En glissant un AirTag dans une vieille paire de baskets données à la Croix-Rouge en Bavière, l’influenceur Moe Ha pensait suivre un simple geste solidaire. Le voyage inattendu de ses chaussures, à travers l’Europe, va bousculer bien des certitudes sur le destin de nos dons.
Glisser un sac de vêtements dans un conteneur de la Croix-Rouge, refermer la trappe et passer à autre chose : le geste paraît évident. En Bavière, l’influenceur allemand Moe Ha, alias Moe.Haa, a décidé de tester ce réflexe en glissant un AirTag Apple dans une paire de baskets avant de les déposer dans un conteneur de la Croix-Rouge allemande à Starnberg. Effectivement, sur son iPhone, l’application Localiser commence à raconter une autre histoire que celle d’un don local. Les baskets quittent la région de Munich, traversent plusieurs frontières et terminent leur course dans un marché de seconde main en Bosnie-Herzégovine, où Moe finit par les retrouver… en vente. De quoi interroger, bien au‑delà du buzz, le vrai parcours de nos dons de vêtements.
Baskets, Croix-Rouge et AirTag : une expérience qui dérailleEn Allemagne, la Croix-Rouge gère environ 25.000 conteneurs de collecte de vêtements, sur près de 120.000 conteneurs répartis dans le pays selon l’encyclopédie en ligne Wikipedia. C’est dans l’un d’eux, à Starnberg près de Munich, que Moe dépose ses baskets piégées, avec une question simple en tête : ces chaussures chausseront‑elles vraiment une personne en difficulté près de chez lui ?
Le site d’actualités insolites Le Tribunal du Net raconte comment l’influenceur a transformé ce test en vidéo virale sur TikTok. L’AirTag, petit disque qui se connecte en Bluetooth aux appareils Apple alentour pour transmettre sa position via le réseau Localiser, permet de suivre l’itinéraire presque en temps réel. La vidéo cumule plusieurs millions de vues, au point de forcer l’organisation humanitaire à s’expliquer.
Des conteneurs allemands à un marché bosnien : le long voyage des basketsJour après jour, la carte affiche un improbable road trip : Starnberg, Munich, puis l’Autriche, la Slovénie, la Croatie et enfin la Bosnie-Herzégovine. D’après le magazine Marie France, la paire a parcouru près de 800 km en quelques jours, loin de l’image d’un don redistribué à quelques rues de là. Certains titres ont évoqué 1250 km, une version plus romanesque que les distances réellement constatées, comme l'indique le Journal des Femmes.
Au bout du trajet, l’AirTag pointe non pas un centre de distribution, mais un marché ou magasin de vêtements d’occasion bosnien. Moe prend l’avion, suit le signal et tombe sur ses propres baskets affichées à environ 10€. La vendeuse explique vendre des lots de vêtements venus d’Allemagne. Il rachète la paire, bouclant une boucle où le don gratuit est devenu marchandise.
Ce que révèle l’affaire des baskets Croix-Rouge AirTag sur nos dons de vêtementsSur une page de transparence du Deutsches Rotes Kreuz, l’organisation détaille son modèle : une partie des vêtements est bien donnée directement à des personnes précaires, le reste est vendu en bloc à des sociétés spécialisées dans le tri, la revente ou le recyclage textile. Les revenus servent à financer des programmes sociaux, pratique que le site santé grand public Family Santé décrit comme légale mais mal comprise par beaucoup de donateurs.
Le site officiel de la Croix-Rouge française précise qu’en France aussi les sacs déposés dans certains conteneurs partent chez des collecteurs trieurs agréés par Refashion pour être revendus ou recyclés. Ceux qui veulent que leurs vêtements arrivent "en direct" peuvent se tourner vers des vestiaires solidaires, des associations de quartier ou des maraudes. Reste une constante, soulignée par plusieurs médias : lire les mentions sur le conteneur et les rapports d’activité des associations permet de savoir si l’on finance une action via la revente, ou si l’on habille directement quelqu’un avec son ancien jean ou ses baskets.
À propos de l’auteur
Ses derniers articles