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Des commerçants bruxellois mettent en garde face au drame qui se profile : "C'est catastrophique. C’est pire que le Covid"

Дата публикации: 21-09-2026 08:26:26

La Région ne ferme pas la porte à une révision des indemnités pour les entreprises touchées par des travaux. ...

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À Schaerbeek, des travaux se préparent rue Richard Vandevelde, en plein cœur du quartier Helmet. La rue accueille trois écoles et l'idée était d'en sécuriser les abords. Finalement, la commune en profite pour une réfection plus large : élargissement des trottoirs, aménagement en rue cyclable, végétalisation et création d'un sens unique pour les voitures (direction chaussée de Helmet). Ce dernier changement sera suivi et testé, et pourra être adapté, annonce la commune.

Des travaux somme toute classiques en Région bruxelloise : 4 mois de blocage sont annoncés à partir de fin septembre. Mais pour Tony, on risque d'assister à un drame. "On nous propose 500 euros par mois de compensation (2 000 euros en tout ce qui fait 500 par mois). La rue sera fermée, on n'aura plus de clients. Entre le loyer, le salaire et les charges, j'ai 4 000 euros de frais fixes par mois."

”Ces gens pensent qu’un loyer à Bruxelles c’est 200 euros ?” Des indemnités ridicules pour les commerces touchées par des travaux : “tout le monde sait que c'est trop peu ©DR

Installé depuis 10 ans dans la rue avec son magasin Passiflora, ce fleuriste, habitant de Zaventem, craint aussi pour sa marchandise. "Ouvrir sans client, ça ne sert à rien. Et si on ne vend pas les fleurs, on doit les jeter et ça fait encore des pertes. Finalement, les politiques font et les seuls perdants, ce sont toujours nous, les indépendants. Ici, c'est catastrophique. C'est pire que le Covid. Pour le Covid, on avait eu plus d'aides."

”Ces gens pensent qu’un loyer à Bruxelles c’est 200 euros ?” Des indemnités ridicules pour les commerces touchées par des travaux : “tout le monde sait que c'est trop peuTony ©DR

Chez le coiffeur voisin, "Karmen", Umut, implanté depuis 16 ans dans le quartier, dresse le même constat. "On a un emprunt de 1 500 euros à rembourser chaque mois, en plus de toutes les charges. Essayez de survivre avec 500 euros par mois. Et encore, ils annoncent quatre mois mais qui nous dit que ça ne va pas dépasser ce délai ? Ce sera en plein pendant l'automne. Avec de la pluie, il y aura sûrement du retard sur le chantier."

En face, au café Lemon, Yassin est exaspéré. "On a un loyer de 3 000 euros. Qui peut vraiment croire qu'on peut tenir avec 2 000 euros de compensation en tout ? Les gens qui ont décidé de ce montant pensent qu'un loyer de commerce, c'est 200 euros ? Par contre, pour nous demander de payer la taxe pour l'utilisation de la terrasse, là, on nous envoie vite des rappels."

”Ces gens pensent qu’un loyer à Bruxelles c’est 200 euros ?” Des indemnités ridicules pour les commerces touchées par des travaux : “tout le monde sait que c'est trop peuUmut ©DR
Des indemnités peu flexibles

Des témoignages similaires, nous en entendons presque systématiquement à chaque aménagement de voirie.

Et pour cause, le système d'indemnités est régional et quelque peu limité. Pour y prétendre, le chantier dont le commerce est victime doit entraîner une fermeture de la circulation des voitures ou des transports en commun dans au moins un sens et pendant 29 jours consécutifs. Sur un piétonnier, donc, aucune indemnisation. Et si la circulation est temporairement rétablie avant 29 jours, le compteur retombe à zéro.

Il faut aussi que votre secteur d'activité soit compris dans la liste arrêtée par le gouvernement. Certains ont déjà eu la mauvaise surprise de ne pas figurer dans cette liste et donc de sortir du dispositif.

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Si toutes ces conditions sont remplies, vous pouvez prétendre à 2 000 euros d'indemnités si votre entreprise a moins de 2 équivalents temps plein (ETP), 2 350 € entre 2 et 5 ETP et 2 700 € entre 5 et 10. Au-delà de 10 ETP : pas d'indemnité.

