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Les 50 ans de “Vancouver”

Дата публикации: 24-07-2026 07:59:46

50 ans de Vancouver : Redécouvrez un chef-d’œuvre comme si vous étiez en studio en 1976.À l’occasion du 50ᵉ anniversaire de l’album emblématique Vancouver, Warner Music France est fier d’annoncer […]
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50 ans de Vancouver : Redécouvrez un chef-d’œuvre comme si vous étiez en studio en 1976.
À l’occasion du 50ᵉ anniversaire de l’album emblématique Vancouver, Warner Music France est fier d’annoncer la sortie, le 11 septembre, d’une édition vinyle d’exception en édition limitée pressage AAA Full Analog Master. Pensée pour les superfans et les mélomanes avertis, cette édition utilise un procédé de gravure directe à partir des bandes master originales 1/4 pouce. En retirant toute étape de numérisation, cet enregistrement restitue la texture sonore authentique, la profondeur des arrangements et la chaleur acoustique originelles de l’œuvre. Une véritable capsule temporelle audiophile.

Une année anniversaire collector :
L’hommage à ce disque de légende ne s’arrête pas là. Cet automne, deux déclinaisons visuelles inédites viendront enrichir la collection : une édition Picture Vinyle et une édition Vinyle Couleur remasterisée. 

📌 Réservez dès maintenant votre exemplaire audiophile AAA (édition limitée) et restez à l’affût pour l’ouverture prochaine des précommandes des éditions limitées Couleur et Picture Disc.

Une fois ces trois éditions limitées épuisées, l’album sera disponible en édition standard vinyle noir remasterisée. 

En marge des notes de pochette à retrouver sur la version Vinyle Couleur,
ce texte de Yannis Villette, auteur régulier sur le site /jazzfr.org/

Il y a 50 ans sortait Vancouver;

Son label Elektra, la maison-mère WEA tout comme l’équipe qui l’entoure, attendent beaucoup d’elle, après le succès du “Maudit”, sorti en 1974. Toutefois, l’expérience fût particulièrement fastidieuse pour Véronique car c’est un disque qu’elle a composé, arrangé et produit entièrement seule (à l’exception des Cloches de Carmel, coécrit avec Alain Salvati). Comme elle aime à le rappeler, elle a une vie, « en dehors de celle de musicienne »1, et en 1975, c’est son fils nouveau-né, Christopher, qui prend la majorité de son temps et qui emplit une vie plutôt solitaire dans le Colorado.

VS : « [A propos de la vie dans le Colorado] C’était chiant comme la peste ! Mais comme la peste ! […] Mon fils Titou était vraiment tout petit. Aux États-Unis, comme les médecins ne nous obligeaient pas à rester huit jours ou douze jours à la maternité, je suis partie à Hawaï trois jours après avoir accouché (…) et voilà que, trois jours après, mon fils attrape le choléra ! »2 

Face à cette montagne de travail qui s’annonce être son prochain album, Alain Salvati, un de ses amis les plus proches, va introduire la chanteuse auprès de quelqu’un qui deviendra iconique de ses « années américaines » : Bernard Saint-Paul. Personnage aussi emblématique qu’ambigu dans la carrière de Véronique, c’était en 1976 un producteur émergent mais bientôt incontournable de la place parisienne, ayant, parmi d’autres, réalisé le premier album de Gilbert Montagné. Mais quand l’idée de produire le nouvel album de Véronique s’installe, cet homme au caractère bien trempé est traversé par des doutes à l’idée de succéder à Michel Berger et de remplacer Paul McCartney, qui s’était initialement proposé pour produire l’album.

