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Après la censure, Emmanuel Macron a trouvé une autre façon de s’attaquer aux réseaux sociaux des ados

Дата публикации: 15-09-2026 09:00:00

Emmanuel Macron n’a pas renoncé à éloigner les moins de 15 ans des réseaux sociaux. Mais après avoir buté sur le Conseil constitutionnel, l’Élysée cherche désormais une autre porte d’entrée. Et elle pourrait profondément modifier la manière dont la France entend réguler TikTok, Instagram, Snapchat et les autres plateformes. Un mois après la censure du [...]

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Emmanuel Macron n’a pas renoncé à éloigner les moins de 15 ans des réseaux sociaux. Mais après avoir buté sur le Conseil constitutionnel, l’Élysée cherche désormais une autre porte d’entrée. Et elle pourrait profondément modifier la manière dont la France entend réguler TikTok, Instagram, Snapchat et les autres plateformes. Un mois après la censure du premier dispositif, le gouvernement a transmis ce lundi 14 septembre une nouvelle rédaction à la Commission européenne. Emmanuel Macron assure avoir trouvé une « voie de passage » permettant de remettre son projet sur les rails avant la fin de son mandat.  Les détails définitifs du nouveau texte ne sont pas encore publics. Mais une piste se dessine : au lieu de considérer tous les usages d’un réseau social de la même manière, la réglementation pourrait identifier certaines fonctionnalités particulièrement problématiques pour les mineurs et les restreindre spécifiquement.  Et c’est peut-être là que se trouve le véritable changement.

Le premier projet s’est heurté au Conseil constitutionnel.

Le projet initial était beaucoup plus facile à résumer : en dessous de 15 ans, pas de réseau social. Emmanuel Macron défend ce principe depuis plusieurs mois et avait encore annoncé en juin son ambition d’empêcher la création de nouveaux comptes par les moins de 15 ans, avant de fermer progressivement les comptes existants.  Mais le texte adopté par le Parlement a été censuré en août. Le Conseil constitutionnel a notamment considéré que le dispositif portait une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression et de communication.  L’Élysée avait immédiatement annoncé vouloir retravailler le dispositif en tenant compte à la fois des exigences constitutionnelles françaises et du cadre juridique européen. L’objectif politique, lui, n’avait pas changé : faire aboutir la réforme avant le printemps 2027.  Un mois plus tard, le gouvernement tente donc une nouvelle approche.

Le problème pourrait ne plus être seulement TikTok ou Instagram, mais leur fonctionnement.

C’est ici que le dossier devient particulièrement intéressant technologiquement. Selon les premières informations disponibles sur le texte remanié, le gouvernement réfléchit notamment à classifier certaines fonctionnalités considérées comme particulièrement dangereuses pour les jeunes utilisateurs.  Cela pourrait concerner, par exemple, les notifications nocturnes ou la lecture automatique des vidéos. Ce changement de perspective est considérable. Car un réseau social n’est pas seulement un catalogue de contenus. Son efficacité repose sur toute une architecture destinée à maintenir l’utilisateur dans l’application : une vidéo en entraîne automatiquement une autre, le fil ne possède pratiquement jamais de fin, les notifications ramènent régulièrement l’utilisateur dans l’application et les algorithmes apprennent progressivement ce qui retient son attention. Le problème devient alors différent. Faut-il protéger les adolescents de TikTok, ou protéger les adolescents de certaines mécaniques de TikTok ?

Bruxelles s’intéresse justement aux mêmes mécanismes.

Cette nouvelle stratégie française rejoint directement une bataille déjà engagée au niveau européen. En février 2026, la Commission européenne a estimé à titre préliminaire que la conception de TikTok pouvait contrevenir au Digital Services Act en raison de ses mécanismes susceptibles de favoriser des comportements compulsifs. Elle a notamment cité le défilement infini, la lecture automatique, les notifications push et les recommandations fortement personnalisées.  Quelques mois plus tard, en juillet, Instagram et Facebook ont été visés par une conclusion préliminaire comparable. Là encore, la Commission s’est intéressée à l’autoplay, au défilement infini, aux notifications et aux systèmes de recommandation.  Ce parallèle est essentiel. La France ne cherche donc plus nécessairement à inventer seule une réglementation entièrement nouvelle. Elle peut tenter d’inscrire sa politique de protection des mineurs dans une évolution européenne déjà engagée contre le design addictif des plateformes. Et juridiquement, la différence est considérable.

Le DSA en passe de devenir la véritable « voie de passage ».

Le problème des réseaux sociaux dépasse évidemment les frontières françaises. TikTok, Instagram ou Snapchat ne peuvent pas raisonnablement fonctionner avec une architecture technique complètement différente dans chacun des 27 États membres. Et le droit européen encadre déjà très fortement les obligations imposées aux grandes plateformes. C’est pourquoi Paris travaille depuis plusieurs mois avec Bruxelles sur le sujet, notamment sur la vérification de l’âge. Emmanuel Macron avait déjà demandé à la Commission européenne d’avancer sur des solutions harmonisées permettant d’établir l’âge des utilisateurs.  La Commission a, de son côté, publié des recommandations particulièrement révélatrices. Pour les mineurs, elle préconise notamment de désactiver par défaut certaines fonctions favorisant l’utilisation excessive : autoplay, notifications push, accusés de lecture ou certaines mécaniques d’engagement. Elle recommande également d’adapter les systèmes de recommandation afin d’éviter d’enfermer les jeunes dans des boucles de contenus.  Autrement dit, la réglementation européenne commence déjà à entrer dans le moteur des réseaux sociaux.

