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« La nouvelle donne internationale ne saurait être imputée aux seules puissances autoritaires »

Дата публикации: 22-09-2026 17:00:12

Pour le juriste Béligh Nabli, le tournant illibéral du monde n’est pas le fait unique de pays tels que la Russie ou la Chine. Les démocraties occidentales sont aussi responsables de cette dérive puisque « l’inconstance et le double standard caractérisent leurs discours et pratiques » en matière de droit international.

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A la fin de la guerre froide, le président américain George H. W. Bush annonçait devant le Congrès l’avènement d’un « nouvel ordre mondial » fondé sur la démocratie, l’Etat de droit et la coopération entre les nations, « une nouvelle ère, moins menacée par la terreur, plus forte dans la recherche de la justice et plus sûre dans la quête de la paix […] ; où la primauté du droit remplace la loi de la jungle. Un monde où les Etats reconnaissent la responsabilité commune de garantir la liberté et la justice. Un monde où les forts respectent les droits des plus faibles ».

Il dessinait alors l’horizon d’un monde délivré de la pure et stricte logique de la puissance. Cet horizon ne s’est pas réalisé, tant s’en faut. Non seulement la recomposition de l’ordre international s’effectue sous le signe du retour de la force brute et de la realpolitik, mais la fonction même du droit comme instrument de régulation des relations internationales se trouve contestée, voire neutralisée. Or, cette nouvelle donne ne saurait être imputée aux seules puissances autoritaires, au premier rang desquelles figure la Russie de Vladimir Poutine. Des Etats qui se réclament de la démocratie participent eux aussi, à des degrés divers, à cette dérive. La dérive illibérale des ordres démocratiques internes nourrit l’illibéralisme de l’ordre international.

Le modèle de la démocratie libérale traverse aujourd’hui une période de régression. Le mouvement d’expansion démocratique qui avait marqué les dernières décennies du XXe siècle s’est enrayé, voire inversé. Dans de nombreuses démocraties, un discours populiste aux accents illibéraux gagne du terrain. Il tend à réduire la légitimité démocratique au seul fait électoral et à opposer la volonté supposée du peuple aux institutions chargées précisément d’en garantir les droits. L’idée même de limitation du pouvoir (incarné par la majorité élue) est remise en cause.

Cette contestation de la limitation du pouvoir n’est pas confinée à l’espace national. Elle se prolonge et se projette dans l’ordre international, qu’elle contribue à fragiliser. Si les démocraties libérales ont largement participé à la construction d’un ordre international post-Seconde Guerre mondiale fondé sur des règles et des institutions destinées à contenir l’exercice de la puissance, la montée de l’illibéralisme s’accompagne aujourd’hui d’une tentation croissante de relativiser ces mêmes règles lorsqu’elles deviennent contraignantes pour les Etats qui ont pourtant contribué à les établir.

Les Etats-Unis, première puissance mondiale, première démocratie moderne et principaux instigateurs de l’ordre international post-Seconde Guerre mondiale symbolisent ce lien entre dérive illibérale de l’ordre politique interne et désordre international. Les interventions militaires contre le Venezuela et l’Iran illustrent ainsi la déclaration du président Trump : « Je n’ai pas besoin du droit international »… Que dire d’Israël, la « seule démocratie du Moyen-Orient »… ? L’Etat hébreu fait l’objet d’une accusation de génocide devant la Cour internationale de Justice (CIJ), tandis que son Premier ministre [Benyamin Netanyahou, NDLR] est poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Quant à ses alliés occidentaux qui se revendiquent également du label de « l’Etat de droit démocratique », l’inconstance et le double standard caractérisent leurs discours et pratiques en matière de respect du droit international.

L’indifférence israélienne et occidentale à l’égard des ordonnances et mesures conservatoires de la CIJ en vue de prévenir la commission du génocide à Gaza nourrit à la fois la crise existentielle de nos démocraties et du droit international. Ces procédures ne préjugent évidemment pas, à elles seules, de l’issue judiciaire des affaires concernées. Elles n’en soulèvent pas moins une question politique majeure : que reste-t-il de l’universalité du droit international lorsque des démocraties en assument la violation manifeste ?

Chronique de la bataille culturelle, c’est toutes les semaines, par Béligh Nabli, essayiste et professeur de droit public, et Saïd Benmouffok, professeur de philosophie, conseiller de la ville de Paris (ex-Place publique), pour revenir sur les idées qui font bouger la campagne présidentielle.

Cet article est une carte blanche, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

Par  Béligh Nabli

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Классификация: Политика. Схожих патентов: 0. Схожих новостей: 9. Тональность: 0. Информативность: 7.55. Источник: www.nouvelobs.com.