Depuis la crise sanitaire, les propositions se sont multipliées pour encourager les particuliers à investir davantage dans l’économie belge au travers d’investissements plus à risque. ...
Plus de 300 milliards d'euros d'épargne en Belgique… Et la tradition est d'assortir ce chiffre mirobolant d'une qualification mois enthousiasmante : "qui dort". En Belgique, la majorité des dépôts réglementés sont en effet rémunérés à des taux lilliputiens, souvent moins de 1 %. D'où le qualificatif. Mais la mobilité des épargnants n'en sort pas accrue pour autant. Une très grosse majorité des épargnants belges ne font pas trop jouer la concurrence.
Ce double constat – un montant important d'épargne mobilisable et une concurrence assez faible sur ce marché – a suscité de nombreux débats politiques ces dernières années. Pas un parti, pas une fédération qui compte sur la scène belge n'a laissé le sujet de côté. L'emprunt "Van Peteghem" – un bon d'État à un an avec une fiscalité avantageuse -, qui avait récolté à l'automne 2023 plus de 21 milliards de fonds auprès des citoyens belges, a montré que ces derniers avaient une certaine appétence, tout de même, pour d'autres formes d'investissement "sûres". Depuis lors, les propositions ont fusé de toutes parts pour stimuler cette épargne, étant entendu que l'investissement plus à risque (dans des actions par exemple), en Belgique, ne recueille pas un enthousiasme débordant chez les Belges.
Comment booster l'épargne des Belges ? "Le vrai problème est culturel"Mais, et c'est le sens des propositions mises sur la table ces dernières années, certaines formules encadrées pourraient inciter certains épargnants à franchir le pas et, ce faisant, à mettre de l'huile dans les rouages de notre économie. Mais quelles furent les principales propositions formulées ? Celle du ministre des Finances – un compte d'investissement "à la suédoise" – est la dernière en date, mais il y en a eu beaucoup d'autres. Petit tour d'horizon depuis 2020.
Cap sur les incitants fiscaux d'abordLes premières propositions visaient surtout à orienter une partie de cette épargne vers les entreprises, en particulier les PME fragilisées par la crise sanitaire, grâce à des avantages fiscaux, des fonds d'investissement ou des emprunts destinés aux particuliers. Progressivement, le débat s'est élargi à une remise à plat de la fiscalité de l'investissement. L'idée était simple : rendre l'achat d'actions ou de parts de fonds moins complexe et, surtout, plus attractif que le simple maintien de liquidités sur un compte d'épargne.
Dans le détail, les pistes avancées depuis 2020 peuvent être regroupées en quelques grandes familles. La première consiste à offrir de nouveaux incitants fiscaux aux particuliers qui investissent en actions : exonération des plus-values après une certaine durée de détention, baisse de la taxation des dividendes (moins de 30 %, donc), relèvement des seuils d'exonération existants sur les comptes d'épargne à d'autres investissements ou réduction de certaines taxes sur les opérations boursières.
Dans les entreprises directementUn deuxième groupe de propositions cherche à canaliser l'épargne vers les PME, les start-up ou le capital-risque, via des fonds spécialisés ou l'élargissement de dispositifs de type "tax shelter" mis en place pour le développement du cinéma. D'autres défendent la création de véhicules permettant aux ménages d'investir dans des projets jugés stratégiques, qu'il s'agisse de la transition énergétique, des infrastructures publiques (écoles, par exemple), du logement ou, plus récemment, de la défense.
L'argent des Belges dort sur des comptes d'épargne, la Belgique cherche à le réveillerUne autre idée revient avec insistance : celle d'un produit d'investissement national, sorte de fonds diversifié permettant aux particuliers de financer directement l'économie belge, ses entreprises – sans que cela contrevienne aux règles de concurrence européenne (pas simple…). Enfin, plusieurs économistes, organisations patronales et responsables politiques plaident pour une simplification globale de la fiscalité de l'épargne, estimant que sa complexité décourage les investisseurs particuliers autant que le niveau des prélèvements.
Un débat pour la rentréeC'est dans cette dernière logique que s'inscrit la proposition défendue aujourd'hui par le ministre des Finances, Jan Jambon (N-VA). Inspiré du modèle suédois, le "compte d'investissement" remplacerait l'imposition des dividendes et des plus-values par une taxation annuelle forfaitaire de la valeur du portefeuille. Pour ses promoteurs, un tel système aurait le mérite de simplifier les règles du jeu et d'encourager les Belges à investir davantage sur les marchés financiers. Ses détracteurs, eux, s'interrogent sur son coût budgétaire, ses effets redistributifs et sur sa capacité réelle à modifier les habitudes d'épargne des ménages. La mesure fera une nouvelle fois débat à la rentrée.
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