Plus que sept romans français en lice, neuf romans étrangers. Et les essais font leur entrée dans la compétition.
Le jury du prix Médicis vient d’annoncer une deuxième version de sa liste de sélectionnés. FRANCK DEROUDA/SIPA
La deuxième sélection du prix Médicis est tombée. Qui pour succcéder à Emmanuel Carrère et vendre plus de 200 000 livres comme ce fut le cas pour « Kolkhoze » (P.O.L) ? Sans surprise, le jury, emmené par Pascale Roze, a sorti de la liste initiale Thélyson Orélien, lequel vient pourtant de rompre un silence de trois semaines et d’affirmer qu’il n’a « prompté » aucune IA pour écrire « C’était ça ou mourir » (Grasset). Quoi qu’il en soit, il n’y est plus.
Parmi les romans retenus dans une sélection qui rétrécit beaucoup – de 18 à sept ouvrages –, trois font l’objet, depuis leur entrée en librairie fin août, d’une rumeur très flatteuse. Il y a Anne Godard, qui, dans « Nous aussi » (Actes Sud), retrace l’ambiance d’une enfance où le concept d’« incestuel » du psychanalyste Paul-Claude Racamier (1924-1996) prend toute sa pertinence. L’enfance abîmée est aussi le sujet de Daria Marx dans « Tuer le vieux » (Flammarion), récit d’un road movie punitif vers le Pays basque, faute d’une justice à la hauteur du crime commis par le grand-père. Les jurés ont aussi aimé « Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? » (P.O.L), dans lequel Lucie Rico tente de reconstituer un souvenir d’enfance traumatique.
Pour ce qui est de la sélection Etranger, tout le monde croit savoir. Il paraît que le prix ira forcément à Laura Kasischke, avec « Baignade surveillée » (Gallimard) et que ça ne pourrait en être autrement tant l’autrice américaine était attendue en librairie – treize ans d’absence depuis « Esprit d’hiver » (Christian Bourgois). Cela étant, la surprise pourrait venir de l’autrichien Robert Seethaler, qui, dans un bel élan naturaliste, fait d’une rue, dans son roman prosaïquement intitulé « la Rue » (Sabine Wespieser) le personnage de son livre. Le jury semble en effet sous le charme de ces œuvres à la Julien Gracq (1910-2007), qui raconta autrefois la forme d’une ville, car en troisième catégorie, parmi les essais sélectionnés, se trouve le beau « Via Veneto » de Colette Fellous (Gallimard). Encore une rue arpentée par le jury, donc, et la plus fellinienne de toutes à Rome, depuis laquelle l’autrice fait renaître le cinéma italien des années 1960.
Les membres du Médicis pourraient tout aussi bien distinguer Yann Diener et les pages d’histoire rassemblées dans « Comment le langage vint aux machines. Enquête sur Ada Lovelace, Grace Hopper et Jean Bartik » (Climats) pour la beauté du geste car la postérité, inélégante, dénie à trois femmes leur rôle majeur dans l’invention des premiers langages de programmation et la naissance de l’informatique. Il y a aussi la biographie de l’Américain Richard Zénith « Pessoa, l’œuvre-vie » (Seuil), qui tombe à point nommé dans un siècle intranquille comme jamais. Mais, à vrai dire, les trois verdicts à venir lors des délibérations, annoncées le 2 novembre au restaurant « La Méditerranée », à Paris, gardent encore tout leur mystère.
Les sept romans français en lice pour le prix Médicis 2026« Décolorer sa fille », par Lucie Bérard (Les Intranquilles)
« Nous aussi », par Anne Godard (Actes Sud)
« N’efface pas mes cercles », par Emma Marsantes (Verdier)
« Tuer le vieux », par Daria Marx (Flammarion)
« Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? », par Lucie Rico (P.O.L)
« Croire au code », par Sarah Tadlaoui (Héloïse d’Ormesson)
« Grandes lignes », par Philippe Vasset (Flammarion)
« Déclin et fascination », par Eva Baltasar, traduit du catalan par Annie Bats (Verdier)
« Camping », par Lavinia Braniște, traduit du roumain par Sylvain Audet-Găinar (Editions des Syrtes)
« Baignade surveillée », par Laura Kasischke, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy (Gallimard)
« La Maison d’été », par Masashi Matsuie, traduit du japonais par Déborah Piérret-Watanabe (Editions du Sous-Sol)
« Caesaria », par Hanna Nordenhök, traduit du suédois par Marina Heide (Cambourakis)
« L’Inéquilibre », par Alcide Pierantozzi, traduit de l’italien par Lise Chapuis (Gallimard)
« Inventaire de ce qu’il reste après que la forêt a brûlé », par Michele Ruol, traduit de l’italien par Paolo Bellomo avec le concours de Cécile Raulet (Le Tripode)
« La Rue », par Robert Seethaler, traduit de l’allemand (Autriche) par Elisabeth Landes (Sabine Wespieser)
« Les Noms de Feliza », par Juan Gabriel Vásquez, traduit de l’espagnol (Colombie) par Isabelle Gugnon (Seuil)
« Une éclaircie », par Jean-Baptiste Del Amo (Stock)
« L’Hospitalité. Affirmer l’humanité », par Souleymane Bachir Diagne (Autrement)
« Comment le langage vint aux machines. Enquête sur Ada Lovelace, Grace Hopper et Jean Bartik », par Yann Diener (Climats)
« Via Veneto », par Colette Fellous (Gallimard)
« Ainsi la Cour décide », par Caroline Knecht (La Découverte)
« Auschwitz, une histoire de femmes. Les Françaises du bloc 10 », par Johanna Lehr (Gallimard)
« Elles ne mouraient pas toutes », par Barbara Métais-Chastanier (La Découverte)
« En l’absence de corps », par Anne Plantagenet (Julliard)
« La Guerre éternelle », par Olivier Rolin (Gallimard)
« Une prière pour John Coltrane », par Jérôme Schmidt (Noir sur Blanc)
« Youssef ou la fidélité à soi », par Johanna Siméant-Germanos (Anamosa)
« Pessoa, l’œuvre-vie », par Richard Zenith, traduit de l’anglais (EU) par Nicolas Richard (Seuil)
A noter : Le jury, présidé par Pascale Roze, est composé de Marianne Alphant, Michel Braudeau, Marie Darrieussecq, Dominique Fernandez, Anne F. Garréta, Patrick Grainville, Andreï Makine, Alain Veinstein.
A noter encore : la plupart de ces livres ont été ou seront prochainement chroniqués dans les pages littéraires du « Nouvel Obs » et sur BibliObs. Et les dernières nouvelles des prix littéraires se trouvent là.
Par BibliObs
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