Elle apporte la fibre, distribue le Wi-Fi et donne accès à la télévision. Mais sous son boîtier, une Freebox Ultra ou Delta peut aussi cacher quelque chose de beaucoup plus inhabituel : un véritable petit ordinateur capable de faire fonctionner son propre système Linux. L’arrivée d’une image ARM64 de DietPi adaptée aux machines virtuelles simplifie [...]
Elle apporte la fibre, distribue le Wi-Fi et donne accès à la télévision. Mais sous son boîtier, une Freebox Ultra ou Delta peut aussi cacher quelque chose de beaucoup plus inhabituel : un véritable petit ordinateur capable de faire fonctionner son propre système Linux. L’arrivée d’une image ARM64 de DietPi adaptée aux machines virtuelles simplifie considérablement cette possibilité. Derrière une nouveauté qui parlera d’abord aux utilisateurs les plus technophiles se dessine une autre vision de la box Internet : celle d’un serveur domestique que l’on possède déjà, relevée par Tiino-X83 sur X.
À première vue, l’information paraît réservée à quelques passionnés de Linux. DietPi vient d’ajouter à sa version 10.7 des images destinées aux machines virtuelles ARMv8. Parmi les formats désormais proposés figure notamment une image ARM64 générique en QCOW2, précisément un format de disque virtuel exploitable dans un environnement de virtualisation. Pour les possesseurs de Freebox Ultra ou Delta utilisant les machines virtuelles de leur Server, cette évolution supprime une partie des manipulations qui rendaient jusqu’ici l’installation moins immédiate. Et surtout, elle ouvre la porte à quantité de petits services que l’on installe habituellement sur un Raspberry Pi, un NAS ou un mini-PC.
DietPi, c’est quoi exactement ?Son nom peut prêter à confusion. DietPi n’est pas une application que l’on installe sur sa Freebox. Il s’agit d’un système d’exploitation Linux basé sur Debian, initialement conçu pour fonctionner avec très peu de ressources sur de petits ordinateurs. Le mot Diet résume assez bien sa philosophie : supprimer le superflu. Pas besoin d’une lourde interface graphique si l’objectif consiste simplement à faire tourner un serveur domotique ou un service réseau en permanence. DietPi cherche ainsi à limiter l’espace disque, la mémoire et le nombre de processus nécessaires. Dans ses propres mesures comparatives réalisées sur une machine virtuelle x86_64, le projet mesure par exemple environ 165 Mio de RAM utilisés au repos contre 190 Mio pour l’installation Debian comparée, ainsi qu’un nombre inférieur de paquets et de processus. Ces chiffres ne constituent évidemment pas une mesure des performances sur Freebox, mais illustrent la philosophie du système. Et c’est justement ce qui rend DietPi intéressant dans une box Internet. Une Freebox n’a pas vocation à remplacer un puissant serveur informatique. Mais elle fonctionne déjà 24 heures sur 24, possède un processeur, de la mémoire, une connexion réseau et, selon la configuration, du stockage. Autant essayer d’exploiter ces ressources.

Source Tiino-X83 sur X.
La Freebox devient l’ordinateur que l’on ne voit pas.C’est là que les machines virtuelles changent complètement la manière de regarder une box. Une VM peut être imaginée comme un ordinateur logiciel fonctionnant à l’intérieur d’un autre ordinateur. On lui attribue une partie des ressources disponibles. On lui fournit un disque virtuel. On installe un système d’exploitation. Puis elle peut fonctionner de manière relativement indépendante du système principal de la Freebox. Le Server continue donc à faire son travail de box tandis qu’une petite machine Linux tourne à côté. Avec la nouvelle image ARM64 QCOW2 proposée par DietPi, une partie de cette installation devient plus directe : l’image peut servir de disque système de la VM. DietPi confirme que ses images QCOW2 sont précisément prévues pour être importées comme disques de machines virtuelles. Pour l’utilisateur avancé, la différence est importante. Il ne s’agit plus seulement de se demander « Linux peut-il tourner sur ma Freebox ? », mais plutôt « quel service vais-je faire tourner dessus ? ».
