Les tourbières n’occupent que 3% des surfaces terrestres émergées. Et pourtant, elles accumulent, à elles seules, un tiers du carbone terrestre. Si on ne veut pas que celui-ci ne s’échappe dans l’atmosphère, il est donc primordial de les restaurer…
Une tourbière, c’est une zone humide dans laquelle il y a tellement d’eau que la matière organique ne se décompose pas, mais s’entasse au fur et à mesure des années. On estime qu’une tourbière accumule environ un millimètre de matière organique par an. Au bout d'un millénaire, on atteint donc un mètre de tourbe. C’est ce qu’on appelle un puits de carbone, c’est-à-dire un milieu naturel qui a un bilan carbone négatif. "Une tourbière va accumuler autour de 0,2 gigatonne (Gt) de carbone par an sur Terre. Par rapport aux quantités qui sont émises par l'Homme, ce n’est pas ça qui va nous sauver. Mais la question aujourd'hui n'est pas celle-là : c'est qu'une tourbière qu'on a drainée va émettre du carbone", explique Daniel Gilbert, professeur d'écologie spécialiste des tourbières.
En effet, une fois drainée, cultivée, abîmée, la tourbe se décompose… et relargue le carbone qu’elle a accumulé. Ces émissions représentent deux Gt de CO₂ par an. C’est plus que le trafic aérien mondial, émetteur de près d’une gigatonne de CO₂ en 2024.
Trois motivations : carbone, eau et biodiversitéEmpêcher ces émissions de carbone fait donc partie des trois motivations pour restaurer les tourbières. La deuxième, c’est la préservation de la biodiversité qui y évolue. Les tourbières accueillent un écosystème spécifique. On n’y trouve pas une grande variété d’espèces, mais les espèces qui y évoluent ne peuvent vivre que dans les tourbières. Enfin, la troisième motivation, c’est la gestion de l’eau. "Les tourbières françaises stockent deux milliards de mètres cubes d’eau environ. Ce sont des milieux qui sont capables d'absorber l'eau et d'en rendre une partie tout au long de l'année. C'est un stockage d'eau très propre et fraîche, à très faible coût", indique le spécialiste.
"La vulnérabilité de la France face à la sécheresse que nous vivons est due à la destruction méthodique de tout le système hydrique depuis un siècle, et essentiellement depuis les 50 dernières années." L’été 2026 est l’un des plus secs jamais observés en France. Les conséquences seront catastrophiques pour l’agriculture, la biodiversité ou encore l’eau potable. Dans le Jura ou le Pas-de-Calais, des chantiers de restauration sont entrepris pour réhabiliter ces tourbières. C’est un travail long, mais nécessaire.
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