Un édito de Dorian de Meeûs. ...
Nombre d'artistes aiment afficher leurs opinions politiques, souvent progressistes. Mais l'effet boomerang n'est pas à négliger. Philippe Geluck vient d'en faire la désagréable expérience après un passage remarqué sur La Première. L'humoriste y a expliqué que certains de ses amis français de gauche pourraient préférer Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon dans l'hypothèse d'un tel duel au second tour de la présidentielle. À contrecœur, voire avec dégoût, leur priorité serait alors de barrer la route à Mélenchon. Pour avoir exposé ce dilemme sans vouloir trancher lui-même, le dessinateur du Chat essuie insultes et appels au boycott.
Mais pourquoi une personnalité connue pour ses convictions progressistes devrait-elle nécessairement soutenir La France Insoumise, fermer les yeux sur ses dérives et rester sourd à ses outrances ? Prendre ses distances avec Jean-Luc Mélenchon ne fait pas de Geluck un défenseur de l'extrême droite. Le laisser sous-entendre relève du procès d'intention. Le dessinateur a d'ailleurs tenu à clarifier ses propos dans un court message posté sur les réseaux sociaux.
Cette polémique révèle une intolérance préoccupante dans une partie de la gauche. Dès qu'une voix s'écarte de la ligne dominante ou refuse d'endosser le combat du moment, elle devient suspecte, voire indésirable. Au lieu de s'interroger sur les raisons qui ont permis à La France Insoumise de s'imposer à gauche en France, tout en suscitant une large défiance, certains préfèrent instruire le procès de ceux qui refusent de s'y rallier.
Cette intransigeante a déjà fait son lot de victimes et d'exclus : Caroline Fourest, Alain Finkielkraut, Manuel Valls, Sophia Aram, Jean Quatremer, Élisabeth Badinter, Gilles Kepel ou encore plusieurs anciens de Charlie Hebdo. Tous sont devenus les cibles d'une partie de la gauche contemporaine. Leurs désaccords sur la laïcité, l'universalisme ou les dérives communautaristes leur valent d'être violemment relégués au rang d'adversaires nauséabonds.
Paris brûle-t-il ? Pourquoi les investisseurs se détournent de la FranceÀ force de protéger son camp de toute dissonance, cette gauche moralisatrice nourrit les divisions qu'elle prétend combattre. Le moindre désaccord intellectuel, parfois même une simple hésitation, suffit à coller sur le front d'une personnalité respectable une étiquette d'extrémiste de droite. Et ce, même si tout son parcours démontre le contraire…
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