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Frappes “bon marché”, mais efficaces: comment la Russie adapte sa tactique en Ukraine

Дата публикации: 19-08-2026 04:45:35

Après un hiver marqué par de longues coupures d’électricité, de chauffage et d’eau, Kiev accélère les travaux de protection et de décentralisation de son réseau. La Russie, de son côté, adapte ses tactiques. ...

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À l'approche de l'automne, les infrastructures énergétiques ukrainiennes sont déjà mises sous pression : en une semaine, le groupe public Naftogaz a recensé treize attaques russes contre ses installations, dans plusieurs régions du pays. Des sites de production de gaz et de pétrole ont été endommagés, et certains contraints d'interrompre temporairement leur activité. Depuis janvier, le groupe affirme avoir été visé près de 300 fois.

De récentes frappes ont également provoqué des coupures d'électricité et d'eau à Kherson, dans le sud du pays. À Izmaïl, dans la région d'Odessa, une attaque contre les infrastructures portuaires a privé une partie de la ville de courant. Début août, Odessa avait déjà connu d'importantes perturbations après des frappes contre son réseau énergétique. La campagne hivernale russe n'a donc pas encore véritablement commencé que les réparations et les préparatifs ukrainiens se déroulent déjà sous le feu.

Drones, boucliers, bunkers souterrains… "Protéger tout le réseau énergétique ukrainien est impossible"Conséquences en cascade

"Cette année, les préparatifs ont commencé très tôt, dès février et mars", explique à La Libre Oleksandr Kharchenko, directeur de l'Energy Industry Research Center, à Kiev. Selon lui, c'est la première fois depuis le début de l'invasion russe que ce travail est engagé suffisamment tôt, alors que l'hiver dernier a mis en évidence les conséquences en cascade des attaques contre le réseau électrique : lorsque l'alimentation est interrompue, ce sont aussi les pompes à eau, les chaufferies ou les installations d'assainissement qui peuvent s'arrêter. "Les infrastructures critiques des grandes villes sont aujourd'hui le principal point de vulnérabilité, en particulier le chauffage, mais aussi l'approvisionnement en eau et l'assainissement pendant les périodes de grand froid", estime Oleksandr Kharchenko. Une inquiétude partagée au sommet de l'État.

Début août, le ministre de l'Énergie Denys Chmyhal estimait ainsi que Moscou pourrait désormais chercher à frapper plus directement les réseaux d'eau et d'assainissement, après avoir concentré une large partie de ses campagnes précédentes sur l'électricité et le chauffage. "Sans eau ni assainissement, il est difficile de tenir plus de trois jours", avait-il averti. Une partie des préparatifs ukrainiens vise donc à mettre en place des solutions capables de prendre le relais lorsqu'une grande installation est frappée. Pour ce faire, les régions ont élaboré des plans de continuité pour les hôpitaux, chaufferies, stations de pompage et réseaux d'eau. Générateurs, petites unités de cogénération, turbines à gaz ou batteries doivent permettre de maintenir ces services en état de fonctionnement pendant les coupures.

La Russie se dote de missiles nord-coréens pour frapper plus durement encore les civils ukrainiensLes grandes centrales vulnérables

À la mi-août, environ 918 MW de capacités électriques de secours avaient été sécurisés pour les installations de chauffage et d'eau, sur les 1 215 MW jugés nécessaires par le gouvernement. Cette stratégie répond à la difficulté de protéger les grandes centrales de cogénération, essentielles au chauffage de plusieurs grandes villes. "Elles sont pratiquement impossibles à protéger contre des frappes de missiles, simplement parce qu'elles sont trop grandes", explique Oleksandr Kharchenko. L'objectif est donc moins de les rendre invulnérables que de limiter les conséquences de leur destruction.

Des protections en béton ont également été construites autour de certains transformateurs et équipements du réseau électrique. Selon M. Kharchenko, plusieurs de ces ouvrages ont déjà résisté à de nombreuses attaques. "Il est impossible de tout réaliser en une seule intersaison", souligne cependant l'expert, qui estime que deux à trois années seront nécessaires pour mener à bien les principaux programmes.

Dans le même temps, Moscou adapte sa tactique : selon une analyse du Centre for Information Resilience, 58 % des frappes documentées contre les infrastructures énergétiques entre octobre 2025 et avril dernier ont visé de petites sous-stations de distribution, contre 31 % lors de l'hiver précédent. Ces installations sont beaucoup plus nombreuses et donc plus difficiles à défendre : l'Ukraine compte ainsi un peu plus d'une centaine de grandes sous-stations à haute tension, mais plusieurs milliers de transformateurs et de nœuds de distribution locaux. Près du front, la Russie utilise par ailleurs des drones FPV guidés par fibre optique contre certaines sous-stations. Insensibles au brouillage électronique, ces appareils permettent de viser avec précision des transformateurs ou d'autres équipements coûteux avec des moyens relativement bon marché.

Les attaques récentes contre Naftogaz montrent aussi que la campagne russe ne se limite plus au réseau électrique : les frappes touchent désormais plus régulièrement la production de gaz, au moment où l'Ukraine cherche précisément à remplir ses réserves avant l'hiver. Kiev vise 14,6 milliards de mètres cubes stockés au début de la saison de chauffage et cherche encore plusieurs centaines de millions d'euros pour financer des importations supplémentaires.

La lutte sans fin des Ukrainiens pour sauver leur réseau énergétique pilonné par les RussesDes procédures trop lentes

Le secteur énergétique ukrainien reste également tributaire de transformateurs, pièces de rechange et d'équipements occidentaux. Plusieurs milliers de tonnes de matériel ont déjà été livrées cette année, notamment à partir d'anciennes centrales en Allemagne et en Lituanie. Pour les opérateurs, le principal problème reste toutefois la lenteur des procédures : "Entre le moment où notre infrastructure est frappée et celui où le financement est sécurisé puis le matériel acheté, il peut s'écouler six mois", déplore un porte-parole de DTEK, le premier groupe énergétique privé ukrainien. "Les choses vont plus vite qu'auparavant, mais six mois restent très longs pour des équipements aussi critiques."

Oleksandr Kharchenko fait le même constat concernant certains programmes européens : des financements accordés dès le printemps pour constituer des réserves de matériel n'avaient, dans certains cas, toujours pas débouché sur des contrats à la mi-août, affirme-t-il. "Nous reconstruisons aussi vite que possible et déployons davantage d'équipements décentralisés, plus difficiles à frapper", souligne le porte-parole de DTEK. "Mais sans défense aérienne efficace, tout ce travail peut être détruit en quelques secondes lors de la prochaine attaque massive."

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