Quatre Etats américains réclament à la multinationale près de 200 milliards de dollars de pénalités et une refonte de ses deux applications phares pour mieux protéger les jeunes utilisateurs.
Quatre Etats américains réclament à la multinationale près de 200 milliards de dollars de pénalités et une refonte de ses deux applications phares pour mieux protéger les jeunes utilisateurs.
Publié le 19/08/2026 13:00 Mis à jour le 19/08/2026 14:20
Temps de lecture : 3min
Des manifestantes brandissent une banderole avec les noms d'adolescents présentés comme des victimes de leur usage des réseaux sociaux, à l'ouverture du procès contre Meta, à Oakland (Etats-Unis), le 18 août 2026. (BENJAMIN FANJOY / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)
Est-ce que Meta a "appâté" les adolescents sur ses plateformes, au détriment de leur santé mentale, afin de réaliser davantage de profits publicitaires ? Le premier procès fédéral contre la maison mère d'Instagram et de Facebook s'est ouvert mardi 18 août à Oakland (Californie, Etats-Unis), et devrait durer jusque fin septembre.
Déjà condamné deux fois en 2026 , pour mise en danger de mineurs, en Californie et au Nouveau-Mexique, Meta affronte dans cette nouvelle procédure 29 Etats américains, qui lui réclament près de 200 milliards de dollars (173 milliards d'euros) de pénalités et une refonte de ses deux applications phares pour mieux protéger les jeunes utilisateurs. Franceinfo détaille les charges qui pèsent contre le groupe de Mark Zuckerberg, alors que ce dernier est appelé à témoigner.
Meta accusé d'avoir conçu ses réseaux sociaux pour rendre les ados accrosDans une plainte déposée en 2023 contre Meta, 29 Etats américains – représentés au procès par les procureurs généraux de la Californie, du Colorado, du Kentucky et du New Jersey – affirment que plusieurs fonctionnalités des plateformes du groupe (défilement infini du contenus, "j'aime", notifications, algorithmes de recommandation, etc.) ont été développées pour encourager une "utilisation compulsive" chez les jeunes, rapporte la radio publique NPR. Objectif : que les utilisateurs restent plus longtemps sur Instagram et Facebook, afin de parfaire le ciblage publicitaire, et donc de maximiser les profits du groupe.
"Il n'y a pas de débat possible sur le fait que Meta a à la fois reconnu que certaines personnes peuvent avoir du mal à gérer leur usage des réseaux sociaux et cherché à concevoir des outils pour les aider", a rétorqué Paul Schmidt, l'avocat du géant numérique, cité par l'AFP. Une réponse insuffisante, selon la procureure générale adjointe de Californie, Megan O'Neill. Elle a qualifié ces outils de "barrières en papier de soie", seuls 0,2% des adolescents ayant réellement utilisé la fonction "faire une pause".
Le groupe soupçonné d'avoir menti sur la nocivité de ses applications pour les mineursSelon la plainte consultée par NPR, les procureurs généraux estiment que l'usage des réseaux sociaux a perturbé la scolarité et le sommeil de jeunes utilisateurs, voire a favorisé la survenue de troubles alimentaires et de dysmorphie corporelle. "Il fallait mettre les produits entre les mains des utilisateurs le plus vite possible ; par conséquent, les considérations de sécurité passaient après", a aussi témoigné Arturo Bejar, un ancien ingénieur de Meta devenu une figure du combat des familles, relate l'AFP.
Les deux camps ont livré deux versions d'un épisode devenu central dans le contentieux : l'autorisation des filtres imitant la chirurgie esthétique sur Instagram. Meta les avait suspendus, avant de consulter des experts qui recommandaient de les bannir. Mark Zuckerberg a néanmoins décidé de les rétablir en 2020, après avoir été informé de l'impact de ces filtres sur la croissance du groupe, a avancé l'accusation. Non, a répondu la défense : faute de données solides sur les dangers, c'est le respect de la liberté d'expression qui l'a emporté.
Alors qu'il connaissait les risques, "Meta (...) a mené une campagne pour tromper, pour induire en erreur ses utilisateurs, les législateurs, les enseignants et les parents" sur les effets réels des plateformes sur les jeunes utilisateurs, a toutefois fustigé Megan O'Neill, citée par l'AFP. Les procureurs ont notamment projeté des documents internes dans lesquels des salariés écrivaient que les fonctionnalités du groupe "exploitent les faiblesses de la psychologie humaine". L'avocat de Meta, Paul Schmidt, a estimé qu'il s'agissait d'équipes "dont la mission est de s'assurer que Facebook ne cause aucun préjudice", qui "identifient les problèmes et travaillent à les résoudre", martelant que le groupe avait cherché à s'améliorer.
Des données personnelles d'enfants de moins de 13 ans collectées sans consentementSelon Megan O'Neill, la procureure adjointe de Californie, citée par ABC7, Meta savait également que des enfants de moins de 13 ans utilisaient ses produits malgré l'interdiction en vigueur pour ce jeune public. Le groupe "n'a pas pris les mesures les plus simples et évidentes pour les en empêcher", a-t-elle insisté.
Lorsque Meta constatait qu'un utilisateur de Facebook avait moins de 13 ans, son compte sur ce réseau social était désactivé mais pas le compte Instagram associé, a détaillé la procureure. Ce faisant, l'entreprise aurait violé la loi américaine sur la protection de la vie privée des enfants en ligne (COPPA). Les procureurs demandent donc l'effacement de toutes les données collectées relatives à ces mineurs, ainsi que la suppression des algorithmes et des modèles qui ont été nourris avec ces informations, conclut CNBC.
Les huit jurés du procès rendront un verdict consultatif fin septembre ou début octobre. Il reviendra ensuite à la juge Yvonne Gonzalez Rogers, connue pour avoir sanctionné Apple et arbitré le récent procès entre Elon Musk et OpenAI, de trancher seule dans ce dossier.