La fiction fait le choix d’un scénario centré sur une histoire d’amour dans le contexte du massacre d’Oradour-sur-Glane. Un parti pris très discuté.
Médias 25/09/2026 13:41 Actualisé le 25/09/2026 18:06
La fiction fait le choix d’un scénario centré sur une histoire d’amour dans le contexte du massacre d’Oradour-sur-Glane. Un parti pris très discuté.

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Matt Pokora et Caroline Anglade dans « Oradour ».
Une fiction utile au devoir de mémoire ou un vaudeville planté dans des décors historiques ? Le téléfilm Oradour, diffusé jeudi 24 septembre en prime time sur TF1, a divisé les téléspectateurs comme les spécialistes de cet épisode tragique de l’histoire de France. Le projet, porté depuis plusieurs années par le chanteur et comédien Matt Pokora, est notamment critiqué pour son scénario léger et ses approximations historiques, qui n’ont pas convaincu les habitants du village de la Haute-Vienne.
Le coach de The Voice Kids dit avoir voulu raconter une page de l’histoire trop souvent oubliée selon lui. « Cela me disait vaguement quelque chose, mais je n’avais plus exactement le souvenir », raconte-t-il à Ici Limousin au sujet du drame du 10 juin 1944, le plus grand massacre de civils en France pendant la Seconde guerre mondiale (643 morts dont 252 enfants), perpétré par la division SS Das Reich. Pour se préparer, il visite le village et rencontre Robert Hébras, dernier survivant du massacre (mort en 2023).
Pour autant, il n’est pas question de « mettre les pieds » dans les « sujets délicats par rapport à l’histoire », poursuit Matt Pokora, également producteur du film. L’idée était plutôt d’ouvrir « une porte d’entrée sur la grande Histoire » à travers une relation amoureuse « pour que les gens s’attachent », explique-t-il, citant Titanic en exemple.
« Tout sonne faux »Voici donc son personnage, Philippe Gerbier, officier des Forces françaises libres, parachuté près d’Oradour-sur-Glane, où il a grandi. Il doit « contrecarrer les plans des Allemands pour les empêcher de progresser vers la Normandie ». Là, il retrouve son amour de jeunesse (Caroline Anglade), qui tente de fuir un mari violent.
Force est de constater que cette histoire a été suivie. 3,4 millions de téléspectateurs en moyenne ont regardé cette fiction divisée en deux parties, selon Puremédias, soit 23,9 % de part d’audience. Parmi eux, plusieurs internautes saluant sur X un film « riche en émotions » incarné par Matt Pokora et son « excellent jeu d’acteur ».
Beaucoup d’autres commentaires, néanmoins, pointent le fossé entre ce que montre le téléfilm et l’histoire du village martyr. « C’est un téléfilm ou c’est Petits secrets entre voisins ? », se demande ainsi un téléspectateur. « J’ai pas les mots. Ayant travaillé à Oradour-sur-Glane et rencontré Robert Hébras, je n’arrive pas à concevoir que l’association des familles ait laissé ça se produire », réagit un autre, estimant que « tout sonne faux ». « Une catastrophe ».
Les habitants du village, justement, n’ont pas accueilli le projet d’un très bon œil. Le maire, l’Association des familles de martyrs et le Centre de la mémoire ont même saisi TF1 et le ministère de la Culture en juillet 2025 « afin d’appeler ces instances à la plus grande vigilance historique », dans un contexte de « vive inquiétude ». Le film, dénonçaient-ils dans un communiqué, n’a fait l’objet d’aucune consultation avec eux avant le tournage en Belgique. « Nous n’avons connaissance d’aucune collaboration avec des historiens ou chercheurs de la mémoire, ce qui suscite de légitimes interrogations sur la solidité du projet », ajoutaient-ils.
Un historien spécialiste dénonce un « manque de rigueur »En septembre 2025, une rencontre est donc organisée entre les habitants, Matt Pokora, les producteurs et le scénariste pour apaiser la situation. Le scénariste et producteur Pierre Aknine aurait alors, selon Le Populaire du Centre, assuré avoir travaillé avec l’historien Fabrice Grenard, spécialiste de la période. Auprès de Télérama, ce dernier dément avoir été contacté, et souligne qu’aucun conseiller historique n’est d’ailleurs mentionné au générique.
Auprès de nos confrères, il pointe même toutes les erreurs factuelles et approximations du film comme « une vision anachronique de la résistance ». « Si l’intention initiale — faire connaître aux plus jeunes le massacre d’Oradour — est louable, le manque de rigueur peut contredire cette ambition. L’intrigue est déconnectée de l’événement, le village et ses habitants n’apparaissent vraiment qu’à la toute fin du téléfilm et, à force de raccourcis, d’informations disséminées sans cohérence ni respect du contexte, la réalité historique se brouille », critique-t-il.
Face aux inquiétudes exprimées par les habitants, TF1 a sorti plusieurs cartes. Un panneau précisant qu’il s’agit d’une fiction inspirée de faits réels a été inséré. Un documentaire (Oradour, un village martyr réalisé par Stanislas Kraland) a également été diffusé à la suite du film jeudi soir pour assurer le service après-vente. Enfin, la chaîne s’est engagée à soutenir un appel aux dons, via la Fondation du patrimoine, pour préserver le village.