Home Assistant directement dans la Freebox.L’exemple le plus évident est probablement Home Assistant. Cette plateforme open source permet de centraliser la maison connectée : éclairage, capteurs, prises, chauffage, automatismes et de nombreux autres équipements peuvent être regroupés dans une même interface. Beaucoup d’utilisateurs l’installent aujourd’hui sur un Raspberry Pi, un mini-PC, un NAS ou une machine dédiée. Mais cela signifie un appareil supplémentaire à acheter, brancher et maintenir. Une VM DietPi sur Freebox peut offrir une autre approche : faire tourner certains composants et services liés à la domotique directement sur le Server. La logique devient particulièrement intéressante parce que la Freebox se trouve déjà au cœur du réseau domestique. Elle connaît les appareils, distribue leurs adresses IP et assure leur connexion. Faire également tourner certains services domestiques à cet endroit revient à rapprocher le serveur du cœur du réseau qu’il doit administrer.
Pi-hole peut aussi filtrer une partie du réseau.Autre exemple particulièrement parlant : Pi-hole. Le principe consiste à agir au niveau DNS pour empêcher certains domaines indésirables d’être résolus. Cela permet notamment de bloquer une partie des publicités, traqueurs ou domaines connus comme indésirables avant même que les appareils du foyer ne puissent les contacter. L’intérêt par rapport à une extension installée dans un navigateur est évident. Le filtrage peut bénéficier à plusieurs équipements du réseau, y compris certains appareils sur lesquels il serait impossible d’installer un bloqueur traditionnel. Téléviseur connecté, smartphone, tablette ou ordinateur peuvent ainsi passer par le même système. DietPi facilite justement le déploiement de nombreux logiciels de ce type grâce à ses outils d’installation. La Freebox peut donc progressivement devenir un petit centre de services du réseau domestique.
Et cela va beaucoup plus loin que Pi-hole et Home Assistant.C’est probablement l’aspect le plus intéressant de cette nouveauté. Il serait réducteur de présenter DietPi comme une simple méthode pour installer deux applications populaires. Un Linux léger permet potentiellement d’héberger de nombreux petits services : outils réseau, supervision, serveurs web, bases de données légères, automatisations, VPN ou applications auto-hébergées. DietPi s’est précisément construit autour de cette logique : fournir un système minimal puis laisser l’utilisateur ajouter uniquement ce dont il a besoin. Et cette philosophie correspond plutôt bien à l’utilisation d’une machine virtuelle dans une Freebox. Les ressources disponibles restent limitées. L’objectif n’est donc pas de transformer l’Ultra en serveur de datacenter miniature. Mais pour des services domestiques légers fonctionnant en permanence, l’équation devient beaucoup plus intéressante.
Cela peut éviter d’acheter un Raspberry Pi.Voilà probablement la conséquence la plus concrète. Pour découvrir Home Assistant, Pi-hole ou l’auto-hébergement, le parcours commence souvent par l’achat d’un Raspberry Pi ou d’un mini-PC. Avec une Freebox compatible, une partie de ce matériel existe déjà. La box est déjà alimentée, elle est déjà connectée au réseau, elle fonctionne déjà en permanence. Et son coût électrique est déjà en grande partie intégré à celui d’un équipement qui aurait de toute façon été allumé. Cela ne signifie évidemment pas qu’une Freebox remplacera systématiquement un Raspberry Pi ou un NAS. Ces appareils offrent davantage de liberté matérielle, peuvent disposer de leurs propres ports USB ou interfaces spécialisées et restent indépendants de la box de l’opérateur. Mais pour quelqu’un qui souhaite simplement expérimenter avec un service réseau, la meilleure petite machine Linux est parfois celle que l’on possède déjà sans vraiment le savoir.
