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Entre 2010 et 2025, le nombre d’acquisitions d’entreprises financées par les fonds de capital-risque en Europe a été multiplié par 18, passant de 62 à 1 090 transactions en 15 ans, selon les données compilées par Dealroom. L’accélération s’est poursuivie depuis 2020, année de la pandémie de Covid-19, avec des rachats effectués par des startups européennes qui ont bondi de 250 % sur les six dernières années.
Mais fait encore plus intéressant, la valeur moyenne des deals a baissé au fil du temps, passant de 66 millions d’euros en 2010 à environ 18 millions d’euros en 2025, ce qui illustre la démocratisation des petites opérations inférieures à 10 millions d’euros. Avec un écosystème des startups qui est devenu beaucoup plus mature sur le Vieux Continent lors de la décennie écoulée, les jeunes pousses technologiques se sont davantage retrouvées en position de se muer en acquéreurs pour consolider leurs secteurs respectifs.
Un playbook pour aiguiller les fondateurs européens dans le M&AIl faut dire qu’elles se sont considérablement multipliées : il y a désormais 40 000 entreprises financières par les fonds de capital-risque en Europe, contre 13 000 il y a dix ans. Et pour se développer, elles sont de plus en plus nombreuses à se tourner vers la croissance externe pour se renforcer, en mettant la main sur des entreprises complémentaires. Un phénomène qui a poussé le fonds XAnge à réaliser un travail de fond pour décrypter cette tendance. «Chez XAnge, nous avons eu 40 transactions en buy-side en cinq ans, c’est beaucoup», souligne Nicolas Rose, Managing Partner du fonds paneuropéen qui est implanté à Paris, Berlin et Bruxelles.
De cette réflexion, c’est un playbook européen sur le M&A qui en est ressorti. Baptisé «Buy to Grow : The M&A Playbook for European Founders», il prend la forme d’un guide opérationnel de 100 pages destiné aux fondateurs de scale-ups tech européennes qui veulent croître par acquisition. Ce playbook couvre l'ensemble du cycle d'acquisition : stratégie M&A, identification des cibles, financement, négociation, intégration et création de valeur. Et ce de manière à permettre aux acquéreurs de bien choisir leur cible et de réussir leur intégration. Ce dernier point constitue un défi majeur, puisque XAnge relève que près de 70 % des acquisitions n'atteignent pas à générer la valeur escomptée.
«C’est une levée de fonds plus sophistiquée»Aux yeux de Nicolas Rose, le processus d’acquisition n’est pas si éloigné de celui d’une levée de fonds classique, levier d’accélération de prédilection des startups au cours de la décennie écoulée. «C’est une levée de fonds plus sophistiquée, car il y a plus de parties prenantes dans l’opération, comme les banquiers, les équipes M&A et j’en passe. Mais c’est un projet de croissance qui doit d’abord débuter avec un alignement du board. Et faire appel à une ressource extérieure pour faire du M&A est un facteur clé de succès. Cela peut être déterminant pour organiser le financement et le closing de l’opération», explique le Managing Partner de XAnge, fonds qui a lancé un nouveau véhicule d'investissement en novembre 2025 avec un premier closing à 200 millions d’euros.
Sans surprise, ce sont les startups les mieux financées qui ont les coudées les plus franches pour avoir recours à la croissance externe. «Le M&A est corrélé à l’état de financement de la startup. Plus vous êtes en croissance, plus vous avez accès à du financement rapidement, et donc plus le dirigeant sera poussé à faire du M&A», confirme Nicolas Rose. «Ce n’est pas l’âge de l’entreprise le facteur le plus important, c’est la vitesse. Regardez Mistral : la société a vu le jour en 2023 et elle a déclenché l’arme du M&A depuis un an», ajoute-t-il.
En effet, l’entreprise d’Arthur Mensch a levé 1,7 milliard d’euros en septembre 2025, ce qui lui a donné les moyens de réaliser ses premières acquisitions, avec Koyeb en début d’année et Emmi AI en mai. Depuis, Mistral a bouclé un nouveau tour de table de 3 milliards d’euros il y a quelques semaines et finalisé un nouveau rachat avec Pimento. Et il est fort probable que cette fièvre acheteuse n’en soit qu’à ses débuts.
«Le SaaS c’était avant, l’IA c’est ce qui se passe maintenant»A l’image de Mistral, le secteur de l’IA connaît un boom des acquisitions. Les transactions dans ce dernier représentaient près de 14 % de toutes les acquisitions en Europe en 2025, en progression de 50 % sur deux ans. «C’est le troisième secteur qui concentre le plus d’acquisitions, mais il est en pleine accélération», confirme Nicolas Rose.
Depuis 2010, ce sont les secteurs du SaaS (2 022 acquisitions) et de la fintech (1 416 acquisitions) qui enregistrent le plus d’opérations. De son côté, l’IA a vu défiler 1 042 acquisitions en 15 ans. «Le SaaS c’était avant, l’IA c’est ce qui se passe maintenant», résume avec le sourire Nicolas Rose. C’est dans ce contexte que XAnge espère offrir une boussole du M&A aux entrepreneurs du Vieux Continent avec son playbook fraîchement dévoilé.