Et il ne s'agit pas là d'un montant mensuel mais bien d'un forfait pour toute la durée du chantier. Sans compter que la demande ne peut pas être introduite avant d'avoir dépassé les 29 jours de travaux. Une forme de proportionnalité existe tout de même. Vous pouvez faire une deuxième demande pour un même chantier 180 jours après votre première demande. Vous pourrez ainsi toucher deux fois l'indemnité mais il faut évidemment que les conditions restent remplies pendant ces nouveaux 180 jours.

Mais il n'y a donc aucune différence entre un chantier de 29 et de 100 jours, ni entre une entreprise qui paye un loyer de 500 euros et une autre de 2 000, sachant que les loyers peuvent rapidement varier d'un quartier à l'autre à Bruxelles.

"Tout le monde est d'accord pour dire que c'est trop peu"

Depuis 2021, la Région a déboursé 3,1 millions d'euros en indemnités pour des commerçants impactés par des travaux. Le pic s'observe en 2022 et 2023 avec plus de 800 000 euros par an et quasi 400 dossiers. Pour 2025, nous sommes à 416 000 euros pour 187 dossiers.

Il s'agit bien du seul mécanisme de compensation pour les commerçants touchés par des travaux. Pour en revenir au cas schaerbeekois, Gudrun Willems (Groen), échevine en charge de l'aménagement de l'espace public, assure que les aménagements sont aussi pensés pour mettre en valeur les commerces : "Une place PMR est ajoutée. Il y aura davantage d'arceaux vélos et une amélioration des zones de livraison. Huit places de stationnement sont retirées, mais 39 places conservées et de nouvelles places mutualisées ont été ajoutées dans le quartier via BePark. Selon les données de hub.brussels, 54 % des clients viennent à pied, 27 % en transports publics et 17 % en voiture et les nouveaux aménagements offriront plus d'espace pour les terrasses."

”Ces gens pensent qu’un loyer à Bruxelles c’est 200 euros ?” Des indemnités ridicules pour les commerces touchées par des travaux : “tout le monde sait que c'est trop peu ©DR

L'échevine Laure Lita (MR), qui a hérité de la compétence du Commerce à Schaerbeek en mars dernier, essaie aussi d'accompagner au mieux. Les travaux ont été annoncés à l'avance, une réunion d'information est aussi dédiée aux commerçants mais, de manière générale, vu les budgets des communes, les échevins du commerce ont peu de leviers. "Pour les indemnités, tout le monde est d'accord pour dire que c'est trop peu", concède son cabinet.

Même constat à la Ville de Bruxelles : "On essaie de mettre en avant les commerces pendant les périodes de chantier, de discuter avec eux pendant le chantier pour voir si des aménagements peuvent les arranger, d'aider à remplir les demandes d'indemnités qui ont le mérite d'exister mais qui ne sont clairement pas suffisantes", développe l'échevin en charge des Commerces, Didier Wauters (Les Engagés).

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Il y a tout de même des cas exceptionnels d'aides. Anderlecht, par exemple, avait un peu mis la main au portefeuille pour les travaux de la rue Wayez, assure l'échevine locale Halina Benmrah (MR). Mais le cas emblématique reste le chantier du métro 3.

9,3 millions d'euros ont été débloqués pour indemniser les commerçants du Palais du Midi. On parle donc d'un montant trois fois supérieur à ce que la Région a déboursé pour indemniser les commerçants touchés par des chantiers "classiques" depuis 2021.

Sur ce montant, 5,5 millions ont été octroyés par la Région via Bruxelles Économie Emploi. Le solde correspond à des indemnités gérées par la Régie foncière de la Ville de Bruxelles.

Des indemnités spéciales, cumulables avec le mécanisme classique de la Région, ont aussi été mises en place pour les commerçants de la zone qui n'étaient pas dans le Palais du Midi. En 2025, 128 commerces en ont bénéficié, pour un total de 1,1 million d'euros. "Et on sait que ces montants ne sont toujours pas suffisants", assure l'échevin.

