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Qui détruit la nature s’en prend à ses défenseurs

Дата публикации: 22-05-2026 04:00:00

Emergildo Criollo est né sur les rives du fleuve Aguarico, dans une Amazonie pleine de vie où il a appris à chasser, à pêcher et à boire l’eau pure des ruisseaux. Il a grandi en écoutant les anciens enseigner la médecine traditionnelle et l’importance d’honorer les ancêtres du peuple A’i Cofán. Son enfance s’est déroulée…
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RS892 solidarity 49198768923 o lpr Action des peuples indigènes en hommage aux femmes assassinées et disparues – ©Babawale Obayanju / Amis de la Terre Nigeria

Emergildo Criollo est né sur les rives du fleuve Aguarico, dans une Amazonie pleine de vie où il a appris à chasser, à pêcher et à boire l’eau pure des ruisseaux. Il a grandi en écoutant les anciens enseigner la médecine traditionnelle et l’importance d’honorer les ancêtres du peuple A’i Cofán. Son enfance s’est déroulée en harmonie avec la forêt, et il imaginait que sa vie resterait ainsi pour toujours.

Tout a basculé brusquement alors qu’il n’avait que cinq ans, avec l’arrivée de Texaco — qui fait désormais partie de Chevron — en 1964. Les hélicoptères, les explosions et les engins de chantier creusant des routes à travers la forêt ont tout ravagé. Les rivières ont été contaminées, et il n’était plus possible de boire leur eau en toute sécurité. Les animaux ont disparu. Les familles – y compris celle d’Emergildo – ont été contraintes de se tourner vers des aliments venus de l’extérieur, étrangers à leur culture. La pollution a entraîné de graves maladies, qui ont causé la mort de plusieurs membres de sa famille. Tout cela s’est produit sans consultation préalable de la communauté, tandis que leurs droits à l’eau, à la santé, au territoire et à la culture étaient bafoués.

L’État équatorien a protégé la compagnie pétrolière en déployant l’armée, tandis que la vie sociale et spirituelle de son peuple s’effondrait. Au fil du temps, le peuple Cofán a commencé à s’organiser et à résister. Emergildo a grandi au cœur de cette lutte et s’y est activement engagé. Au fil des ans, il a été témoin de détentions arbitraires, de violences d’État, d’intimidations et de restrictions des droits de ceux qui défendaient la forêt. Il poursuit aujourd’hui encore cette quête de justice qui a façonné toute sa vie.

Ce que montre cette affaire, c’est que la destruction de la biodiversité et les violations des droits humains ne sont pas des crises distinctes qui se déroulent parallèlement. Elles font partie du même mécanisme. Les entreprises pétrolières comme Chevron et TotalEnergies, minières comme Vale et BHP Biliton, et agroalimentaires comme Unilever ont besoin d’accéder à la terre, à l’eau, aux forêts et aux richesses du sous-sol. Les peuples autochtones et les communautés locales vivent sur ces territoires. Ils entretiennent des relations de longue date avec les écosystèmes qui assurent leur subsistance et préservent leurs cultures.

Le recours incessant à la violence pour exploiter de nouveaux territoires

Ce que les entreprises appellent « développement » commence souvent par la rupture de cette relation et rarement après avoir obtenu un réel consentement. À maintes reprises, les entreprises passent outre la volonté des communautés, manipulent les processus de consultation, font pression sur les gouvernements ou vont tout simplement de l’avant sans accord en bonne et due forme. Elles arrivent avec des promesses : emplois, progrès, compensation, durabilité. Mais lorsque les communautés résistent à la destruction de leurs forêts, de leurs rivières, de leurs côtes ou de leurs terres agricoles, le discours des entreprises autour d’un partenariat s’estompe et l’intimidation commence. Les dirigeant·e·s communautaires sont menacé·e·s, criminalisé·e·s, emprisonné·e·s, harcelé·e·s en justice, agressé·e·s et, trop souvent, tué·e·s. L’attaque contre l’un·e· d’entre elles et eux est une attaque contre l’ensemble de la communauté et son droit de défendre son territoire.

Les défenseur·euse·s de l’environnement sont tués à un rythme alarmant : en 2023, un·e·d’entre eux a été tué tous les deux jours. Mais ils ne sont jamais seulement des individus. Lorsqu’un·e dirigeant·e communautaire est assassiné·e, lorsque des défenseur·euse·s de la terre sont emprisonné·e·s, lorsque des femmes protégeant l’eau sont menacées, l’attaque vise en réalité le droit collectif d’un peuple à défendre son territoire, les écosystèmes dont dépend sa vie. Les entreprises sapent la capacité de résistance de la communauté, fracturant la défense collective et permettant à l’extraction de se poursuivre.

C’est pourquoi tant de discours officiels sur la biodiversité sonnent creux. Il n’y a pas d’engagement sérieux en faveur de la protection de la nature si ceux qui la défendent sont laissés sans protection. Et il ne sert à rien de répéter que les droits humains sont essentiels pour la biodiversité, comme le font souvent les institutions internationales, tout en refusant de nommer les forces politiques et les entreprises qui sont à l’origine tant de la destruction écologique que de la répression des peuples.

Il ne peut y avoir de protection de la biodiversité sans règles contraignantes pour les entreprises

Les entreprises sont devenues très habiles à parler le langage de la protection de l’environnement et des droits humains tout en poursuivant des modèles économiques qui reposent sur la dépossession et la destruction. Elles publient des rapports de développement durable, adoptent des engagements « zéro déforestation », rejoignent des initiatives volontaires et se présentent comme des partenaires responsables dans la transition vers un avenir plus vert. Elles parlent de diligence raisonnable, de responsabilité sociale des entreprises, d’engagements en matière de gouvernance environnementale et sociale, et de respect des communautés. Bien loin des transformations promises, ces outils ne font que permettre le report, la diversion et l’impunité.

Les promesses volontaires des entreprises ne modifient pas les structures de pouvoir qui sont à l’origine de la perte de biodiversité. Une société minière peut vanter ses efforts de reboisement tout en contaminant les rivières. Une compagnie pétrolière peut publier une politique en matière de droits humains alors que les personnes touchées par ses projets sont victimes d’intimidation, de perte de terres et de criminalisation. Cette contradiction n’est pas fortuite : ces engagements visent à renforcer la légitimité sans changer le modèle sous-jacent.C’est pourquoi les engagements en papier glacé et les cadres techniques ne suffisent pas. Sans règles contraignantes, sans responsabilité et sans protection des droits collectifs, les promesses des entreprises restent des paroles en l’air. Des règles mondiales doivent être établies : après plus d’une décennie de retard, l’instrument international juridiquement contraignant visant à réglementer les sociétés transnationales et autres entreprises en matière de droits humains devrait être finalisé, approuvé et mis en œuvre. Et la convention sur la biodiversité ne peut prétendre se soucier du lien entre la perte de biodiversité et les droits humains sans prêter attention à ce qui les anime toutes deux : la cupidité des entreprises des industries extractives.

L’histoire d’Emergildo Criollo n’est malheureusement pas unique. C’est l’histoire d’innombrables communautés dont la vie a été bouleversée par la cupidité effrénée d’entreprises qui font passer le profit avant les personnes et la planète. La destruction de la nature et les attaques contre ses défenseurs sont les deux faces d’une même médaille. Pour briser ce cercle vicieux, nous avons besoin de règles contraignantes qui obligent les entreprises à rendre des comptes et protègent ceux qui se battent en première ligne. Le temps des promesses vides est révolu ; l’heure de la justice a sonné.

Pour en savoir plus, consultez notre nouveau rapport « Biodiversité et droits humains ».

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