Dans les spots publicitaires visant à dénigrer l’adversaire, l’affaire Epstein n’a jamais été aussi présente que lors de cette campagne pour le scrutin du 3 novembre.
International 09/10/2026 19:01 Actualisé le 10/10/2026 07:44
Dans les spots publicitaires visant à dénigrer l’adversaire, l’affaire Epstein n’a jamais été aussi présente que lors de cette campagne pour le scrutin du 3 novembre.
Aux États-Unis, tous les coups sont permis (ou presque) durant les campagnes électorales. Illustration avec Jeffrey Epstein. Bien que le criminel sexuel américain soit décédé depuis sept ans maintenant, son image reste omniprésente dans les spots publicitaires électoraux à l’approche des midterms, le 3 novembre. Mais l’affaire a de nouveau fait grand bruit en début d’année avec la publication des « documents Epstein » qui a été grandement commentée aux États-Unis et à l’international, notamment en France.
Ainsi, une analyse de CNN montre que des candidats et des groupes affiliés ont déjà diffusé plus de 160 publicités liées à Epstein, pour un budget de plus de 35 millions de dollars. À titre comparatif, seulement trois spots de ce type avaient été diffusés en amont de l’élection présidentielle de 2024, tous lors d’élections locales en Floride, l’État où le scandale Epstein avait éclaté.
Logiquement, ce sont les démocrates qui utilisent en immense majorité l’image de Jeffrey Epstein cette année, à 90 %, essentiellement pour des campagnes sénatoriales, où les écarts devraient être serrés lors des midterms, bien plus que pour la Chambre des représentants.
Dans beaucoup de ces publicités négatives, on retrouve des allégations trompeuses, voire mensongères, à l’encontre de l’adversaire, notamment des critiques sur leur absence de vote en faveur de la publication des dossiers Epstein. En début d’année, le ministère de la Justice américain avait dévoilé un total de 3,5 millions de pages de documents – sur un total de 6 millions –, à l’issue d’une âpre bataille politique menée principalement par les démocrates au Congrès.
La Géorgie, la plus dépensièreParmi les États les plus dépensiers sur ces spots liés à Epstein, on retrouve la Géorgie, le Texas et l’Ohio. Comme le note CNN, une grande partie de ces fonds proviennent de démocrates bien financés qui ont fait de cette controverse un axe central de leur campagne.
Rien qu’en Géorgie, ce sont dix millions de dollars qui ont été investis en publicités liées à Epstein, selon des données d’Ad Impact, dont plus des trois quarts proviennent de la campagne du sénateur démocrate Jon Ossoff. Il a notamment attaqué à plusieurs reprises son adversaire républicain Mike Collins, le présentant comme un fidèle de Donald Trump ayant voté contre la publication des dossiers Epstein.
Dans l’un des spots publiés sur les réseaux sociaux de Jon Ossoff, un ancien marshal affirme que « Mike Collins a voté pour étouffer l’affaire Epstein. Même après avoir su que des jeunes filles de 14 ans avaient été violées ».
Une publicité en réalité trompeuse. Mike Collins, à l’instar de tous les républicains de la Chambre à l’exception de neuf, a voté contre une motion de procédure visant à déclassifier les documents en juillet 2025. Mais le républicain a cependant finalement voté pour leur publication en novembre 2025, après que Donald Trump ne change d’avis et incite les républicains à voter en leur faveur.
Au Texas cette fois-ci, pour la campagne du démocrate James Talarico, ce sont près de 5 millions de dollars qui ont été dépensés en publicités, concernant un accord de plaidoyer conclu par le bureau du procureur général républicain Ken Paxton (son adversaire) avec un délinquant sexuel présumé sur mineur, qui ne purgera qu’une seule journée de prison.
Le républicain Dan Sullivan attaqué en AlaskaLe lien avec Jeffrey Epstein ne tarde pas à arriver : le narrateur de la publicité qualifie l’accord de « contrat de complaisance à la Epstein pour un prédateur d’enfants bien inséré », ajoutant : « La corruption de Ken Paxton met nos enfants en danger. Nous n’avons pas besoin de plus de protecteurs de pédophiles à Washington. »
Autre spot, en Alaska, dans lequel le sénateur républicain Dan Sullivan se voit attaqué. « Sullivan a reçu des milliers de dollars en liquide de la part d’Epstein Associates et a voté pour que les dossiers restent cachés au public. Même après avoir su que des filles de 14 ans avaient été violées », déclare le narrateur du spot.
Il est ici fait référence à un don de 8 500 dollars que Dan Sullivan a reçu du milliardaire Henry Kravis – dont le nom figure dans les dossiers Epstein, bien qu’il n’ait jamais été accusé d’aucun acte répréhensible en lien avec le criminel sexuel –, peu après que Sullivan a voté contre un amendement qui aurait forcé la publication des dossiers.
Selon une étude menée par le Senate Majority PAC, l’un des Comités d’action politique indépendants les plus puissants chez les démocrates, les publicités mettant en avant Jeffrey Epstein peuvent faire basculer les élections de trois à six points en faveur des démocrates, rapportait plus tôt dans l’année un article de Politico.