Les aides à la conduite se multiplient dans les voitures neuves sous l’effet notamment de la réglementation européenne. Chez Dacia, le bouton qui permet de désactiver rapidement plusieurs de ces systèmes serait désormais "le plus utilisé" par les automobilistes, selon la patronne de la marque.
Publié le 30/09 à 10h02
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Les automobilistes en ont-ils assez de la multiplication des aides à la conduite dans les voitures ? Les alertes de survitesse, le maintien dans la voie, le freinage automatique d’urgence, la détection de somnolence, la surveillance de l’attention du conducteur, la reconnaissance des panneaux, la détection d’obstacles en marche arrière… Si ces technologies permettent d'améliorer la sécurité routière, certains conducteurs ont le sentiment d’être constamment surveillés et corrigés par leur voiture.
C'est en tout cas le constat qu'ont fait au sein de Renault et Dacia. Les constructeurs proposent désormais de tout désactiver et c’est même l’un des boutons que les conducteurs de Dacia utilisent le plus souvent. Situé sur la planche de bord à gauche du volant, le bouton "My Safety" permet, en deux pressions, d'activer le mode "My Safety Perso" et de désactiver d'un coup plusieurs aides à la conduite préalablement sélectionnées par l'automobiliste.
"Le bouton le plus utilisé dans nos voitures est ce que nous appelons le 'bouton magique', qui permet de couper tous les bips", affirme Katrin Adt, directrice générale de Dacia, dans une interview accordée au magazine britannique Autocar.
La dirigeante répondait à une question sur les réglementations européennes qui s’appliquent désormais aux voitures neuves. Selon elle, Dacia a déjà dû se conformer à "environ 100 réglementations" en matière notamment de sécurité et d’émissions et "107 autres" doivent encore être appliquées d’ici à la fin de la décennie. Cette mise en conformité mobilise désormais "25% de notre budget de R&D et 25% de nos ingénieurs", affirme Katrin Adt. "La question est de savoir si c’est exactement ce dont le client a besoin et ce qu’il veut", ajoute-t-elle.
De nouvelles aides obligatoires depuis 2024Une partie des alertes auxquelles Katrin Adt fait référence découle du règlement européen GSR2 sur la sécurité générale des véhicules, il impose progressivement de nouveaux équipements de sécurité sur les véhicules commercialisés dans l’Union européenne. Depuis le 7 juillet 2024, ces règles s’appliquent à toutes les voitures neuves vendues dans l’UE et non plus seulement aux nouveaux modèles homologués depuis juillet 2022.
Parmi les équipements obligatoires figurent notamment l’adaptation intelligente de la vitesse, ou ISA, qui avertit le conducteur lorsqu’il dépasse la limitation détectée, l’alerte de somnolence et de perte d’attention, le signal de freinage d’urgence ou encore la détection en marche arrière. Les voitures particulières et les utilitaires légers doivent également disposer d’un système de freinage automatique d’urgence et d’une aide d’urgence au maintien dans la voie.
Dacia avait dû adapter ses modèles à cette échéance. Le constructeur indique que ses véhicules concernés disposent notamment de la reconnaissance des panneaux avec alerte de survitesse, de l’alerte de changement de voie, de l’aide au maintien dans la voie, de la surveillance de l’attention du conducteur et du freinage automatique d’urgence.
Depuis juillet 2026, la distraction du conducteur est également surveilléeUne nouvelle échéance est intervenue le 7 juillet 2026. Depuis cette date, l’avertisseur avancé de distraction du conducteur, appelé ADDW, doit équiper l’ensemble des véhicules neufs concernés. Il était obligatoire depuis juillet 2024 uniquement sur les nouveaux modèles nouvellement homologués. Désormais, il doit équiper toutes les voitures neuves nouvellement immatriculées dans l’UE, y compris les modèles homologués avant 2024. Les véhicules déjà en circulation ne sont pas concernés.
Le système surveille l’attention visuelle du conducteur et doit l’avertir lorsqu’il détourne trop longtemps son regard de la route. Le règlement européen fixe précisément les situations dans lesquelles le système doit intervenir.
À partir de 50km/h, par exemple, le dispositif doit pouvoir détecter que le regard du conducteur est dirigé suffisamment longtemps vers certaines zones éloignées de la chaussée. L’avertissement doit être visuel et accompagné d’une alerte acoustique et/ou haptique.
Des systèmes que le conducteur peut désactiverLe bouton de désactivation de Renault et Dacia ne contrevient pas au règlement. Le caractère obligatoire de ces équipements ne signifie pas nécessairement que le conducteur doit les laisser fonctionner pendant tout son trajet. Pour l’adaptation intelligente de la vitesse, par exemple, le règlement européen prévoit explicitement qu’"il doit être possible de désactiver le système". Mais cette désactivation n’est pas permanente : l’ISA doit retrouver son fonctionnement normal à chaque nouvelle activation du véhicule.
C’est notamment pour éviter de devoir parcourir plusieurs menus à chaque démarrage que Renault et Dacia ont installé leur bouton "My Safety". Renault et Dacia ne sont pas les seuls constructeurs à avoir simplifié la désactivation de ces alertes. BMW, Mercedes, Mazda ou encore Peugeot permettent aussi sur certains véhicules de configurer des fonctions de "désactivation rapide". La différence avec Renault et Dacia c'est que le "My Safety Perso" permet de mémoriser un ensemble de réglages et de les rappeler en deux pressions sur une commande physique.
Dacia estime que les normes font monter le prix des voituresAu-delà de l'ergonomie, la patronne de Dacia rappelle que l’accumulation des réglementations européennes contribue à l’augmentation du prix des voitures neuves. "Si vous cherchez pourquoi nos voitures deviennent aussi chères, la principale raison est la réglementation", affirme-t-elle. Elle souligne que le marché automobile européen reste inférieur d’environ trois millions de véhicules à son niveau de 2019. Dacia demande ainsi à Bruxelles de limiter l’arrivée de nouvelles contraintes pour les petits véhicules.
"Nous avons demandé à la Commission européenne […] au moins un gel réglementaire sur les petites voitures afin d’avoir une chance de proposer une mobilité abordable", explique Katrin Adt.
Renault défend une position similaire. Fabrice Cambolive, directeur général de la marque Renault, a dénoncé auprès d’Autocar un "tsunami de réglementations venant d’Europe" et plaidé pour un gel réglementaire de dix ans sur certaines catégories de voitures. La Commission européenne défend ces obligations au nom de la sécurité routière. Selon ses estimations, l’ensemble des mesures prévues par le règlement sur la sécurité générale des véhicules pourrait permettre de sauver plus de 25.000 vies et d’éviter au moins 140.000 blessures graves d’ici 2038.
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