BSP : « Je me disais de drôles de trucs, genre « les dés sont jetés », « À toi de jouer ». (…) « C’est ta chance, si tu là laisses passer c’est que tu es un gros nul. » »3 

C’est ainsi qu’à la fin du mois de novembre 1975, Véronique s’installe avec Bernard Saint-Paul au Château d’Hérouville, lieu qu’on ne présente plus tant les noms qui y sont passés sont aussi importants que nombreux. Le but : écrire des chansons avant de filer les enregistrer à Londres. Le ton que la chanteuse veut donner à cet album se présume déjà par les quelques compositions qu’elle a déjà écrites, dont When We’re Together, composée en décembre 1974, et Redoutable, imaginée par une nuit de février 1975, et interprétée immédiatement à l’Olympia. Néanmoins, mis à part ces deux morceaux, la difficulté d’amener quelque chose de neuf après Le Maudit se fait ressentir. En effet, on imagine combien la tâche de réinventer son art moins de deux ans après la sortie d’un album qui était déjà en avance sur son temps devait être délicate, particulièrement quand le public attend de Véronique l’expression crue de sa vérité et non pas de petites chansons comme tant d’interprètes le font. La barre est donc très haute, et si au départ BSP lui faisait confiance pour composer en autonomie, il se rend vite compte que Véronique a besoin d’un impératif pour devenir pleinement créatrice. C’est ainsi qu’il va l’enfermer dans une pièce du Château, seule face à son piano, sans autre occupation possible, la confrontant ainsi à ses angoisses, à ses peines, à ses espoirs : en somme face aux thèmes qu’elle abordera dans cet album. Ainsi, comme à chaque fois, elle va s’attacher à retranscrire le plus fidèlement possible ce qu’elle ressent en mots.

VS : “Lorsqu’on écrit une chanson, c’est toujours une urgence.4

BSP : “De toute manière, il fallait bien qu’on en sorte. Il fallait bien qu’elles arrivent, ces putains de chansons5

C’est dans ces conditions que Véronique écrira ce qui deviendra son hymne à la folie : Vancouver. L’anecdote est connue : si elle a choisi cette ville pour la douceur de son nom, elle n’avait jamais mis les pieds à Vancouver au moment où elle compose cette chanson. Mais au-delà de cette histoire, le fait de parler d’une ville de la même manière qu’elle pourrait parler d’une autre sert le point qu’elle met en avant : il y a autant de solitude que de personnes qui occupent sa vie. Vancouver est une allégorie qui met en avant l’isolement profond d’une artiste qui, paradoxalement, passe sa vie dans des espaces, des villes, des salles qui matérialisent tous la vie d’artiste, à la fois urbaine, mondaine et étrangement solitaire. Les thèmes essentiels de l’album se trouvent dans la chanson-titre : la solitude tout autant que la volonté et le désir, qui la mènent à chercher quelque chose (comme une réminiscence du désir-souffrance de Schopenhauer, ou plus simplement du mécanisme du cercle vicieux), ainsi que les dangereux palliatifs possibles à son mal-être, indissociables de l’environnement rock’n’roll dans lequel elle évolue. On comprend ici la manière dont Véronique entreprend la conception de cet opus : si elle prolonge des thèmes déjà développés dans des morceaux tels qu’On m’attend là-bas, à savoir le rythme des tournées et les soirées qu’elle offre à son public, elle les tourne d’une manière plus mélancolique, avec des textes aussi laconiques que précis dans ce qu’ils entendent transmettre.

C’est au Studio Trident, à Londres, que Véronique décide d’enregistrer son album, connu notamment pour son piano Bösendorfer sur lequel nombre d’artistes comme Elton John, Queen ou Genesis ont enregistré. Déjà à cette époque, ce dernier disposait d’une certaine aura, des monuments de la chanson comme Hey Jude ayant été initiés sur ce clavier. C’est l’importance d’un tel instrument qui a mené Véronique à choisir ce studio mythique. Aussi, à l’occasion de ce retour en Europe (l’album précédent ayant été enregistré en Californie), elle renoue avec quelques anciens proches collaborateurs, à commencer par Michel Bernholc, qu’elle avait revu à l’occasion d’une session d’écoute du Maudit. Arrangeur qu’on ne présente plus, il fut l’un des principaux architectes des deux premiers albums de Véronique, assurant seul ou accompagné l’orchestration des chansons. Toutefois, après avoir travaillé, et appris, aux côtés du génial Jimmie Haskell, l’un des arrangeurs les plus primés et respectés de la musique populaire américaine, Véronique ne laisse plus Bernholc seul aux manettes et cosigne tous les arrangements de l’album, ce qui n’est pas sans créer de conflits tant les deux artistes sont aussi opiniâtres l’un que l’autre.