Une version spéciale de TikTok ou Instagram pour les adolescents ?

C’est l’une des conséquences possibles les plus intéressantes. Si cette logique aboutit, l’expérience d’un adolescent pourrait progressivement devenir différente de celle d’un adulte. Un compte identifié comme appartenant à un mineur pourrait avoir moins de notifications, aucune sollicitation pendant certaines plages horaires, un autoplay désactivé, des recommandations moins agressives et davantage de contrôle sur le fil proposé. Certaines protections existent déjà sous différentes formes sur plusieurs plateformes. Mais leur généralisation par la réglementation changerait leur nature : elles ne dépendraient plus uniquement de la bonne volonté des entreprises. La Commission recommande déjà que les comptes des mineurs soient privés par défaut et que les plateformes réduisent certains mécanismes susceptibles de conduire les jeunes vers des contenus problématiques.  La majorité numérique devrait donc finir par produire quelque chose de plus complexe qu’une simple barrière indiquant « interdit aux moins de 15 ans » et créer un véritable mode mineur des réseaux sociaux.

Toute cette architecture possède cependant un énorme point faible. Pour appliquer des règles différentes à 13, 15 ou 18 ans, encore faut-il être capable de déterminer l’âge de l’utilisateur. Demander simplement une date de naissance ne suffit évidemment pas. N’importe quel adolescent peut se vieillir de quelques années en quelques secondes. À l’inverse, demander systématiquement une pièce d’identité créerait un autre problème : celui de transmettre des informations personnelles extrêmement sensibles à des plateformes utilisées quotidiennement par des milliards de personnes. C’est pourquoi l’Europe travaille sur des solutions de vérification ou d’estimation de l’âge capables de confirmer qu’un utilisateur appartient à une tranche d’âge sans nécessairement transmettre toute son identité au réseau social. La France pousse depuis plusieurs mois pour une solution harmonisée au niveau européen.  La bataille juridique masque donc un problème profondément technique : prouver que quelqu’un a 15 ans sans transformer TikTok en guichet d’identité numérique.

Les parents auraient également une place dans le dispositif.

La nouvelle rédaction envisagerait également une possibilité de dérogation pour certains adolescents de 13 à 15 ans avec l’accord de leurs parents.  Si cette piste était retenue dans le texte définitif, elle modifierait sensiblement la philosophie de la réforme. On passerai alors d’une interdiction absolue décidée par l’État à une forme de majorité numérique progressive : protection renforcée avant un certain âge, possibilité d’autorisation parentale dans une période intermédiaire, puis autonomie numérique croissante. Ce modèle répondrait dans le même temps à une partie des critiques formulées contre une interdiction uniforme. Car tous les réseaux sociaux ne présentent pas les mêmes risques, tous les adolescents n’en ont pas le même usage et toutes les fonctionnalités ne possèdent pas le même potentiel de captation.

Une interdiction qui divise jusque chez les défenseurs des enfants

L’objectif de protection bénéficie d’un soutien politique croissant en Europe, mais la méthode reste très contestée. Certaines associations et organisations de défense des droits numériques redoutent qu’une interdiction générale conduise à une vérification d’âge généralisée, exclue certains adolescents d’espaces utiles ou pousse simplement les plus jeunes vers des plateformes moins visibles et moins régulées. La difficulté n’est donc plus seulement de savoir s’il faut protéger les enfants des réseaux sociaux. Sur ce point, le consensus devient relativement large. Le débat porte désormais sur la manière de le faire sans créer d’autres risques. Une interdiction facile à contourner serait largement symbolique. Une vérification trop intrusive pourrait menacer la vie privée. Une réglementation trop stricte pourrait déplacer les adolescents vers des services moins contrôlés. Et une réglementation trop faible ne changerait presque rien.

Macron cherche aussi à transformer une initiative française en règle européenne.

La dernière dimension du dossier est politique. Emmanuel Macron ne cache plus son ambition de voir la majorité numérique française devenir une référence européenne. Plusieurs États membres travaillent déjà sur des restrictions similaires et l’Élysée organise depuis le printemps une coordination avec d’autres gouvernements européens.  Ursula von der Leyen a elle-même placé la protection des mineurs parmi les priorités numériques européennes. Un Eurobaromètre publié en juin indiquait que les jeunes Européens passent en moyenne 4,5 heures en ligne un jour d’école et 6,1 heures pendant le week-end ; 14 % des adolescents interrogés dépassaient dix heures quotidiennes d’écran.  Le sujet dépasse donc désormais très largement la France. Et c’est probablement là que se situe la véritable « voie de passage » recherchée par Emmanuel Macron : ne plus seulement essayer d’interdire nationalement l’accès à quelques applications mondiales, mais pousser l’Europe à définir ce qu’un réseau social a le droit de faire lorsqu’il sait qu’un enfant se trouve derrière l’écran. Cette différence paraît technique, mais elle pourrait finalement être beaucoup plus importante qu’une simple limite d’âge.

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