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Des ministres israéliens s’en prennent violemment aux réalisateurs de « Naza », jusqu’à réclamer leur déchéance de nationalité

Дата публикации: 14-09-2026 06:32:09

Un ministre a accusé, Rachel Szor et Yuval Abraham, réalisateurs du documentaire de vouloir « nuire à leur patrie afin de recevoir les applaudissements des antisémites du monde entier ».

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Les deux réalisateurs de « Naza », Rachel Szor et Yuval Abraham, présentent leur prix spécial du jury, remporté à la Mostra de Venise ce dimanche 13 septembre. STEFANO RELLANDINI/AFP

« Vous êtes une honte ! » Plusieurs ministres israéliens s’en sont violemment pris ce dimanche 13 septembre aux réalisateurs du documentaire « Naza », qui a remporté samedi le prix spécial du jury à la Mostra de Venise, les accusant de « trahison envers l’Etat ». Parmi eux, un ministre israélien a annoncé vouloir déchoir de leur nationalité les réalisateurs du documentaire. Le film repose sur le témoignage anonyme de 24 membres de l’armée et des services de renseignement israéliens qui exposent la façon dont les forces israéliennes tuent de nombreux civils dans le cadre de la guerre qu’elles mènent contre le Hamas à Gaza.

« J’agirai immédiatement pour retirer la citoyenneté israélienne » à Yuval Abraham et Rachel Szor, les deux réalisateurs du documentaire, annoncé à la toute dernière minute, le jour de l’ouverture de la Mostra, a déclaré sur X le ministre de la Culture et des Sports Miki Zohar. Le ministre a accusé les créateurs du film de vouloir « nuire à leur patrie afin de recevoir les applaudissements des antisémites du monde entier », ce qui, a-t-il ajouté, constitue « une trahison envers l’Etat ».

D’autres ministres s’en sont également pris dimanche soir aux réalisateurs du film, deux journalistes d’investigation qui avaient déjà travaillé ensemble sur un documentaire oscarisé, « No Other Land » (2024), sur la violence des autorités et des colons en Cisjordanie occupée.

« Vous êtes une honte et une source d’embarras »

« Vous êtes une honte et une source d’embarras pour tout le peuple d’Israël. Allez-vous-en ! » a lancé sur X le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir. « Je suis certain que vos amis, c’est-à-dire nos ennemis, le Hamas à Gaza, vous accueilleront les bras ouverts », a continué le ministre d’extrême droite.

La déchéance de nationalité est légalement possible en Israël, quoique rarement appliquée. La Cour suprême a entériné en 2022 la possibilité pour l’Etat de déchoir de leur nationalité des personnes ayant manqué de « loyauté », en commettant par exemple des actes d’espionnage ou de trahison. La loi a en outre été élargie en 2023 pour concerner également les personnes condamnées pour « terrorisme ». Concrètement, il faut que le ministre de l’Intérieur en fasse la demande, que celui de la Justice l’approuve, et que des juges la valident.

Dans le documentaire de 80 minutes, les personnes interrogées décrivent comment plusieurs systèmes technologiques, recourant notamment à l’intelligence artificielle, ont permis à l’armée israélienne de localiser, par l’intermédiaire de leurs téléphones, des membres présumés du Hamas et leurs familles, puis de les frapper indistinctement chez eux.

Ovationné pendant 25 minutes

Selon le documentaire, « Naza » est un acronyme utilisé au sein de l’armée israélienne pour désigner le nombre estimé de civils qui sont tués lors d’une frappe. L’une des personnes interviewées explique que les militaires ont accès à un outil leur permettant de savoir, pour chaque logement à Gaza, combien de personnes s’y trouvent et seront donc touchées en cas de bombardement.

Après la diffusion en avant-première du film à Venise où il a été ovationné pendant 25 minutes, l’armée israélienne s’est défendue en rejetant « catégoriquement » les accusations selon lesquelles elle tuerait massivement des civils à Gaza.

Le documentaire a été révélé au public au pire moment pour le gouvernement de Benyamin Netanyahou : quelques semaines avant les élections législatives en Israël et au lendemain des révélations du quotidien « Haaretz » sur l’inaction et le silence suspects du Premier ministre, averti à plusieurs reprises d’une opération d’ampleur contre son pays avant les massacres du 7 octobre 2023.

Lancée en représailles aux attaques meurtrières perpétrées par le Hamas sur le sol israélien (1 200 morts, 251 otages), la guerre menée par Israël à Gaza a fait plus de 73 000 morts, selon le ministère de la Santé de ce territoire contrôlé par le mouvement islamiste, dont les chiffres sont jugés fiables par les Nations unies.

Mercredi 9 septembre, au lendemain des révélations de « Haaretz » sur l’alerte reçue par Benyamin Netanyahou à propos d’une attaque du Hamas juste avant le 7 octobre 2023, le Premier ministre israélien, qui a démenti tout avertissement de ce type, a annoncé avoir donné instruction à ses avocats de déposer une plainte en diffamation contre le journal. Face aux menaces de poursuites judiciaires, « Haaretz », qui a affirmé maintenir ses informations dans un article évoquant les démarches du chef du gouvernement, peut compter sur la « solidarité » de Reporters sans Frontières (RSF). Mais l’ONG ne s’est pas contentée d’exprimer son soutien au quotidien. Dans son message sur X, RSF a également dénoncé plus globalement « les pressions croissantes des autorités sur la presse dans le pays ». Un phénomène qui s’est traduit par un recul de 30 places entre 2022 et 2026 dans son classement sur la liberté de la presse dans le monde. En 2022, Israël occupait le 86e rang (sur 180) du baromètre de RSF. A la fin de l’année, Benyamin Netanyahou est revenu au pouvoir, s’alliant avec des suprémacistes et nationalistes religieux pour former le gouvernement le plus à droite de l’histoire du pays. Depuis, l’Etat hébreu, qui oscillait les années précédentes entre les places 85e-90e, n’a cessé de dégringoler dans le classement de l’ONG : 97e rang en 2023, 101e en 2024, 112e en 2025 et 116e en 2026. RSF relève aussi que le pluralisme, l’indépendance des médias et la liberté de la presse « se resserrent de plus en plus » au sein du pays depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée à la suite des massacres perpétrés par le Hamas : « Les campagnes de désinformation et les lois liberticides se sont multipliées, alors que les pressions sur les journalistes israéliens ont augmenté. » La Palestine figure, quant à elle, à la 156e place du classement 2026 de l’ONG, qui la qualifie de territoire « le plus dangereux au monde pour les professionnels des médias ». Plus de 220 journalistes ont été tués dans la bande de Gaza par l’armée israélienne, dont quelque 70 en raison de leur métier, depuis le 7-Octobre, rappelle RSF, tandis qu’en Cisjordanie, territoire occupé par l’Etat hébreu depuis 1967, « les arrestations et les entraves à l’exercice du journalisme se sont intensifiées ». B. C.

Par  Le Nouvel Obs avec AFP

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