Bernholc : « J’ai retrouvé Véronique en 1976 à Londres pour participer aux arrangements de son album « Vancouver ». Là, c’était infernal. J’ai dû attendre des heures pour la voir, ses textes n’étaient pas tous écrits et on enregistrait le lendemain. Elle menait une drôle de vie. Mais comme elle est très orgueilleuse, elle a assumé son geste jusqu’au bout. Même si tout allait mal ; elle affirmait que tout allait bien. (…) Véronique a un charme fou qui fait que, lorsqu’elle vous parle, vous avez l’impression que plus personne d’autre n’existe. Elle vous transforme en diamant. »6 

VS : ”Bon, ben, j’ai composé pendant les breaks, le soir. Mon entourage s’affole, pas moi. L’inspiration m’est toujours venue. Au pire, je n’aurais pas enregistré, et après?7

Loin d’écrire des arrangements discrets, Sanson et Bernholc usent de toutes les techniques pour accentuer le rendu dramatique des morceaux, à commencer bien sûr par les cordes puissantes et les pizzicati des violons de Vancouver. De même, Donne-toi emploi un contrepoint mélodique accentuant la détresse d’amour mise en valeur par le texte, ou encore Étrange Comédie, avec ses cordes vibrantes et rapides venant renforcer l’avalanche d’affirmations-questions que développe la chanteuse.

Parmi ses autres collaborateurs, qui dit Studio Trident dit évidemment musiciens d’exception, chose à laquelle Véronique s’est habituée dès son premier album. Outre Alain Salvati, guitariste et ami proche, on retrouve Christian Padovan, bassiste du Système Crapoutchik ayant contribué aux deux premiers albums de la chanteuse, Mo Foster, Ray Russell, Barry Morgan, mais aussi le jeune Simon Phillips. Âgé de 19 ans, celui qui deviendra le batteur de Toto met sa patte sur certains morceaux de l’album, alternant avec Barry Morgan. Si l’on ne connaît pas précisément comment ont été réparties les tâches, on sait néanmoins que Véronique n’était pas satisfaite des premiers essais des premières bandes, entraînant un changement de formation qui n’a pas manqué de faire paniquer BSP.

BSP : « Bref, début décembre 1975, les chansons, on les a. Alors, maintenant, qu’est-ce qu’on en fait ? Pour ma part, j’ai fait mon métier. J’ai sélectionné des musiciens. Je les ai présentés à Véro. On a fait des essais. Et… je me suis vautré ! Elle n’aimait pas ça du tout. Mais alors, pas du tout. Et elle me l’a fait savoir. Du coup, je suis reparti dans le stress ; j’ai recommencé à paniquer tout en essayant de faire bonne figure. Mais qu’est-ce que j’ai flippé ! Alors, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai réuni une deuxième formation. Celle-là a été la bonne. »8 

Mais alors, que dit-elle sur Vancouver ?

