Les autorités chinoises ne font état que de 16 morts et 546 disparus au Tibet, contre près de 1 000 morts et 4 000 disparus au Népal. Des chiffres accusés d’être largement sous-estimés, notamment par la communauté tibétaine en exil.
Au moins 1 000 personnes ont été tuées la semaine dernière lors de la crue meurtrière survenue à la frontière népalo-chinoise. ARUN SANKAR / AFP
Depuis qu’un immense glacier de l’Himalaya s’est détaché le 26 août, causant une crue dévastatrice au Népal et au Tibet, le bilan ne cesse de s’alourdir. Au Népal, la vague d’eau glacée et de débris a fait au moins 987 morts et près de 3 916 disparus. De leur côté, les autorités chinoises ne font état que de 16 morts et 546 disparus au Tibet.
Des chiffres chinois que des Tibétains en exil et des groupes de défense de la cause soupçonnent d’être largement sous-estimés. Une responsable de l’ONG International Campaign for Tibet, Tencho Gyatso, a appelé la Chine à publier des « informations complètes et vérifiables sur les dégâts et les victimes ». L’ONG a affirmé que ses sources au Tibet faisaient état d’un bilan humain « beaucoup plus élevé » et que quatre villages au moins avaient été particulièrement touchés, avec « plus de 300 maisons détruites et un grand nombre d’habitants toujours portés disparus ».
Tibet Radio, basée en Inde voisine, assure avoir recueilli des informations faisant état d’environ vingt-cinq Tibétains morts au Tibet. Des Tibétains en exil en Inde, en contact avec des membres de leur famille dans la région durement touchée de Gyirong, ont certifié que cinq villages avaient été particulièrement affectés. Ils ont demandé à ne pas être identifiés par crainte pour la sécurité de leurs proches et ont affirmé que des cérémonies funéraires étaient organisées, estimant qu’au moins vingt-quatre personnes étaient décédées.
Beata Tikos, de Tibet House, à New York, un centre culturel fondé par le dalaï-lama, a déclaré qu’il n’était pas surprenant qu’« il puisse y avoir une certaine confusion » dans la communication de Pékin. En Australie, où vit une communauté tibétaine de quelque 3 000 personnes, Zoe Bedford, directrice du Tibet Council Australia, a aussi affirmé « penser » que les autorités chinoises « minimisent l’ampleur des dégâts ».
10 internautes sanctionnés en ChineSelon le quotidien britannique « The Guardian », les médias d’Etat en Chine ont diffusé plusieurs reportages sur les inondations et dépêché leurs propres journalistes sur place, mais ces reportages se sont concentrés sur les opérations de secours plutôt que sur l’ampleur des dégâts. Les autorités chinoises ont par ailleurs sanctionné dix personnes accusées d’avoir diffusé de fausses informations en ligne, notamment des chiffres sur les morts et les disparus largement supérieurs aux bilans officiels.
« Tout ce qui concerne le Tibet est perçu à travers le prisme de la sécurité nationale. Par conséquent, personne ne dira ni ne rapportera quoi que ce soit sans l’aval des plus hautes instances », a déclaré Steve Tsang, directeur de l’Institut de Chine à l’Université SOAS de Londres, auprès du « Guardian ».
De son côté, Pékin a rejeté ces accusations, les qualifiant de « campagne malveillante de dénigrement », tandis que le ministère chinois des Affaires étrangères assure que les informations ont été diffusées de manière « ouverte, transparente et rapide ». Pékin, qui a envoyé des troupes au Tibet en 1950 et considère ce vaste plateau d’altitude comme une partie intégrante du pays, s’oppose depuis longtemps aux initiatives internationales, qu’il estime susceptibles de remettre en cause sa souveraineté. Les journalistes étrangers sont soumis à des restrictions pour travailler au Tibet et Pékin contrôle étroitement les sources d’information dans la région.
Par Service Actu