Le député Ismaël Nuino (Les Engagés) a créé un site permettant de confectionner son budget fédéral. Il décortique les réponses reçues. ...
Alors que le gouvernement fédéral reprend ce mercredi ses négociations budgétaires visant à réaliser un effort de 10 milliards d'euros, quelque 25 000 citoyens se sont, eux aussi, frottés à l'exercice. Massivement, ils réclament une baisse des impôts sur le travail et préfèrent aller chercher des recettes compensatoires sur le grand patrimoine, plutôt que de couper dans les dépenses publiques.
Le député Ismaël Nuino (Les Engagés) a lancé le 17 septembre un site (meschoixpourlabelgique.be) permettant de confectionner son propre budget fédéral. "J'entends beaucoup de gens me dire qu'il suffit de diminuer ceci ou d'augmenter cela. Ce jeu, qui se veut à la fois pédagogique et ludique, permet de montrer que ce n'est pas si simple…", resitue le parlementaire. Le participant peut choisir parmi 61 mesures et les moduler pour faire varier leur rendement budgétaire. Les mesures concernent tant les recettes de l'État que ses dépenses, mais aussi d'éventuels investissements.
À la date du 6 octobre, près de 96 000 personnes (nombre d'adresses IP qui se sont connectées) – dont 18 % de néerlandophones – avaient consulté le jeu, 56 000 y avaient activement joué, et 25 000 ont été au bout de la démarche. L'exercice n'a pas valeur de sondage, mais la masse des répondants permet de percevoir ce qui vit dans la société.
La diminution des impôts sur le travailLa première mesure prise par les 25 000 personnes ayant terminé le jeu est la diminution des impôts sur le travail, pour 3,09 milliards d'euros en moyenne. Pour financer cela, ils choisissent principalement d'augmenter l'impôt sur le patrimoine, en moyenne de 4,7 milliards, ce qui va dans le sens d'un sondage Ipsos publié mi-juin.
D'ailleurs, les répondants privilégient l'augmentation des recettes à la baisse des dépenses : pour chaque euro d'économie, ils vont chercher quatre euros de recettes. Parmi les postes d'économie les plus cités, on retrouve la Santé – mais de manière limitée (125 millions en moyenne sur un budget de plus de 40 milliards) – et la Coopération au développement, deux matières chères aux Engagés.
guillementCela montre qu'un exercice budgétaire ne peut pas se limiter à faire des économies ou trouver des recettes. Il faut proposer de nouvelles perspectives.
Les internautes ont une vision maximaliste de l'exercice budgétaire puisqu'ils vont chercher 14,33 milliards en moyenne au lieu des 10 milliards requis. Le surplus est consacré à des baisses d'impôt (2,02 milliards), à des investissements (1,35 milliard) et à une amplification de l'assainissement des finances publiques en portant l'effort net à près de 11 milliards.
Les investissements les plus plébiscités sont consacrés à la justice et la sécurité, d'une part, à l'énergie et au climat (y compris la mobilité), d'autre part.
Le coût de la classe politiqueIsmaël Nuino n'a pu épingler, dit-il, que trois mesures qui ont à la fois un rendement budgétaire important (plus de 1,2 milliard) et suscitent une large adhésion (plus de 40 % des répondants). "Cela illustre la complexité de l'exercice." Ces trois mesures sont la taxation des grands patrimoines, la réduction de l'avantage sur les voitures de société et la réduction des subsides aux entreprises.
À titre de comparaison, l'augmentation des accises sur le tabac suscite une très forte adhésion, mais a un rendement limité. À l'inverse, la suppression des avantages extralégaux rapporte beaucoup, mais ne convainc qu'un tiers des participants.
Le Belge est-il l'un des contribuables les plus taxés du monde? Ce que disent les chiffresEnfin, le site permet aussi de proposer des mesures complémentaires. Un quart des 814 propositions formulées porte sur la réduction du coût de la classe politique, et un autre quart, sur la simplification des institutions.
"Quand on voit ces résultats, on se dit que les gens sont très lucides. Ils sont capables de comprendre qu'il faut faire cet effort de 10 milliards d'euros, commente Ismaël Nuino. Par contre, ils ne veulent pas juste faire des économies. Les Belges attendent une certaine forme de justice fiscale. Et pratiquement tous veulent consentir de nouveaux investissements. Cela montre qu'un exercice budgétaire ne peut pas se limiter à faire des économies ou trouver des recettes. Il faut proposer de nouvelles perspectives."
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