Si nous avons déjà abordé le morceau-phare Vancouver, When We’re Together, seconde plage de l’album, est adressée à Stephen Stills, son mari. Cette chanson constitue la première partie d’un diptyque complété par une autre chanson présente sur l’album : Sad Limousine ; deux compositions qui dépeignent les hauts et les bas de son mariage. Il est ici question d’un amour passionnel, matrice d’une relation qui l’envoûte autant qu’elle la détruit et pour laquelle elle donne volontiers toute son âme et son cœur. En outre, il faut se souvenir que dès le début de l’année 1975, Véronique signifie son intention de s’éloigner de son mari et de revenir en France, deux ans seulement après un mariage qu’elle sait perdu. Quand on lui demande, la chanteuse confirme le caractère évidemment autobiographique de cette chanson : « L’atmosphère grave de Sad Limousine, très autobiographique, me rappelle un retour d’aéroport à un moment où plus rien n’était simple avec Steve.»9 On pense ici alors à L’Irréparable, chanson présente sur son premier album qui évoquait déjà cet avion qui part dans une heure, ou bien à tant d’autres morceaux, comme On m’attend là-bas, qui font allusion à ces incessants va-et-vient que son métier lui impose.

Redoutable, la seconde chanson écrite par Sanson pour l’album, contient, comme justement analysé par Arnould et Gerber dans leur superbe biographie de la chanteuse, une rare référence directe à la mort (« Avoir des idées de mort »). Si l’idée de la fin est souvent exprimée dans les textes de Véronique (par exemple : « At the end, we’re all alone » sur Sad Limousine), c’est à travers des métaphores et des périphrases visant à dédramatiser l’inévitable. Mais ce qui est particulièrement frappant ici comme dans l’ensemble de l’album, c’est la concision des textes, qui véhiculent beaucoup plus d’idées qu’il n’y a de mots présents. Comme l’analyse très justement Jean-François Brieu, « Vancouver » a été certainement aimé davantage pour ce qu’il donne à ressentir que pour ce qu’il dit d’intelligible. C’est ici l’une des pattes les plus caractéristiques de la chanteuse qui aime à développer cette façon de faire : 

« C’est une manière de s’exprimer qui touche les gens, et qui remue quelque chose en eux. Le talent, c’est une émotion. (…) Mes textes sont des non-dits… qui doivent réveiller des choses. C’est l’amorce d’une angoisse, d’une situation qui ouvre la porte des sensations que j’essaie d’évoquer sans faire de mélo. » 10

« Je me souviens que l’an dernier, deux jours avant l’Olympia, j’ai écrit « Redoutable ». Eh bien, quand j’ai chanté cette chanson sur scène la première fois, je me suis fait pleurer moi-même. »11

L’amour est à l’évidence un thème récurrent chez Véronique, et en ce sens on pourrait dire que Redoutable est une suite tragique à l’exaltation qu’elle exprimait dans des titres comme Amoureuse, d’autant plus que Redoutable est la réponse que Véronique apporte à Michel Berger et à son morceau Ce que la pop music a fait d’une petite fille. Cette exaltation, l’évolution personnelle de la chanteuse l’amène à ne plus l’idéaliser, mais à la remettre en question de façon presque systématique. Comme elle le dit elle-même, Redoutable traduit tout ce que l’amour peut faire d’une femme dans un environnement et une période aussi difficiles. Plus encore, Véronique ne cesse de rappeler, quand elle raconte sa vie et ses textes, que c’est difficile de se pardonner à soi-même, et c’est dans un morceau tel que celui-ci que l’on perçoit toute l’ambivalence de cette femme qui ne se pardonne pas le mal qu’on lui fait :

Si tu me vois
Les toucher de mon regard
Leur donner le goût de l’art
Avoir un sale goût de larmes
Dans mon fou rire
Ne m’en veux pas
Tu m’as rendue redoutable
Mais je suis si vulnérable
C’est si facile de faire mal
Faire mal, faire mal, faire mal, faire mal..

