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Dans l’affaire Joël Le Scouarnec, des témoignages inédits de ses nièces pour briser le silence de leur famille

Дата публикации: 22-09-2026 07:43:25

Dans le documentaire « Les cercles du silence » sur France 2, deux nièces du pédocriminel et une amie de la famille se livrent pour la première fois.

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France 22/09/2026 07:00 Actualisé le 22/09/2026 09:43

Dans le documentaire « Les cercles du silence » sur France 2, deux nièces du pédocriminel et une amie de la famille se livrent pour la première fois.

Joël Le Scouarnec jeune est interprété par Romain Lemire dans la série documentaire « Les Cercles du silence », diffusée sur France 2.

Groupe France Télévisions/France 2

Joël Le Scouarnec jeune est interprété par Romain Lemire dans la série documentaire « Les Cercles du silence », diffusée sur France 2.

Elles témoignent pour que « les enfants arrivent à parler » à leur tour. Plusieurs femmes, issues de la famille ou de l’entourage proche de Joël Le Scouarnec et victimes du pédocriminel, prennent la parole dans une série documentaire consacrée à l’affaire diffusée ce mardi 22 septembre à 21 h 10 sur France 2. Trois d’entre elles se livrent pour la première fois dans ce programme qui décortique la mécanique du silence ayant permis au « chirurgien de Jonzac » de poursuivre ses crimes en toute impunité.

Priscilla et Aurore Jobard ont subi les viols et agressions sexuelles de leur oncle, le frère de leur mère, entre 1990 et 2000. « Dans mes souvenirs, à chaque fois qu’on allait les voir en vacances, il y avait une agression, raconte Priscilla, la voix tremblante. Le pire c’est qu’en tant qu’enfant, tu es incapable de te défendre, donc tu attends. Tu continues à jouer à la console pendant qu’il fait ses trucs. »

À 9 ans, elle décide d’en parler à sa sœur, Aurore, de 5 ans son aînée. Cette dernière pensera longtemps qu’elle n’est pas concernée. En réalité, « c’est l’amnésie traumatique qui parle ». Elle découvrira son nom, ainsi que des photos d’elle, dans les « carnets noirs » du chirurgien, des fichiers informatiques dans lesquels il consignait ses crimes, découverts à son arrestation en 2017. Elle figurait parmi ces milliers de pages insoutenables et ces centaines de victimes.

Après l’alerte de sa sœur, Aurore en parle à leur mère, qui confronte son propre frère Joël Le Scouarnec. Il reconnaît les faits concernant Priscilla. Elle en parle également à la femme du chirurgien. Là, « tout s’arrête. Il n’y aura plus d’agression ».

Le silence d'une famille et des centaines de victimes

Pour elles, du moins. Car Joël Le Scouarnec continue d’agir, notamment à l’hôpital où il exerce en tant que chirurgien viscéral chargé, entre autres, d’opérer les appendicites chez les adolescents. Il fait des centaines de victimes, la plupart des patients mineurs et en « état d’endormissement » au moment des faits.

La justice l’a condamné en mai 2025 à 20 ans de réclusion criminelle pour près de 300 viols et agressions sexuelles. Il est visé depuis le mois d’août par une information judiciaire ouverte par le parquet de Lorient pour 10 nouveaux viols et 40 agressions sexuelles, datant de 1987 à 2017. « Si des gens avaient été capables de parler de leurs doutes, si la sœur de Joël Le Scouarnec avait pu parler de ses craintes, on n’en serait pas là », analyse Cyril Denvers, qui a réalisé ce documentaire avec Christophe Offenstein.

Divisé en deux parties, le film fait appel à des avocats, journalistes, experts et victimes pour démontrer tous les dysfonctionnements ayant permis au pire pédocriminel français de continuer d’agir. En profitant du silence du cercle médical d’une part, avec « des gens qui ont tourné la tête, qui n’ont pas voulu entendre », comme en 2005 lorsque sa condamnation pour détention d’images pédopornographiques ne donne lieu à aucune restriction d’exercice par l’Ordre des médecins. En profitant du silence du cercle familial d’autre part, qui a intégré ce que Cyril Denvers nomme une « mécanique incestueuse profonde ».

Même si elle reconnaît que sa mère « a tenté de frapper à de nombreuses portes », Priscilla Jobard, aujourd’hui âgée de 36 ans, concède que cette dernière « était face au fait qu’elle n’avait pas trop le droit de bouleverser » l’équilibre familial. « Elle aurait été la personne qui a tout détruit, et ça c’était impossible pour elle », analyse-t-elle.

Alexandra Moricet, une autre nièce de Joël Le Scouarnec, porte la culpabilité d’avoir été la première victime du pédocriminel. Elle avait 5 ans. « Se dire qu’il y a 300 victimes derrière vous, c’est compliqué à admettre. Si j’avais pu parler, il n’y aurait pas eu ces gens-là », confie-t-elle.

Des femmes « en bloc » pour briser l’omerta

Pour « éclairer les crimes de Joël Le Scouarnec à l’hôpital », « il fallait avoir l’ensemble de la démonstration » et s’intéresser aux victimes intrafamiliales, raconte Cyril Denvers au HuffPost. Il prend contact avec les nièces du chirurgien dès 2021, alors que ce dernier vient de renoncer à faire appel d’une première condamnation à 15 ans de prison pour viols et atteintes sexuelles sur quatre fillettes, dont deux de ses nièces. Ses trois nièces ainsi que Stéphanie Bonnet, une amie de la famille Le Scouarnec, violée et agressée entre 1985 et le début des années 1990, acceptent de témoigner. Seule Alexandra Moricet l’avait fait jusque-là.

Le réalisateur, qui s’intéresse depuis longtemps aux sujets touchant à l’enfance et à la justice, organise le tournage chez lui, « dans un petit village de l’Orne ». « On a loué la salle des fêtes et on a fait les interviews tout le week-end. Le soir, on dînait ensemble avec les familles en se changeant les idées », se souvient-il.

À l’écran, on les voit témoigner une par une, seules face à la caméra. Mais certains plans montrent que celles qui ne sont pas interrogées restent assises tout près, côte à côte, soudées. « Elles se déplacent en bloc. Je n’avais pas le choix : soit elles n’étaient pas là, soit elles étaient là toutes les quatre, explique Cyril Denvers. J’ai posé un axe pour les filmer entre elles, comme un joli contrepoint d’amour et de soutien alors qu’elles livraient leur douleur, leurs interrogations, leur colère, et brisaient l’omerta. »

Les faits concernant Alexandra Moricet et Stéphanie Bonnet sont prescrits. Mais l’existence d’images pédopornographiques leur a permis de se porter partie civile au procès de mai 2025. Alors que le chirurgien pourra solliciter un aménagement de peine en 2030, Cyril Denvers dit avoir voulu « rappeler le vrai questionnement qui reste en l’air » : « l’énorme vide concernant des poursuites institutionnelles, au niveau des décideurs, des soignants, et la responsabilité collective de l’hôpital public » qui n’a pas écarté le pédocriminel avant son arrestation.

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