Suite à l’attentat raciste dans les Yvelines faisant un mort et cinq blessés, plusieurs personnalités politiques de gauche accusent Jordan Bardella et l’extrême droite d’avoir alimenté le discours xénophobe et raciste.
Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella au Congrès du parti à Orléans, le 24 octobre 2026. ALAIN JOCARD / AFP
« Un seul tireur. Des responsables ». Après l’attentat raciste de Trappes, qui a tué un homme de 26 ans et fait cinq blessés dont une enfant de 12 ans, la député écologiste Léa Balage El Mariky a ressorti sur X une séquence médiatique de l’émission « Touche pas à mon poste », datée de 2022, dans laquelle Jordan Bardella déclare que « Trappes est éminemment une République islamique en miniature ». Sur le plateau, l’animateur Cyril Hanouna lui demande s’il a des regrets concernant des propos similaires tenus cette fois en octobre 2021 lorsqu’il commentait la réélection du maire de Trappes Ali Rabeh. Si ces déclarations ont conduit le président du RN à être mis en examen, il n’exprime alors aucun remords et persiste même en désignant la ville de Trappes comme la « capitale européenne du djihad ».
Déterré des archives d’internet, cet extrait médiatique est épinglé par de nombreuses personnalités politiques de gauche qui pointent du doigt la responsabilité de l’extrême droite dans la construction d’un récit islamophobe et raciste. Pour la députée européenne de la France insoumise Manon Aubry sur X, le patron du RN « stigmatise toute une ville et ses habitants ».
Une position partagée par le sénateur communiste Ian Brossat, qui a déclaré sur France info : « Vous croyez que ces gens n’ont pas de responsabilité dans ce qui s’est passé ? Bien sûr que si », estimant que des responsables politiques comme Jordan Bardella « se sont spécialisés dans le déversement de cette bile raciste ». Pointant la responsabilité « évidente » de l’extrême droite. Le député LFI Thomas Portes accuse, lui, sur X, Jordan Bardella d’avoir « mené une campagne de haine contre la ville de Trappes et ses habitants ». Avant d’ajouter : « L’idéologie d’extrême droite tue », estimant que l’attaque raciste de Trappes en est l’illustration.
« Après la tuerie commise ce 23 octobre à Trappes et à La Verrière […], combien de temps faudra-t-il encore pour regarder en face le racisme si spécifique qui vise les musulmans, ou ceux que l’on suppose tels ? », interroge sur les réseaux sociaux l’ancienne ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem, qui au-delà des mots de Jordan Bardella a remonté le fil des archives d’internet pour épingler plusieurs déclarations de Sarah Knafo ou d’Eric Zemmour. « On ne peut pas faire comme si la répétition des mots “danger”, “occupation”, “islamisation”, ou l’opposition constante entre “musulmans” et “Français”, était politiquement neutre. C’est ce vocabulaire qu’il faut mettre en cause », intime-t-elle tout en pointant également du doigt la responsabilité de médias comme « Causeur » ou CNews.
Kevin T aurait voulu « venger les commerçants » du 17 octobreLe maire de Trappes (du parti Génération. s), Ali Rabeh a lui-même appelé ce vendredi à être « collectivement lucides » en concernant certains « discours » qui « arment idéologiquement ceux qui sont capables de passer à l’acte ». Il a détaillé aux micros des journalistes, que « les discours qui consistent – qu’on soit ministre, candidat à la présidentielle, ou député – à expliquer que tous les maux de cette société sont la responsabilité des “arabo-musulmans” […] font des morts ».
D’après des informations du « Monde », Kevin T, le principal suspect dont la garde à a vu a été prolongée ce samedi, a lui-même indiqué avoir voulu « veng[er] les commerçants », suite aux dégradations matérielles du 17 octobre, en s’en prenant « aux Noirs et aux Arabes ». Le quotidien, qui indique qu’un exemplaire de « Mein Kampf » d’Adolf Hitler a été retrouvé au domicile du suspect par les enquêteurs, écrit que les premières investigations « semblent monter que le tireur […] a visé exclusivement des personnes qui n’étaient pas de couleur blanche, en tirant en rafale depuis sa voiture ».
D’après une source policière, Kévin T. est inscrit dans le fichier du Traitement d’antécédents judiciaires (TAJ), mais est inconnu du renseignement territorial. Avant son périple meurtrier, il avait piégé son appartement avec des bouteilles de gaz et des fils électriques connectés à un minuteur, d’après le Pnat, qui a précisé que dans son véhicule, une Renault Clio, ont été découverts « un pistolet-mitrailleur de type Sten et une bombe lacrymogène ».
De son côté, la famille de Pengo Bossio Wangi s’interroge sur le suivi de Kévin T. « Elle demande la communication de l’ensemble des éléments relatifs au suivi, ou à l’absence de suivi, dont il a fait l’objet, et se réserve le droit de rechercher toute responsabilité administrative susceptible d’être engagée à raison d’une défaillance établie », a expliqué Me Yassine Bouzrou, dans un communiqué transmis à l’AFP.
Par Service Actu