« Il faut se pardonner et s’aimer. Ce qui est parfois difficile. Parce qu’on se sent coupable de tout et tout au long de sa vie, si l’on estime ne pas avoir toujours agi comme il le fallait. On a quelquefois un certain mépris de soi. »12

Bien sûr, un morceau clé dans la carrière et, par extension, dans la vie de Véronique est Étrange Comédie : aboutissement paroxystique de tous les thèmes traités à la fois sur Vancouver et dans Le Maudit, son texte est d’une densité rare, où chaque vers pourrait entraîner son propre développement. Il est d’abord remarquable de constater que, si la chanteuse disait dans Véronique qu’il y a des gens « Qui viennent à moi, qui ont une vie de comédie » ; Étrange Comédie renverse la narration en reconnaissant que c’est la chanteuse qui vit maintenant une comédie : on comprend dès lors qu’elle n’a pu échapper aux contrecoups du show-business à l’américaine. Arnould et Gerber l’analysent avec des mots très justes :

En fait il n’y a pas assez de mots pour décrire une telle dérive : un rejet total, irrémédiable du bien lui fait dire qu’elle est capable de tout, même et surtout du pire.”13

Cette dérive lui autorise tout, la farce quotidienne de son existence enlevant tout le sérieux que peuvent contenir ses actes. On cerne ici cette relativisation des choses et des excès qui attirent Véronique vers les risques inhérents à sa vie de pop-star. Comme elle le dit si bien, elle a un penchant pour le danger car c’est une notion « qui vous fait toucher le hors-norme de l’existence ».”14. Mais cette appétence se voit fatalement contrebalancée par un manque cumulé à l’espoir : celui « d’un amour qui balance bien ». Nous disons « espoir » pour la raison suivante : Véronique est loin de se vanter de cette vie extravagante ; elle met en exergue la manière dont le succès l’éloigne de l’essentiel : l’amour, la famille et finalement l’équilibre normal d’une vie simple. En outre, cet amour qu’elle recherche est comme une résolution, une lumière au bout du tunnel, une chimère qui lui permet d’avancer, de naviguer en eaux troubles (des eaux teintées de folie : « Ils croient que je suis folle, C’est triste, tu vois »). On pense ici à la manière dont Nietzsche envisageait l’art : même dans la tragédie, l’art doit affirmer la vie, dans sa laideur tout comme dans sa grandeur. Véronique ne fait qu’affirmer la vie, tout le temps, et c’est en mettant en valeur le côté aussi tragique qu’absurde de son existence qu’elle se rappelle à elle-même qu’elle a décidé de vivre sa vie de cette façon ; d’aller au bout de ce que la vie pouvait lui permettre, comme une sorte de défi à son propre libre arbitre.

VS  : “Je fais ce dont j’ai envie. Cela me perdra d’ailleurs.15  « Vivre avec des gens qui ne sont jamais dans leur état normal, c’est pénible, pesant, très dur à supporter. »16

Ce qui est particulièrement frappant, c’est la manière dont la musique est ponctuée d’assonances et de fêlures venant renforcer l’urgence de la remise en question dont Véronique fait preuve tout au long du texte. 

L’album se clôture par deux plages nettement plus gaies, mais non moins intéressantes musicalement : Tu sais que je t’aime bien et Full Tilt Frog. Dans cette dernière, Véronique parle de la relation qu’elle entretient avec l’Amérique ainsi que de la manière dont celle-ci vient déformer le lien qu’elle entretient avec son pays natal : la France. La boucle est bouclée : si l’album s’ouvre avec Vancouver, environnement amovible par lequel la chanteuse dépeint les espaces substituables les uns aux autres dans lesquels elle passe sa vie ; ce vide s’est étendu jusqu’aux endroits qui lui sont normalement les plus familiers.

Quand je suis à la maison
Je ne vois que tous les changements
Quand je suis à la maison
C’est tellement étrange
Vivre dans un grand hôtel
À un endroit que je connais si bien
Je me sens comme une touriste dans ma ville natale
Vers traduits de Full Tilt Frog 

On reconnaît ainsi en filigrane les mêmes préoccupations que sur les précédents titres : une vie déracinée où elle ne se sent jamais réellement à sa place. Néanmoins, ces afflictions sont développées sur une musique qui rend le tout nettement moins dramatique.

