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Échecs, partage d’amour et amitié, comment la génération dorée des Red Lions est née : “Quand un coéquipier venait sonner, la porte était ouverte”

Дата публикации: 11-08-2026 13:38:59

À la veille de la Coupe du monde de hockey en Belgique, plongée en trois actes dans les valeurs qui ont façonné la génération dorée des Red Lions et dans la manière dont elles se transmettent aujourd’hui à la génération actuelle. Acte 1 : la naissance d’une génération qui a tout gagné. ...

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Champions du monde en 2018, champions d'Europe en 2019 puis champions olympiques en 2021. En moins de trois ans, l'équipe nationale belge masculine de hockey a remporté les trois titres suprêmes. Une performance qui a définitivement consacré cette équipe comme une véritable génération dorée. À la veille de la Coupe du monde 2026 organisée cet été à Wavre, nous avons voulu comprendre ce qui a fait la réussite de cette génération, au-delà de son talent sportif évident. Avant de nous pencher sur l'héritage laissé par cette équipe à la génération suivante, en matière de valeurs et de culture de la performance. Premier acte : la naissance d'une génération qui a fini par mettre le hockey belge sur le toit du monde.

Les défaites avant les succès

Discours de Nouvel An en 2010. Marc Coudron, alors président de l'ARBH, prend la parole devant une assemblée bien garnie. L'homme fort du hockey belge souhaite une bonne année...2015 à tout le monde, en détaillant de manière imaginaire tout ce que le hockey belge a réussi à accomplir entre 2010 et 2015. Quelques années plus tard, il va encore plus loin lors d'une interview en affichant une ambition qui semble alors démesurée : d'ici 2024, les Belges allaient décrocher au minimum un titre européen, un titre mondial et un titre olympique.

En coulisses, certains rigolent discrètement, tant l'idée de voir la Belgique décrocher un jour un titre majeur paraît encore lointain. "Nous avons connu beaucoup d'échecs et énormément de doutes avant nos succès, explique John-John Dohmen qui a disputé 463 matchs avec la Belgique. Le hockey n'était pas professionnel, on s'entraînait gratuitement simplement parce qu'on voulait y arriver. On parle souvent de génération dorée mais c'est aussi et avant tout une génération résiliente."

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Avant, le hockey n'était pas professionnel, on s'entraînait gratuitement simplement parce qu'on voulait y arriver.

Si Marc Coudron ose afficher des ambitions aussi élevées, c'est qu'il est déjà bien conscient du talent qui compose cette génération championne d'Europe U18 en 2009. "C'est la génération la plus incroyable qu'on ait eue, avance Tom Boon, qui compte 390 sélections avec les Red Lions. Quand j'ai commencé en équipe nationale à dix-huit ans, on perdait avec dix buts d'écart face à l'Australie. Une de nos forces a été d'oser rêver et, surtout, de faire les efforts nécessaires pour y arriver. Avant les Jeux de Rio, beaucoup de joueurs ont pris l'initiative de passer à trois ou quatre jours d'entraînement par semaine, au détriment des clubs. On venait de terminer cinquièmes du Mondial 2014 et on avait ce rêve commun."

L'arrivée de Shane McLeod

En coulisses, la Fédération s'affaire, elle aussi, à faire évoluer les mentalités et à gommer cette image d'une Belgique considérée comme un petit pays où l'on se contente trop facilement du minimum. La première étape de cette génération consiste alors à commencer par gagner quelque chose. Une ambition résumée par une phrase devenue symbolique : "A win is for one, a first is for everyone." L'idée est simple : une victoire se célèbre mais une première laisse une trace.

Belgium's assistant coach Shane McLeod pictured during a game between Belgium's Red Lions and Germany, the final match at the 2023 Men's FIH Hockey World Cup in Bhubaneswar, India, Sunday 29 January 2023. BELGA PHOTO DIRK WAEMShane McLeod a joué un rôle primordial dans la réussite des Red Lions.

En 2015, un changement vient pourtant tout chambouler et, cette fois, de manière positive. Shane McLeod, entraîneur néo-zélandais, devient le sélectionneur des Red Lions. "Son arrivée a été capitale, explique Serge Pilet, CEO de la Fédération depuis 2013. Il y avait pas mal de friction dans le groupe et Shane a remis tout le monde sur la même longueur d'onde à travers des choses très concrètes. La taille du groupe, qui comptait environ 27 joueurs à l'époque, posait problème : les joueurs se voyaient tous comme des concurrents. Il a réduit le groupe ; ce qui a rassuré les joueurs et contribué à souder l'équipe. Shane a aussi la parole facile et parvient toujours à trouver les mots justes au bon moment."

Après l'exigence du coach Jeroen Delmee, c'est donc la figure plus paternelle de Shane McLeod qui prend les rênes de l'équipe, avec une volonté claire : responsabiliser les joueurs. Sous son impulsion, les Red Lions franchissent un immense cap sur le plan mental. Au-delà de prises de parole percutantes, l'entraîneur met notamment en place des workshops durant lesquels les joueurs doivent se projeter mentalement dans différents scénarios de match. "Quelques semaines avant les JO de Rio, Shane nous avait fait travailler sur un scénario bien précis, se rappelle John-John Dohmen. Il fallait s'imaginer en quart de finale contre l'Inde, menés 1-0 à la mi-temps après avoir mal joué. Comment le groupe doit-il alors réagir ? Qui va prendre le leadership dans le vestiaire, qui va parler ? Quel style de jeu devons-nous mettre en place pour revenir dans le match ? Un mois plus tard, on se retrouve en quart de finale contre l'Inde… et on est menés 1-0 à la mi-temps avant de finalement gagner 3-1. Ce travail pratique et concret sur l'aspect mental a fait toute la différence pour éviter de céder au stress dans les moments compliqués."

