 17 et 18 octobre ».
« Néanmoins, la manifestation pourra se tenir le 24 octobre de 13 h à 19 h de la Porte d’Italie jusqu’à la Porte de Vincennes en passant par les boulevards des Maréchaux », en lisière de la capitale, détaille le texte de la préfecture.
Les organisateurs acceptent finalement le nouveau tracéL’intersyndicale d’Île-de-France qui organise la manifestation, comprenant les branches Île-de-France de la CGT, la CFDT, FO, la FSU et Solidaires et les principales organisations de jeunesse (Fage, Union étudiante, Unef, USL) a d’abord indiqué dans un communiqué refuser cette demande « inacceptable ».
L’itinéraire proposé par la préfecture est « impossible à sécuriser », affirme à l’AFP le co-secrétaire général de la CGT de Paris, Karl Ghazi. Dans la soirée, Karl Ghazi a indiqué que la CGT avait « contesté l’arrêté devant le tribunal administratif », une information confirmée par l’organisation étudiante Fage.
Un peu plus tard samedi, les organisateurs ont finalement accepté le parcours imposé par la préfecture. « Nous irons Porte d’Italie cet après-midi », pour un départ prévu à 14 h, a annoncé Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT, au nom de l’intersyndicale, sur BFMTV, appelant tout le monde à se joindre à la manifestation, sur le tracé autorisé par la préfecture.
Par ailleurs, comme on peut le voir dans ce reportage de BFMTV, des commerçants présents le long de ce nouveau parcours ont été complètement pris de court pour barricader leurs locaux, en prévision de la casse éventuelle et des pillages.
Un « revirement de dernière minute » fustigéLe parcours entre Bastille et Nation avait été arrêté jeudi « après deux longues réunions consacrées à la sécurisation du cortège et aux conditions nécessaires au bon déroulement d’une manifestation pacifique », soulignent-elles. Elles fustigent un « revirement de dernière minute » de la préfecture qui « fragilise les conditions de sécurité de la manifestation ».
Pour la présidente de l’organisation étudiante la Fage, Suzanne Nijdam, « l’ensemble de l’intersyndicale est d’accord pour dire qu’on ne cautionnera pas un parcours dangereux pour la sécurité des manifestants ».
« Cela fait une semaine qu’on travaille à une sécurisation de parcours justement pour s’assurer que tout se passe au mieux pour ce samedi et donc c’est pour nous très irrespectueux que de demander en dernière minute comme ça un changement », estime-t-elle.
Jeudi, la préfecture de police avait interdit un autre parcours du collectif étudiant Interfac et de gilets jaunes, entre Bastille et Opéra.
La gauche furieuse de ce changement de parcoursLes dirigeants de gauche ont unanimement fustigé le changement de parcours tardif, y voyant une manière de « jouer la désorganisation des cortèges » et de « semer la confusion donc la panique ».
« Je suis très inquiète concernant la manifestation » de samedi, a écrit sur X la patronne des Écologistes Marine Tondelier. « Évidemment qu’il y aura des gens à Bastille, rendez-vous sur lequel nous avons toutes et tous communiqué très largement. Ce rassemblement sera-t-il traité par les forces de l’ordre comme un rassemblement sauvage ? C’est très problématique et dangereux vu les leçons du week-end dernier », a-t-elle insisté.
« Une nouvelle fois, le pouvoir joue la désorganisation des cortèges et les délais intenables de réorganisation des organisations. Ces méthodes se multiplient dans tout le pays », a déploré sur X Jean-Luc Mélenchon (LFI).
Le premier secrétaire du PS Olivier Faure s’est indigné du « résultat prévisible » : « deux manifestations dont une avec des jeunes méconnaissant le changement qui se rendront à Bastille pour une manifestation devenue interdite. Comment peut-on faire plus brouillon avec au final la mise en danger de nos enfants et renouer avec les risques de chaos », a-t-il écrit sur X.
Quant au communiste Fabien Roussel, il a estimé que changer le parcours revenait à « désorganiser les cortèges et semer la confusion et donc la panique ». « Et demain, on viendra faire la leçon aux manifestants ? Les autorités doivent garantir le droit de manifester, pas compliquer son exercice », a-t-il tempêté.