La récolte terminée, les asperges reconstituent actuellement les réserves qui alimenteront les turions du printemps 2027. Dans le Blayais, la sécheresse interrompt ce cycle dans les parcelles non irriguées,
La récolte terminée, les asperges reconstituent actuellement les réserves qui alimenteront les turions du printemps 2027. Dans le Blayais, la sécheresse interrompt ce cycle dans les parcelles non irriguées, faisant craindre une baisse des calibres et des rendements
Au milieu de son aspergeraie, Yoan Clémenceau se penche sur un pied chétif. Une seule tige sort du sable, fine, déjà gagnée par le jaune. « Ça, ce n’est pas normal. » Dans cette jeune parcelle des Jardins de Noam à Reignac, cinq tiges auraient dû se développer. Ailleurs, les plantes sont plus hautes, mais clairsemées : la poussée attendue en juillet n’est jamais venue. L’exploitation ne dispose d’aucun accès à l’irrigation. Et sans véritable pluie depuis la mi-mai, l’exploitation subit la sécheresse de plein fouet.
À quelques kilomètres, le paysage change brutalement chez Claire et Cédric Arino : raccordées au réseau collectif d’irrigation, les parcelles de La Vergnée, à Saint-Christoly-de-Blaye, forment des rideaux denses. Les tiges vert foncé, sorties en juin, côtoient les pousses plus claires et plus jeunes. « On a entre dix et 15 tiges qui ont poussé : on sait que notre réserve est bonne », montre Cédric Arino. Sous le même soleil, une récolte 2027 à deux vitesses est peut-être déjà en train de se dessiner.
La récolte prochaine se forme sous terreCar en août, l’asperge ne se cueille plus, mais elle travaille. Cette plante pérenne produit au printemps des turions, la partie consommée. Lorsque la récolte s’arrête, les producteurs les laissent grandir en longues tiges ramifiées qui assurent la photosynthèse. Pendant l’été et l’automne, de nouveaux bourgeons se développent, et l’amidon s’accumule dans les racines, autour de la griffe. Ce stock alimentera les asperges du printemps suivant.
« La récolte 2026 est terminée, mais on prépare déjà celle de 2027 », résume Jean-Pierre Bouillac, membre de l’Association des producteurs d’asperges du Blayais. Avec l’eau, la chaleur favorise les pousses et augmente le potentiel. Sans humidité, le cycle végétatif ralentit, voire s’interrompt. Un phénomène accentué dans les terres sableuses du Blayais, qui retiennent peu l’eau.
« L’asperge aime être arrosée, mais elle n’aime pas avoir les pieds dans l’eau »
Chez Yoan Clémenceau, la première pousse a profité de l’humidité encore présente au printemps. Depuis, la végétation s’est figée. L’agriculteur apporte tous les quinze jours un engrais foliaire pour tenter de la maintenir : « Normalement, il faut la garder la plus verte possible jusqu’en novembre. Je vais sauver ce que je peux sauver. » Mais une branche jaunie ne réalise plus correctement la photosynthèse et n’alimente plus la griffe.
Dans les parcelles de Yoan Clémenceau, certaines asperges n’ont produit qu’une seule tige, dont le jaunissement précoce limite déjà la mise en réserve pour 2027.
H. V.
Le risque est particulièrement important pour les jeunes plantations. Fort de son expérience, Yoan Clémenceau redoute jusqu’à 50 % de récolte en moins en 2027. Une estimation, pas encore un rendement mesurable : « À mon avis, c’est surtout le calibre qui va manquer. » Des turions moins gros pèseraient moins lourd, et la cueillette pourrait être arrêtée plus tôt pour ne pas épuiser les pieds. Or l’asperge ne se récolte que pendant environ deux mois : « Si tu loupes ces deux mois, tu as loupé ton année. »
Un réseau qui dessine une autre aspergeraieChez Claire et Cédric Arino, l’eau accompagne au contraire les poussées successives. Un imposant enrouleur déroule son tuyau dans la parcelle. Au bout, un canon avance presque imperceptiblement. « Quand une pousse arrive, il faut bien arroser pour qu’elle monte et fasse sa mise en réserve », explique Cédric Arino. Les apports sont adaptés aux plantations et au sous-sol : sous le sable, une couche d’argile plus ou moins proche peut retenir davantage d’humidité.
Chez Claire et Cédric Arino, l’irrigation a permis le développement de nouvelles pousses. Laissées en place, elles contribueront à recharger les réserves de la plante.
H. V.
L’exploitation bénéficie d’un réseau collectif né lors de la construction de la centrale nucléaire du Blayais. Une conduite achemine l’eau douce non potable de Galgon à Braud-et-Saint-Louis. Des agriculteurs s’étaient rassemblés en associations syndicales autorisées pour irriguer les parcelles situées sur son tracé. Enterré, le réseau ne peut guère être étendu. Selon l’Association des producteurs d’asperges du Blayais, seuls 10 à 20 % des aspergeraies du Blayais seraient aujourd’hui irriguées.
Président de l’ASA de Saugon, Cédric Arino en souligne les limites. L’eau est comptée et payée, le débit doit être partagé entre les adhérents. « On a de la chance d’avoir de l’eau, mais cela demande du travail derrière. » Et pas question de saturer le sol : « L’asperge aime être arrosée, mais elle n’aime pas avoir les pieds dans l’eau. »
Claire et Cédric Arino, de La Vergnée, devant une parcelle irriguée dont la végétation, dense et toujours verte, contraste avec celle des exploitations privées d’eau.
H. V.
L’irrigation entretient donc le potentiel, sans garantir la récolte. Les températures du printemps décideront encore de la sortie des turions. Chez Yoan Clémenceau, des pluies à la fin de l’été pourraient relancer les pousses, sans nécessairement rattraper les réserves perdues. Après une très bonne campagne 2026, favorisée par un sol humide au printemps, les producteurs du Blayais abordent ainsi la suivante avec des perspectives radicalement différentes.