Sur le site du port de Bruxelles, un pôle de 9 300 m² dédié à la construction circulaire verra bientôt le jour. Conçu à partir de matériaux locaux et de réemploi, “Stadsatelierdeville” entend démontrer qu’il est possible de construire autrement, mais aussi de rendre ces solutions économiquement viables. ...
Et si les bâtiments de demain se construisaient avec les matériaux de ceux d'hier ? C'est le pari de Stadsatelierdeville, ou Stadsat, futur pôle consacré à la construction circulaire qui prendra place à proximité de Tour & Taxis, sur un ancien site de stockage de charbon. Porté par Democo et BC architects & studies & materials, le projet représente, selon ses initiateurs, un investissement de 12 millions d'euros.
Et l'ambition dépasse la seule construction d'un bâtiment exemplaire. Le site réunira entrepreneurs, architectes, fabricants de matériaux et chercheurs pour développer des solutions reproductibles à plus grande échelle. "À Bruxelles, on est pas mal d'entreprises qui sont assez pionnières dans l'économie circulaire", explique Nicolas Coeckelberghs, cofondateur de BC architects & studies & materials. Mais leur spécialisation freine leur développement. "On s'est dit que ce serait intéressant de les regrouper sous un même toit afin d'avoir une approche plus intégrale. On sait qu'on doit vraiment revoir la façon dont on construit actuellement et qu'il faut des solutions. Ces solutions, on les a déjà, mais chacun travaille dans son coin. Ce projet doit nous permettre de changer d'échelle, et de passer à la vitesse supérieure."
Le bâtiment lui-même servira de laboratoire. Sa conception repose sur quatre principes : l'utilisation de ressources locales, le réemploi de matériaux issus de déconstructions, la réversibilité des assemblages et le recours à des solutions bioclimatiques passives. Terres excavées transformées en briques, bois local, isolation en paille, anciennes poutres métalliques ou fenêtres récupérées composeront ainsi l'édifice.
Une approche qui impose de repenser le travail des architectes. "On a été très attentifs dans le consortium à plus chercher une méthode de construction, plus qu'une solution dessinée." Car, poursuit-il, "quand on est sur du réemploi, c'est difficile de déjà dessiner à l'avance puisqu'on ne sait pas encore ce qu'on va pouvoir réemployer dans le futur". Le permis d'urbanisme a ainsi laissé une certaine souplesse, notamment concernant les fenêtres des façades.
Recycler pour résisterCette logique implique aussi son lot de difficultés. Pour les fondations, le consortium a récupéré d'imposants blocs de béton provenant du chantier The Dome, face à la Bourse. Mais après leur installation, des problèmes de tassement ont nécessité de les retirer, de modifier la couche de sable sur laquelle ils reposaient, puis de les replacer. "Ce sont des heures et des heures et des heures, même des jours de travail en plus pour apprendre, raconte l'architecte. C'est là où on se rend compte que le bâtiment devient une sorte de prototype d'expérimentation à échelle de ces nouvelles techniques."
Changer d'échelle pour réduire les coûtsCar l'enjeu est également économique. "Pour l'instant, les solutions biosourcées ou les solutions de réemploi sont souvent beaucoup plus chères que la solution neuve", reconnaît Nicolas Coeckelberghs. L'objectif est donc de développer des processus à plus grande échelle pour réduire les coûts, tout en conservant un approvisionnement local. "C'est ça qu'il faut essayer de trouver : la bonne échelle […] pour pouvoir démocratiser et baisser les prix de construction."
Philippe Close : "Depuis que je fais de la politique, on me dit que je gentrifie. Et, en même temps, il y a plus de pauvres. Il faut savoir"Stadsat ambitionne ainsi de valoriser plus de 10 000 tonnes de déchets de chantier par an et d'accueillir une cinquantaine d'emplois locaux. Les enseignements de cette expérimentation pourraient ensuite être appliqués à d'autres projets immobiliers. Reste à démontrer que ces méthodes pourront être reproduites à des coûts compétitifs.
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