Celui qui a été présenté comme le plus jeune professeur noir de Cambridge, Jason Arday, a démissionné après des accusations de plagiat. Derrière ces accusations, on retrouve un philosophe controversé de l’UGent. ...
Lors de sa nomination, en 2023, comme professeur de sociologie de l'éducation à Cambridge, Jason Arday avait fait l'objet d'une attention médiatique hors du commun pour ce genre de promotion académique. Il faut dire qu'à 37 ans, il devenait le plus jeune professeur noir de l'université de Cambridge. Et que son histoire personnelle pour arriver jusque-là avait de quoi forcer le respect. Jason Arday, diagnostiqué autiste durant son enfance, n'a parlé qu'à 11 ans et écrit à 18 ans.
Le professeur étoile connaît aujourd'hui une chute spectaculaire. Malgré une pétition en sa faveur signée par des collègues, des parlementaires et le leader des écologistes britanniques Zack Polanski, il n'a pas résisté à des accusations de plagiat et a remis ce mercredi sa démission "avec effet immédiat". Tout en expliquant que sa démission ne devait pas être "interprétée à tort comme une acceptation des récits qui ont circulé à [son] sujet". Jason Arday dit être, dans cette affaire, emporté par une vague de racisme et de validisme (discrimination liée à un handicap).
Annick De Ridder, la ministre flamande aussi entêtée que maladroiteUne enquête ouverteCe qui l'a sans doute poussé à la démission, c'est la décision de son université d'ouvrir une enquête au sujet de ses qualifications académiques après l'avoir soutenu face aux attaques dont il faisait l'objet depuis une semaine.
Il faut dire que la presse britannique a levé de sacrés lièvres le concernant – s'ils se révèlent exacts. Jason Arday aurait non seulement abondamment plagié des collègues sans les citer, mais il se serait également façonné un profil plus beau que vrai. Le sociologue de l'éducation se serait ainsi vanté d'avoir couru 600 miles – quelque 965 kilomètres – en six jours pour récolter de l'argent en faveur de bonnes œuvres. D'après The Guardian qui a mené l'enquête, cela ferait de lui l'un des coureurs de fond les plus talentueux au monde. Arday est alors revenu sur sa déclaration en disant qu'il avait parcouru cette distance en douze jours.
"Maintenant, tous les hommes blancs à l'arrière"Un livre inexistantToujours d'après le quotidien britannique, l'ouvrage Being Young, Black and Male : Challenging the Dominant Discourse que Jason Arday affirme avoir publié aux éditions Palgrave Macmillan a bien été envisagé, mais n'est jamais paru et n'aurait même jamais été écrit. Il avait aussi prétendu avoir collaboré avec l'organisation caritative Wateraid pour installer des points d'eau en Amérique et Sud et en Afrique. L'ONG prétend pourtant ne jamais envoyer de bénévoles à l'étranger.
C'est un long article qu'un certain Nathan Cofnas a publié sur son blog qui a déclenché ces enquêtes accablantes de la presse britannique. Dans cet article, le professeur de philosophie américaine explique comment il a repéré, dans la thèse de Jason Arday, des dizaines de passages tirés d'autres thèses. "Cambridge ne fait-il pas ainsi la démonstration que la seule manière d'engager des professeurs noirs est de renoncer à toutes les normes ?" a-t-il notamment écrit, laissant entendre que la prestigieuse université anglaise a été moins regardante sur la qualité de la candidature de Jason Arday dans un désir un peu aveugle d'accroître la diversité sociologique de son personnel.
Un engagement contestéUn professeur contestéOr, ce Nathan Cofnas n'est pas un inconnu en Belgique. Il a fait parler de lui en mars après l'annonce de son engagement à l'Université de Gand sur un projet d'étude visant à déterminer jusqu'où un État démocratique peut prendre des mesures moralement acceptables pour se prémunir de groupes religieux intégristes ou antilibéraux dont l'influence va grandissant. Quarante-cinq philosophes de l'université gantoise avaient réclamé son licenciement de celui qui se présente lui-même comme un "réaliste racial". Nathan Cofnas est, il est vrai, contesté. Le philosophe a mené des recherches sur un lien supposé entre la race et l'intelligence. Il a notamment affirmé en 2024, sur son blog, que "dans une méritocratie […] les Noirs disparaîtraient de pratiquement toutes les positions élevées, à l'exception du sport et du divertissement". Des propos qui lui avaient valu son licenciement… de Cambridge à la suite de plaintes qu'il avait suscitées.
Décidément, la guerre culturelle, qui se joue notamment aux travers des quotas, n'a pas fini d'enflammer les universités.
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