Chaque samedi, à 11h44, Jeanne-Mélie Würz monte sur son estrade près de la place Nationale pour faire entendre les rendez-vous culturels de Montauban. En déclamant le programme de la semaine, la crieuse publique...
l'essentiel Chaque samedi, à 11h44, Jeanne-Mélie Würz monte sur son estrade près de la place Nationale pour faire entendre les rendez-vous culturels de Montauban. En déclamant le programme de la semaine, la crieuse publique perpétue une tradition née en 2017.
À l’angle de la Maison du Crieur, une voix s’élève sous la tête sculptée qui domine la façade. Jeanne-Mélie Würz égrène les propositions culturelles de la Ville. Sa mission : faire circuler l’information directement auprès des passants. Conférences, projections, lectures, spectacles, visites ou vernissages se succèdent ainsi au fil de la criée.
Prendre la parole en public n’a pourtant pas toujours été naturel pour la jeune femme de 36 ans. Originaire de Carmaux, son parcours commence par une classe préparatoire littéraire à Toulouse, puis un passage dans l’Éducation nationale. La musique la conduit ensuite à Montauban pour intégrer le conservatoire. Pendant douze ans, le chant lyrique lui apprend à se confronter au regard des autres. "Quand vous chantez, vous ne pouvez pas montrer autre chose que ce que vous êtes, avec vos défauts, vos failles et vos peurs", raconte-t-elle.
Un baptême du feu convaincantQuelques années plus tard, son expérience la mène vers un terrain d'expression inattendu. En flânant dans le centre-ville, Jeanne-Mélie Würz découvre par hasard la Maison du Crieur. C’est là qu’elle fait la connaissance de Patrick Fonze, titulaire du poste, qui peu de temps après, l’encourage à postuler pour lui succéder. Alors qu’elle n’est pas encore officiellement en fonction, il lui propose de participer à une criée spéciale pour la Saint-Valentin. La scène se déroule devant plusieurs élus, parmi lesquels la maire Brigitte Barèges. À la fin de la prestation, un conseiller municipal vient lui serrer la main. "C’est chouette de savoir qu’on va travailler avec vous", lui glisse-t-il. Elle comprend que sa candidature a été retenue.
Depuis, la préparation de la criée est devenue une petite routine. Le mercredi, le travail débute avec les informations transmises par les différents services culturels. Jeanne-Mélie Würz les fait vérifier auprès des structures concernées, puis rédige son texte dans la foulée. La veille, elle le reprend pour intégrer les éventuelles modifications. Le samedi, il ne reste plus qu’à faire entendre son annonce dans la rue.
Faire vivre la Maison du CrieurL’horaire, lui, n’a pas été choisi au hasard. Patrick Fonze avait fixé le rendez-vous à 11h44, un clin d’œil à l’année 1144, traditionnellement associée à la fondation de Montauban par Alphonse Jourdain. Quant au nom de la maison, il vient de cette sculpture en façade, dont le visage semble figé dans un cri. La pratique repose par ailleurs sur l'acoustique des lieux, dont l'écho permet de se passer d'un micro. Selon les semaines, la criée dure entre cinq et quinze minutes, en fonction du nombre de rendez-vous au programme.
Mais le rôle de Jeanne-Mélie Würz ne s’arrête pas une fois la dernière annonce prononcée. Elle profite de l'occasion pour inviter les plus curieux à découvrir l’exposition en cours. Toute l'année, les 70 m² de la Maison du Crieur accueillent des scolaires, des personnes en réinsertion ou des passants venus simplement regarder. "C’est ce qui est intéressant ici, c’est qu’on a vraiment tous les publics", souligne-t-elle. La jeune femme apprécie de pouvoir transmettre et échanger avec des interlocuteurs très différents, notamment ceux qui ne fréquentent pas spontanément les lieux culturels.
De la scène du conservatoire à la petite estrade de la Maison du Crieur, Jeanne-Mélie Würz a changé de décor. Sa voix, elle, reste sa principale alliée.