Une fonction puissante, mais qui reste destinée aux utilisateurs avertis.Il faut toutefois éviter de transformer DietPi en fonction grand public. Installer une machine virtuelle reste très différent d’installer Netflix sur un téléviseur. Il faut manipuler Freebox OS, comprendre ce qu’est une VM, attribuer correctement ses ressources, gérer Linux et parfois intervenir en ligne de commande via SSH. Surtout, héberger soi-même un service signifie en devenir administrateur. Les mises à jour doivent être effectuées. Les mots de passe doivent être correctement configurés. Les services ne doivent pas être inutilement exposés sur Internet. Et les sauvegardes restent indispensables lorsque les données sont importantes. L’auto-hébergement apporte du contrôle, mais ce contrôle s’accompagne d’une responsabilité. C’est particulièrement vrai pour Home Assistant, qui peut devenir le centre de contrôle de nombreux équipements du logement. Une VM n’est donc pas une boîte magique que l’on installe puis oublie pendant cinq ans.
Il faut aussi surveiller les ressources de la Freebox.Deuxième limite : une machine virtuelle utilise nécessairement une partie des ressources du Server. Processeur, mémoire et stockage doivent être partagés. Un petit serveur DNS ou quelques automatisations ne représentent pas la même charge qu’une application beaucoup plus exigeante. Il faut donc rester cohérent avec le matériel. L’intérêt de DietPi tient justement à sa légèreté : plutôt que de charger la VM avec quantité de composants inutiles, le système permet de construire un environnement minimal adapté à sa mission. C’est aussi une bonne manière de comprendre ce qu’est réellement l’auto-hébergement. On commence avec un service. Puis deux. Et l’on découvre progressivement que la box Internet peut devenir autre chose qu’une simple passerelle vers Internet.
La Freebox poursuit une vieille tradition de Free.Cette possibilité raconte aussi quelque chose de la philosophie historique des Freebox. Depuis ses premières générations, Free a régulièrement cherché à faire de sa box davantage qu’un modem. Télévision, stockage, partage de fichiers, NAS, téléchargements, VPN, domotique, réseau avancé : génération après génération, le Server a accumulé des fonctions qui auraient autrefois nécessité plusieurs appareils. La virtualisation pousse cette logique beaucoup plus loin. Au lieu que Free décide seul des services présents dans la box, l’utilisateur peut créer son propre environnement et y installer ses propres logiciels. C’est une différence fondamentale. La Freebox n’est plus seulement extensible à travers les fonctions imaginées par Free. Elle peut héberger un système sur lequel l’abonné décide lui-même de ce qu’il veut faire. DietPi rend simplement cette porte un peu plus facile à franchir.
La box Internet pourrait devenir le serveur domestique de demain.Nos logements accueillent de plus en plus de services numériques fonctionnant en permanence : maison connectée, stockage, vidéosurveillance, sauvegardes, filtrage réseau, automatisations ou accès distant. Aujourd’hui, ces fonctions sont souvent dispersées entre plusieurs équipements et plusieurs clouds. Pourtant, un appareil possède une caractéristique idéale pour les réunir : la box Internet est déjà au centre de la maison numérique et fonctionne en permanence. La virtualisation permet d’imaginer une évolution où elle ne serait plus uniquement la porte d’entrée vers le cloud, mais également l’endroit où certaines données et certains services restent chez soi. Ce mouvement vers le local devient d’autant plus intéressant à mesure que les utilisateurs cherchent à reprendre davantage de contrôle sur leurs données et leur maison connectée. DietPi ne transformera évidemment pas tous les abonnés Free en administrateurs Linux. Mais cette petite image ARM64 raconte quelque chose de beaucoup plus grand. Dans une Freebox Ultra ou Delta, certains abonnés possèdent déjà un petit serveur domestique. Ils ne l’avaient simplement peut-être jamais utilisé comme tel.