Avec son nouveau film, "Karma", qui sort en salles ce mercredi 21 octobre, Guillaume Canet offre deux rôles impressionnants à Marion Cotillard et Denis Ménochet. De passage en Occitanie où le film a été tourné avec le...
l'essentiel Avec son nouveau film, "Karma", qui sort en salles ce mercredi 21 octobre, Guillaume Canet offre deux rôles impressionnants à Marion Cotillard et Denis Ménochet. De passage en Occitanie où le film a été tourné avec le soutien du Conseil régional, le réalisateur évoque son plaisir d’artisan cinéaste et cinéphile dans un entretien. Il nous raconte tous les secrets de son nouveau long-métrage choc.
Vous avez participé à une avant-première sur le lieu de tournage à Saint-Céré dans le Lot, quel accueil avez-vous reçu ?
C’était extrêmement émouvant parce qu’avec Denis Ménochet (Marc dans le film, ndlr), on a revu ces têtes, ces visages vus en mars et avril 2025, et avec lesquels j’ai vécu une année et demie de montage et de post-production du film. Ils étaient en larmes, debout, à la fin de la projection. On a vécu quelque chose de particulier avec eux, je n’avais jamais travaillé avec les figurants d’un film. Cette fois, je ne voulais pas que ce soit des figurants mais des gens qui vivent dans la communauté et que l’on y croit. Donc j’ai créé un arbre généalogique, des familles dont j’ai inventé la back-story (arrière-plan, ndlr), le passé, pour que leur relation à Jeanne, le personnage joué par Marion Cotillard, soit un peu différente pour chacun.
Marion Cotillard et Denis Ménochet parlent avec émotion de leur travail. Sur le lieu du tournage, pourquoi se sont-ils astreints à la discipline de ne pas se croiser en dehors du plateau ?
C’est vrai, ils ne voulaient pas se croiser ! Ils se connaissent, ils ont déjà travaillé ensemble mais ils ont pris cette décision que j’ai respectée et j’ai aidé en ce sens. Ils se sont préparés, maquillés à des endroits différents et quand ils sont arrivés sur le plateau, ils ne se parlaient et ne se regardaient pas. C’est seulement quand ils entendaient "Action !" qu’ils levaient les yeux, qu’ils se regardaient et qu’ils échangeaient. Donc il y avait un truc assez intense entre les deux. Pour la première scène devant le portail par exemple, j’ai tourné à deux caméras pour qu’il y ait cette intensité au moment où la porte s’ouvre.
Guillaume Canet sur le tournage de "Karma", à Saint-Céré dans le Lot en 2025.
Christophe Brachet
La photo, la lumière, les décors, les costumes, tout concourt à bâtir une œuvre d’art où l’artisanat prend toute sa place…
Ça me fait très plaisir parce que c’est vrai que le chef décorateur Mathieu Junot a fait travailler beaucoup d’artisans de Saint-Céré et autour. Ils ont accompli un travail extraordinaire pour redonner vie à ce couvent de la Visitation qui était à l’abandon. Et pour la lumière, l’inspiration du directeur de la photo Benoît Debie provient des peintures de Vermeer dont les lumières extérieures marquent l’enfermement. Seul le dehors éclaire l’intérieur donc la liberté est dehors. J’ai adoré travailler avec lui et ça m’a donné envie de lui donner aussi de belles scènes à filmer.
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Les phénomènes sectaires, les univers clos sont-ils un sujet d’intérêt pour vous depuis longtemps ?
Oui ça m’interpelle, j’ai toujours été assez bousculé et dérangé par les thèmes de l’emprise et de la manipulation. Et le travail d’investigation, journalistique même, que j’ai fait sur la présence des sectes en Europe et dans le monde, les témoignages, les rencontres, m’ont beaucoup inspiré pour raconter cette histoire. J’avais besoin d’être nourri parce que je ne maîtrisais pas le sujet. J’espère le maîtriser un petit peu plus aujourd’hui…
Les schémas sont-ils identiques partout avec la même fascination pour un gourou ?
Oui, tout ce que j'ai pu voir et entendre montre que c’est le même fonctionnement. Certains vivent en endogamie, entre eux, comme c’est le cas dans le film, sans faire de prosélytisme pour accueillir des gens au sein de leur secte. Mais en tout cas, au niveau de la manipulation, de l'emprise sur les gens, trouver la faille chez la personne et s'y engouffrer pour la contrôler, c'est vraiment très semblable. Mais mon souhait n’était pas de faire une critique de la religion, bien au contraire. Personnellement, je trouve ça beau et important de croire en quelque chose. Après, les gens croient en ce qu'ils veulent. Si ce qui les rassure, c’est de croire en un dieu ou en une autre expression spirituelle je n’ai pas de souci avec ça. Ce sont les dérives qui me chagrinent et me terrifient.
Marion Cotillard sous l'emprise de Denis Ménochet dans "Karma", le nouveau film de Guillaume Canet.
Christophe Brachet
C’est l’émotion qui importe ?
Je n’aime pas prendre les gens en otages pendant le temps d’un film et qu’ils ressortent complètement dévastés. Et en tant que spectateur, j’aime être bousculé dans mes émotions et comme je suis quelqu’un de positif, j’ai toujours envie qu’on aille vers la lumière et pas vers le dark. Avec "Karma", les gens font un voyage et sont pris par cette émotion qui les soulage à la fin du film.