Aides aux entreprises : l'auberge espagnole"Des pansements sur une jambe de bois"

À l'Union des classes moyennes (UCM), organisation représentative des entrepreneurs francophones, on connaît l'enjeu. "Si les travaux sont nécessaires, l'écosystème économique autour est souvent mis de côté", développe Sophie Guillet, directrice d'UCM Bruxelles.

Et il ne s'agit pas que de la durée des travaux : "Ces situations peuvent créer des conflits avec le personnel ou faire perdre des habitudes aux clients qui se retournent rapidement vers le e-commerce…"

En plus de l'aide régionale, Sophie Guillet nous présente "les pansements sur une jambe de bois" qui peuvent permettre de limiter la casse : "Pour les indépendants, il est possible d'adapter les cotisations sociales par trimestre. Il est aussi possible de mettre en place un plan de paiement (jusqu'à 12 mois) pour les payer. En cas de difficultés économiques temporaires, des dispenses de cotisations peuvent aussi être accordées. En cas de cessation d'activité d'un indépendant, il a aussi accès au droit passerelle."

”Ces gens pensent qu’un loyer à Bruxelles c’est 200 euros ?” Des indemnités ridicules pour les commerces touchées par des travaux : “tout le monde sait que c'est trop peu ©DR

Et pour les employeurs qui souhaitent préserver leur trésorerie, il y a aussi des pistes comme l'adaptation des heures de travail du personnel (sans en changer le volume horaire), afin de mieux coller avec les contraintes du chantier. "Il est aussi possible de réduire le temps de travail, mais il faut alors licencier et réengager. Sous certaines conditions, on peut avoir recours au chômage temporaire pour raison économique ou pour force majeure."

Vincent Van Peteghem : "Concernant les aides aux entreprises, il faut un meilleur retour sur investissement en termes de croissance et d'emplois""Ce n'est pas une honte d'être endetté"

Côté fiscal, "des plans de paiement peuvent aussi être mis en place avec le SPF. Les délais de paiement des impôts peuvent aussi être rallongés et, si la dette est vraiment impayable, il peut même y avoir une surséance indéfinie de recouvrement (annulation totale ou partielle de la dette fiscale, NdlR). Avec le SPF toujours, les intérêts de retard peuvent aussi parfois être supprimés."

Enfin, dans les derniers recours, il reste la procédure de redressement judiciaire qui permet de prendre un peu de recul avec les créanciers et, dans les pires cas, la vente en liquidation du commerce. "Il ne s'agit clairement pas de la majorité des cas dans les dossiers liés à des nuisances de chantiers, cela concerne surtout des entreprises qui étaient déjà en difficulté, note la directrice. Dans tous les cas, ce n'est pas une honte d'être endetté. Mais il ne faut surtout pas laisser la situation s'installer. Des leviers sont activables."

Le chantier du Palais du Midi a déjà sacrifié plus de soixante commerces locaux : "Cela fait sept ans qu'on souffre""Le régime d'indemnisation fait partie des dispositifs qui peuvent être réévalués"

De son côté, la Région ne ferme pas la porte à une adaptation du mécanisme des indemnités. "C'est précisément le type de question que nous voulons pouvoir réexaminer dans le cadre du plan Oxygen (soutien aux PME, NdlR), assure le cabinet du ministre de l'Économie, Laurent Hublet (LE). Ce plan est actuellement discuté avec les interlocuteurs sociaux, nos administrations et les partenaires de la majorité. Il prévoit notamment de revoir certains mécanismes de soutien aux entreprises pour vérifier qu'ils restent adaptés aux réalités économiques rencontrées sur le terrain. Le régime d'indemnisation lié aux chantiers fait partie des dispositifs qui peuvent être réévalués.

Brussels region Minister Laurent Hublet pictured during a press conference following a Cabinet meeting, in Brussels, on Thursday 16 July 2026. This is the last Cabinet meeting before the recess. BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK ©Belgaimage

Toutefois, le nerf de la guerre n'est jamais loin : "Avant toute adaptation, nous devons mesurer les effets du système existant, les situations qu'il couvre ou laisse de côté et les conséquences budgétaires d'une évolution."

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