"La face cachée du yoga", un livre consacré aux dérives de la pratique, paraît ce jeudi 24 septembre. Parmi les témoignages d’élèves victimes d’abus, plusieurs plaintes, dont une pour viol, visent Sébastien...
"La face cachée du yoga", un livre consacré aux dérives de la pratique, paraît ce jeudi 24 septembre. Parmi les témoignages d’élèves victimes d’abus, plusieurs plaintes, dont une pour viol, visent Sébastien Boutillier, un enseignant installé depuis 2026 dans l’Aude. L’homme nie en bloc.
Des chants et lectures dédiés aux déesses Chandi et Durga à l’occasion de la fête hindoue de Navaratri, en ligne, "mais aussi à la maison le samedi et/ou le dimanche, à Quillan, pour participer aux célébrations", en mars 2026. Un rendez-vous "à la maison à Quillan, si ça vous dit", avec prières, offrandes et méditation pour célébrer Shiva, le 15 février 2026, et un jeûne "à partir du samedi au coucher du soleil jusqu’au lundi matin". La proposition, le 4 janvier 2026, d’un "week-end de yoga pour le 2e week-end de mars", "à Camurac", avec purifications, "pratique de hatha-yoga en douceur", "méditation et chant" pour réaliser, "en accord avec la saison, […] un nettoyage global". Mais aussi une dizaine de cours proposés en avril 2026, cette fois au River Aude Artists Lab, espace dédié aux résidences d’artistes, tout juste ouvert à Quillan.
Depuis son installation à Quillan, Sébastien Boutillier, "Nakul Nath Yoga" en ligne, affirme sa prolixité sur les réseaux sociaux. Le 9 septembre, il annonçait la reprise de ses "cours de yoga en ligne", en séance collective, individuelle, ou encore pour du "yoga thérapeutique". Installé dans l’Hérault, à Agde, où son autoentreprise est toujours immatriculée au registre national des entreprises, l’enseignant a rallié la Haute Vallée début 2026. Là où l’ont rattrapé une série de plaintes d’anciennes élèves. Déposées en avril 2026, auprès de la gendarmerie d’Albi, pour des messages malveillants, mais aussi et surtout pour harcèlement et viol ; en mai 2026, à Bargemon (Var), Rabastens (Tarn), et Marcillac (Aveyron), cette fois pour abus de confiance, en lien avec les conditions "extrêmes" d’un voyage organisé par ses soins en octobre 2024 en Inde.
Le yoga est présenté comme bienveillant par nature, mais il est d’une étanchéité totale à la critique
Un pays où le quadragénaire dit avoir passé "huit mois" durant son enfance, avant d’alterner, à 21 ans, cours à l’Institut national des langues et civilisations orientales, à Paris, pour y apprendre l’hindi, et séjours en Inde. Jusqu’à ce qu’il y rencontre son "maître", en 2009 : "Je jeûnais pendant deux mois et demi, je ne me lavais plus, je dormais 2 heures par nuit. Et je passais 18 heures par jour assis sur une pierre sous un arbre à pratiquer des mantras", racontait-il en mars 2026. Un profil et une expérience qui séduisent, et lui assurent une clientèle fournie. Mais avec une pratique qui semble très loin d’être au-dessus de tout soupçon. Le sujet occupe plusieurs pages dans "La face cachée du yoga", un livre publié ce jeudi 24 septembre par Elodie Emery.
En 2023, son documentaire "Bouddhisme, la loi du silence" avait attiré l’attention du jury du prix Albert-Londres, qui avait salué "une enquête courageusement conduite par ses auteurs en dépit des pressions". Pour "La face cachée du yoga", la journaliste a planché trois ans pour révéler des abus qui "passent inaperçus et sont présentés comme des étapes de la formation, où le consentement est gommé au profit de l’élévation spirituelle", précise sa maison d’édition. Un ouvrage dans laquelle l’autrice soulève un terrible paradoxe : "Le yoga est présenté comme bienveillant par nature, mais il est d’une étanchéité totale à la critique, mais aussi aux mouvements de société contre les violences sexuelles." En 2025, selon l’institut Kantar Media, la pratique du yoga aurait attiré 4,9 millions de pratiquants. Parmi les dizaines de témoignages collectés, les accusations qui visent Sébastien Boutillier.
Je réalise aujourd’hui que comme beaucoup, j’étais sous emprise et que j’avais peur
Et notamment celui d’une ancienne élève et compagne, avec le souvenir d’un voyage psychédélique sous mescaline achevé par une relation sexuelle non consentie, au cœur d’une relation marquée, décrit Elodie Emery, par des "menaces et pressions quotidiennes", qui "s’accompagnent de pratiques de yoga très intenses, faites de jeunes et de privations de sommeil, mais aussi de jeux sexuels décrits comme frénétiques". Ces accusations, Sébastien Boutillier, présumé innocent et rencontré lundi 21 septembre 2026 à Quillan, les balaye d’un revers de main. Comme il nie l’envoi de messages malveillants ou le harcèlement en ligne, pourtant documentés par les plaignantes, entre insultes et propos rabaissants cités par dizaines dans le livre.
L’enseignant, convaincu d’être l’objet d’une "fatwa", rejette aussi toute responsabilité de blessures causées par des postures poussées à l’extrême. Une des victimes rencontrées par Elodie Emery a suivi son enseignement pendant quatre ans. A la clé, une chondropathie avancée d’un genou et un dos bloqué. Et un terrible constat : "Je me suis fait croire que je restais pour l’enseignement. Je réalise aujourd’hui que comme beaucoup, j’étais sous emprise et que j’avais peur."
Reste aujourd’hui à suivre l’issue que connaîtront les plaintes en série. Du côté du Tarn, il faudra patienter. Sollicité par mail, le procureur de la République d’Albi François Fournié précisait le 18 septembre n’avoir "aucune procédure […] enregistrée" au nom de Sébastien Boutillier "pour mon parquet dans Cassiopée", le logiciel et fichier centralisé utilisé par les tribunaux judiciaires pour suivre les procédures pénales, de l’enregistrement des plaintes aux exécutions de peine : "Cela signifie que les plaintes, à supposer qu’elles existent bien, n’ont pas transité par mon parquet qui n’en a donc pas connaissance à cette heure." Auront-elles plus de succès avec le Parquet de Carcassonne ? Le 6 août 2026, dans un courrier adressé à la procureure de la République du chef-lieu audois, l’avocate albigeoise des plaignantes prend soin de l’informer des procédures en cours, pointant le cadre d’une "dérive sectaire", en évoquant la "dégradation psychologique, importante pour certaines" de ses clientes.
Au téléphone, le 15 septembre, Me Claire Gimenez rappelait l’ambition première du courrier : "Alerter sur le fait qu’il est toujours en activité." Et envisager, en "centralisant les affaires" dans le département de résidence de l’enseignant, "une vision globale" de la situation. Avec, prolonge l’avocate du cabinet Auracle, l’hypothèse d’une procédure qui, dans le cadre d’un contrôle judiciaire, pourrait permettre de prononcer une interdiction d’exercer. La perspective est encore lointaine, alors qu’une des anciennes élèves a également déposé un signalement auprès de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Le 21 août, Sébastien Boutillier était entendu par les gendarmes de Quillan, dans le cadre des plaintes pour abus de confiance.