Un édito d'Olivier le Bussy ...
De responsables politiques, on espérerait qu'ils opèrent avec calme et méthode en cas d'événements imprévus, d'incidents ou de crise. Quand il s'agit de la migration, force est de constater que, dans un premier temps, les réactions des dirigeants européens sont le plus souvent épidermiques, guidées davantage par de basses considérations politiques que par une analyse rigoureuse de la situation.
On en a encore une pathétique illustration après que plus de 70 000 personnes ont tenté de traverser illégalement la frontière qui sépare le Maroc de l'enclave espagnole de Ceuta. Plutôt que de témoigner leur solidarité avec Madrid, les uns, dont les cheffes des gouvernements italien et danois, Giorgia Meloni et Mette Frederiksen, ont émis la suggestion, saugrenue sur le plan juridique, déplorable du point de vue politique, de suspendre l'Espagne de l'espace européen de libre circulation Schengen – appel relayé en Belgique, par le président du MR, Georges-Louis Bouchez. Les mêmes États membres et d'autres, dont la Belgique, ont saisi l'occasion pour fustiger la politique espagnole de régularisation de personnes en situation irrégulière, sans que ne puisse être établi le moindre lien concret avec l'épisode de Ceuta.
La solidarité européenne ? Portée disparue. L'efficacité des mesures préconisées ? Un fantasme. Et on attend encore une réflexion poussée sur la situation dans laquelle les accords de diplomatie migratoire passés avec des pays tiers placent l'Union européenne, qui risque d'être victime de chantage de la part de ces derniers, ou de leur incapacité à tenir leurs engagements. Il faudra, à cet égard, prendre le temps d'analyser le rôle direct ou indirect, plus ou moins volontaire, joué par les autorités marocaines dans l'épisode de Ceuta.
Seul semble compter pour certains dirigeants politiques européens le fait d'annoncer sans attendre à ses électeurs potentiels le fait qu'on va faire quelque chose, n'importe quoi.
Le durcissement des politiques européennes de migration et d'asile a certes produit des résultats, dont témoigne la baisse nette des entrées illégales – il y aurait beaucoup à dire sur le peu de cas que ces politiques font des droits humains. L'ensemble des législations du pacte européen sur l'asile et la migration est désormais d'application. Et pourtant, les responsables politiques européens continuent de réagir comme si la migration était le problème le plus grave et le plus pressant de l'Union - ce n'est vraiment pas le cas. De vendre la chimère de l'inatteignable objectif de l'immigration zéro, pavant la voie de l'extrême droite, qui n'aura qu'à se baisser pour ramasser les voix des déçus. À l'issue des parties de football panique sur la migration, c'est toujours le plus radical qui gagne.
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