Partager l'amour

Un concept va rapidement devenir partie intégrante de l'ADN des Red Lions : le "share the love", autrement dit "partager l'amour". Les joueurs découvrent cette idée juste avant le match, a priori le moins important, face au Brésil, une nation faible sur la scène internationale, lors des Jeux de Rio 2016. "On peut avoir tendance à jouer pour soi et à vouloir marquer son but face à une nation plus faible, continue Dohmen, élu meilleur joueur du monde en 2016. Avec le 'share the love', Shane a voulu nous pousser à faire exactement l'inverse : il fallait partager la balle, partager le plaisir de jouer ensemble. Un match anodin comme celui-là peut casser une vraie dynamique d'équipe si tu le gagnes 5-0 sans bien jouer et avec seulement quelques buteurs. Nous avons finalement battu le Brésil 12-0, avec dix buteurs différents… C'était le match le moins important des JO de Rio en termes de résultat mais le plus important en termes de cohésion de groupe."

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L'idée de 'share the love' est de souhaiter le meilleur aux autres.

"L'idée était de souhaiter le meilleur aux autres, poursuit Tom Boon, aujourd'hui meilleur buteur de l'histoire du hockey avec 340 buts. Nous étions contents de donner un assist car cela signifiait un but pour notre coéquipier. En tant qu'attaquant, je recevais énormément d'amour et de passes pour marquer. Si j'étais dans un bon jour, nous faisions en sorte que je marque pour le bien de l'équipe."

Les Red Lions sont repartis de Bhubaneswar en 2018 avec, dans leurs bagages, le trophée le plus convoité de la planète hockey.Les Red Lions sont repartis de Bhubaneswar en 2018 avec, dans leurs bagages, le trophée le plus convoité de la planète hockey. ©Belga

Les joueurs se montrent particulièrement réceptifs à la méthode de Shane McLeod. Au fil des mois, d'autres valeurs prennent racine au sein du groupe qui cherche à devenir un véritable collectif plutôt qu'une simple addition d'individualités. Avec un mantra qui accompagnera les Red Lions durant toute leur épopée : "From a team of stars to a star team", soit "d'une équipe de stars à une équipe star". "On a créé une culture de confiance où chacun essayait de devenir la meilleure version de lui-même pour le groupe, lance Félix Denayer, l'un des grands piliers de la génération dorée. On a rapidement compris que ce ne sont pas les meilleurs joueurs qui gagnent les trophées mais bien les meilleurs collectifs. C'est dans les moments durs qu'on voit si un collectif est vraiment soudé. Et la couleur des médailles dépend de la manière dont on gère ces moments compliqués. Shane McLeod ne voulait pas seulement créer de bons athlètes mais aussi de bonnes personnes."

Les membres d'une même famille

Et les Red Lions deviennent rapidement une véritable bande de potes, sur les terrains comme en dehors. À l'époque, les joueurs s'entraînent ensemble du lundi au jeudi, de 10 h à 17 h 30. "On voyait plus nos coéquipiers que nos femmes, rigole Victor Wegnez, sélectionné pour la première fois en 2015. Les anciens voulaient que chaque nouveau joueur ait un véritable sentiment d'appartenance à l'équipe. Ils voulaient que tout le monde soit impliqué sur le terrain mais aussi et surtout dans la vie du groupe. Les nouveaux devaient, par exemple, faire leur baptême pour intégrer l'équipe et s'y sentir bien. Je me rappelle de jeux sur la plage durant un stage aux îles Canaries ou de moments où on se rasait les cheveux. Quand on partait en tournoi, on passait notre temps à jouer aux cartes et à vivre des moments extraordinaires. Il y avait une hiérarchie mais ceux qui étaient au-dessus ne le faisaient jamais sentir à ceux qui étaient en bas."

guillement

Shane McLeod ne voulait pas seulement créer de bons athlètes mais aussi de bonnes personnes.

"Nous étions des membres d'une famille avant d'être des collègues de travail, poursuit John-John Dohmen. Si quelqu'un venait sonner chez un coéquipier du jour au lendemain, on savait que la porte serait ouverte. Cela nous a énormément aidés dans les grands tournois. Comme lorsque le père de notre coéquipier Simon Gougnard est décédé juste avant la demi-finale de la Coupe du Monde 2018. Ou lorsque nous avons été menés 0-2 en demi-finale de l'Euro face à l'Allemagne avant de finalement remporter la partie 4-2. La cohésion du groupe nous a permis de faire bloc quand il le fallait."

Et c'est ainsi qu'en trois ans, les Red Lions remportent la Coupe du monde, l'Euro et les Jeux olympiques. Grâce à un talent hors norme, évidemment, mais aussi et surtout à des valeurs qui resteront à jamais associées à cette fabuleuse génération dorée.

Cet article a été réalisé avec le soutien du Fonds pour le journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles.

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