Réduire et réemployer les déchets, mais aussi produire autrement, transformer les ressources et créer de nouvelles activités : c’est l’ambition portée par l’économie circulaire. Une matinée de conférences organisée par l’association EKOYANA, ce vendredi 25 septembre à Rémire-Montjoly, a permis de réfléchir à la manière dont ce modèle peut s’adapter aux réalités du territoire guyanais.
Dès l’entrée de la Maison des Cultures et des Mémoires de Guyane, une fresque réalisée à partir de déchets recyclés donne le ton. Au centre de l’œuvre, une phrase : « En Guyane, rien ne se jette, tout se transforme. »
L’image résume l’esprit des échanges organisés pendant cette matinée. Car derrière le terme « économie circulaire » se cache une réflexion qui va bien au-delà du tri ou du recyclage.
Ne plus voir le déchet comme une fin
L’économie circulaire consiste notamment à repenser la manière dont nous produisons et consommons. Réutiliser, réparer, transformer ou valoriser une matière permet de limiter les déchets, mais aussi de lui donner une nouvelle utilité.
En Guyane, cette logique peut prendre une dimension économique. L’un des débats de la matinée était ainsi consacré à la question : « Économie circulaire : un nouveau modèle de développement pour la Guyane ? »
L’objectif : considérer l’économie circulaire non seulement comme une réponse aux enjeux environnementaux, mais aussi comme un levier de développement économique et territorial.
Pour Stéphanie Aurélien, présidente et fondatrice d’EKOYANA, ces échanges doivent justement permettre de rendre le sujet concret :
« Ce sont des dialogues ouverts pour populariser les propos et les rendre concrets. Des dialogues dans lesquels on retrouve institutionnels, professionnels, acteurs économiques, acteurs associatifs et beaucoup de retours d’expérience et d’échanges dans les idées et dans les suggestions. »
Transformer une contrainte en opportunité
Cette approche se retrouve dans plusieurs initiatives présentées lors de la matinée.
Des protections menstruelles réutilisables permettent de réduire les déchets sanitaires. Une recyclerie travaille sur le réemploi et la seconde main. D’autres initiatives donnent une seconde vie à des matériaux locaux en les transformant notamment en mobilier.
Dans le secteur industriel, des acteurs travaillent également sur la valorisation de matériaux. Eiffage Guyane développe par exemple des filières autour du verre et du réemploi de matériaux issus des travaux routiers. La Société Guyanaise de Recyclage traite, elle, les déchets métalliques et les véhicules hors d’usage.
L’idée est donc de faire évoluer le regard porté sur ce qui est aujourd’hui considéré comme un déchet ou une matière inutilisée.
Le quatrième Eko-débat de la matinée posait précisément la question : « De la ressource à la valeur : les opportunités de l’économie circulaire ». Avec, en toile de fond, la possibilité de créer de l’activité et des emplois locaux.
Des habitudes à changer
Pour que ce modèle fonctionne, les entreprises et les institutions ne peuvent toutefois pas agir seules. Les consommateurs ont également un rôle à jouer.
La matinée proposait par exemple aux participants de venir avec leur propre gobelet réutilisable. Un geste simple qui permet d’éviter l’utilisation d’un contenant jetable et qui illustre concrètement le principe de réemploi.
Cette question de la responsabilité était également au centre d’un autre débat : « De la responsabilité du producteur aux obligations du consommateur ». Il s’agissait de réfléchir au rôle de chacun, du fabricant au consommateur, en passant par les acteurs de la collecte et de la valorisation.
Pour EKOYANA, le défi est justement de faire évoluer les comportements au-delà du cercle des personnes déjà convaincues.
« Le plus grand challenge est de faire venir la population et de toucher les non-initiés, non-engagés ou les non-convaincus. C’est pour cela que l’événement se veut populaire, pour rendre les propos populaires donc accessibles et compréhensibles »
Stéphanie Aurélien, présidente et fondatrice d’EKOYANA
Les jeunes, futurs acteurs de cette transformation
Plusieurs établissements scolaires ont participé à la matinée, notamment l’Université de Guyane, l’école de commerce et une classe du lycée Félix-Éboué.
Pour EKOYANA, cette présence permet de sensibiliser de futurs professionnels et chefs d’entreprise aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux liés à la transition.
« La majorité des bénévoles de l’association sont des jeunes et c’est une volonté que des jeunes parlent à d’autres jeunes »
Stéphanie Aurélien, présidente et fondatrice d’EKOYANA
Le dossier de présentation de l’événement présente également les étudiants comme de futurs professionnels, entrepreneurs, décideurs et acteurs économiques du territoire.
Une réflexion qui doit rester locale
L’enjeu est donc de réfléchir à un modèle qui corresponde aux réalités de la Guyane. L’économie circulaire peut concerner la gestion des déchets, mais aussi les modes de production, la consommation, le réemploi, la transformation des ressources et la création de nouvelles activités économiques.
Après un premier Forum du développement durable organisé l’année dernière à l’Université de Guyane, EKOYANA poursuit cette réflexion avec le Vilaj’ EKOYANA.
La matinée de conférences constitue le premier temps fort de l’événement. Ce samedi 26 septembre, la réflexion se poursuit de manière plus pratique, avec le Vilaj’ installé sur la place publique « Cœur de ville » à Rémire-Montjoly. Au programme : réemploi, compostage, upcycling, démonstrations artistiques et activités participatives.
Une manière de passer du débat à l’expérimentation et de montrer que l’économie circulaire peut commencer par un geste simple, mais aussi déboucher sur de nouvelles façons de produire et de créer de l’activité en Guyane.
Par Laurie-Anne Saint-Louis , Jennifer Baratiny , Mathieu Fontes
Le dernier journal Émission du mardi 29 septembre 2026 Sur le même sujetDirect
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