Un édito de Dorian de Meeûs. ...
L'intelligence artificielle devait nous débarrasser des tâches inutiles. Mal exploitée, elle pourrait bien finir par en créer de nouvelles.
Que ces outils soient utiles pour traduire, résumer, corriger ou améliorer un texte, c'est une évidence. Dans bien d'autres domaines, ils permettent aussi de gagner du temps. Mais lorsque l'IA répond à l'IA, nous entrons dans un monde absurde, presque parallèle.
Des avocats et des magistrats en font aujourd'hui l'expérience. Des plaidoiries sont générées, au moins en partie, par IA. Par conséquent, le nombre d'arguments, de références et de questionnements explose. À charge ensuite pour le magistrat ou la partie adverse de les examiner et d'y répondre, point par point. L'outil pensé pour accélérer le travail de la justice finit par l'alourdir.
Dans les cabinets d'avocats, certains clients débarquent désormais avec un dossier entièrement ficelé par une IA, convaincus d'avoir déjà fait l'essentiel du travail. Comme si l'expérience, la stratégie, la créativité juridique et, surtout, le jugement d'un professionnel pouvaient se résumer à un texte bien structuré.
Les parlements n'échappent pas à cette mécanique. Certains députés redoutent d'être mal classés dans les palmarès qui mesurent leur activité au nombre de questions adressées au gouvernement. Qu'à cela ne tienne : l'IA peut en rédiger davantage, et plus souvent. Et puisque les ministres doivent répondre à toujours plus de questions, leurs cabinets recourent eux aussi à l'IA. Le serpent se mord la queue. Et l'humain, lui, regarde.
Cette dérive n'est pas anecdotique. Une démocratie ne se mesure pas au nombre de questions posées au Parlement. Tout comme une justice de qualité ne se mesure pas au nombre d'arguments produits. Ce qui compte, c'est la pertinence de l'échange, la compréhension des enjeux et la capacité à prendre une décision éclairée.
Marie Desmeures avait reçu les épreuves non corrigées du livre de Thélyson Orélien: "Je me suis lassée"Réjouissons-nous que l'IA puisse améliorer notre productivité, nous faire gagner du temps, réduire les tâches usantes et nous débarrasser de travaux inutiles. Évitons toutefois de déléguer à l'informatique l'essence même de certaines responsabilités.
Le soupçon qui plane désormais sur tout beau discours a déjà fait une victime : la bienveillance. Il serait regrettable que la prochaine soit le bon sens.
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