Les violences du 17 octobre pourraient rebattre les cartes de la présidentielle de 2027. À six mois du scrutin, Frédéric Dabi, directeur de l’Ifop, alerte sur un risque d’embrasement inédit et estime que ces...
Les violences du 17 octobre pourraient rebattre les cartes de la présidentielle de 2027. À six mois du scrutin, Frédéric Dabi, directeur de l’Ifop, alerte sur un risque d’embrasement inédit et estime que ces événements pourraient profiter à Marine Le Pen, tout en compliquant la tâche de Jean-Luc Mélenchon.
Le risque d’embrasement de la France à six mois d’une élection présidentielle est "inédit" sous la Ve République, explique dimanche à l’AFP directeur de l’Ifop, Frédéric Dabi.
Le sondeur estime que les scènes de chaos du 17 octobre pourraient plus que jamais "solidifier le socle électoral" de Marine Le Pen et enrayer une partie de la dynamique en faveur de Jean-Luc Mélenchon.
Que vous inspire la journée du 17 octobre à six mois du premier tour ?On est dans de l’inédit total sous la Ve République. Traditionnellement, six mois avant, le pays se calme, se modère et entre en conclave. Il regarde les candidats, les processus de sélection via des primaires, les programmes…
Aujourd’hui, il y a clairement un risque d’embrasement. Coexistent deux scènes : une arène politique où les candidats débattent et cherchent à convaincre. Une arène sociale qui ne les entend absolument pas pour plusieurs raisons.
Il y a d’abord une insatisfaction de l’offre électorale avec peu de candidats de renouvellement, contrairement à 2007 ou 2017 par exemple. Cela se conjugue à des niveaux de pessimisme, pour soi et l’avenir de ses enfants, jamais atteints dans le pays – 82 % des sondés dans notre dernière étude fin août.
Enfin, le pays n’a pas eu le temps de prendre du recul depuis des mois : incendies, sécheresse, envolée des prix du carburant, conflits internationaux, les crises s’enchaînent.
Pour ces trois raisons, beaucoup de Français voient moins cette présidentielle comme le réceptacle traditionnel de leurs attentes, de leurs espoirs et de leur colère.
À qui peut profiter les scènes de violences ?Il faut rester très prudent sur l’impact dans les urnes d’un évènement à six mois d’un premier tour. Mais ce qui s’est passé samedi relève du choc et ne va pas être sans conséquence.
Paris ce 17 octobre 2026.
Le Pictorium/MAXPPP
Cela va probablement conforter cette France attachée à l’ordre et qui remarque, à raison, que depuis 2016, il ne peut plus y avoir un seul mouvement social sans violences, ni pillages – même si cela atteint rarement l’intensité d’hier. Cette France qui ne supporte plus de voir des symboles de la République (mairies, résidence du préfet, Marianne) et des représentants de l’autorité de l’Etat attaqués.
Il faut attendre les premiers sondages post-17 octobre, mais cela pourrait donc en toute logique renforcer le socle électoral de premier tour de Marine Le Pen.
La police scientifique sur place suite à l’incendie de l’office de tourisme de Lyon.
MAXPPP
En 2017, beaucoup de sondés rechignaient à voter pour la candidate du RN, s’inquiétant du risque de violences et de désordre dans le pays si elle arrivait à l’Elysée. La violence est déjà là et ils ne sont plus dans cet état d’esprit aujourd’hui. Ils se disent qu’elle pourrait au contraire remettre de l’ordre dans le pays.
Les évènements de samedi peuvent aussi profiter, dans une moindre mesure, notamment au candidat LR Bruno Retailleau, tenant d’une ligne très ferme.
Manifestation du 17 octobre 2026 à Lille.
Le Pictorium/MAXPPP
Il ne va probablement pas pâtir des images de violences sur son socle de premier tour qui est solide et fidélisé sur un électorat jeune, issu des quartiers populaires.
Mais cela pourrait le gêner pour accéder au second. Car là il va falloir qu’il fasse venir des électeurs du PS, de la social-démocratie…
De multiples dégradations après la manifestation à Lyon le 17 octobre 2026.
MAXPPP
On peut aussi se demander si le 17 octobre va jouer sur les dynamiques au sein du bloc central. Edouard Philippe et Gabriel Attal ont certes un discours de fermeté qui peut satisfaire l’électorat attaché à l’ordre dont nous parlions plus haut. Mais, encore une fois, les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron peuvent être pénalisés car tenus pour responsables du bilan du chef de l’Etat en matière d’insécurité, de délinquance et de stratégie de maintien de l’ordre.