Un morceau étonnant à première vue est Une maison après la mienne, unique chanson de l’album qui n’ait pas été écrite par Véronique mais par sa sœur Violaine. Destinée à l’origine à la chanteuse Mary Collins à l’époque des Roche Martin, Véronique l’a reprise des années plus tard, comme une sorte de surprise adressée à sa sœur dont elle fut pendant un temps physiquement et humainement séparée à cause de son exil américain. Ce titre est paradoxalement celui qui lui permettra de remporter la médaille d’argent au Festival international de Tokyo de 1976. 

Véronique : « Violaine a composé toute seule cette chanson de l’album Vancouver. Et effectivement, grâce à ce titre, nous avons obtenu la médaille d’argent au festival de Tokyo. Natalie Cole avait eu l’or et les Pointer Sisters, le bronze. C’est un incroyable palmarès qui est aussi une fierté par rapport aux années de musique que nous avons faites ensemble. »17

Néanmoins, il est remarquable d’étudier la manière dont ce petit îlot de bonheur est placé au milieu d’un album qui n’est pas plein d’optimisme. Comme une sorte de « fever dream », de mirage d’une illusion de bonheur pour une narratrice au « cœur froid », il est étonnant de saisir la continuité logique qu’entretient ce morceau avec le reste de l’opus, alors qu’il a été pourtant composé des années auparavant. Cet « amour qui balance bien », Véronique le trouve dans un monde onirique où elle pourrait toucher le bonheur du doigt sans pouvoir l’atteindre, ce qui l’amène à pleurer cet état de grâce qu’elle ne peut partager avec celui qu’elle aime. C’est autant une impossibilité qu’une certaine retenue qui l’empêche de marcher vers cette forme de félicité qui pourtant s’offrirait à elle si elle le voulait. Du reste, encore une fois, c’est la simplicité de ce bonheur apparent qui frappe la chanteuse : 

Il y a trop de rires
Il y a trop de joie au fond de mon cœur qui bat
Pour une paire de volets bleus
Et pour un garçon trop heureux

Il y a, enfin, un titre très important qui pourtant ne figure pas sur l’album : c’est Je serai là, que Véronique décidera d’interpréter à son Olympia. C’est à travers cette chanson qu’elle répond au Seras-tu là de Michel Berger, chacun se demandant si, plus tard, un jour peut-être, ils seront là l’un pour l’autre.

Veux-tu encore de moi ?
Est-ce que tu m’aimes encore ?
J’ai redouté ton regard
J’ai redouté ton rire
Comme deux diamants jaunes
Autour d’un solitaire
J’ai voulu jeter dans le Rhône
Sans pouvoir le faire

Les deux diamants jaunes autour d’un solitaire, c’est la bague que Michel avait offerte à Véronique, qu’elle possède encore aujourd’hui et qu’elle porte de temps à autre. Nombre de références existent sur la correspondance musicale qu’ils ont entretenue (cf. l’analyse de Yann Morvan), nous ne reviendrons pas dessus ici, mais nous ne pouvions pas passer à côté d’une chanson aussi forte et marquante.

Nous l’avons dit, Je serai là ainsi que l’essentiel de « Vancouver » seront portés pour la première fois par la chanteuse en concert à l’Olympia, où elle se produira du 24 février au 8 mars 1976. Toutefois, ce n’était pas la première fois que le public entendait Vancouver, puisque le 31 janvier 1976, seulement quelques jours après avoir achevé l’enregistrement de l’album, Véronique interpréta de façon approximative la chanson-titre dans l’émission Numéro Un, la faute à un délai trop court. C’est finalement le 27 février que sort officiellement « Vancouver », alors même que l’enregistrement n’avait pris fin que le mois précédent, l’urgence du pressage étant justifiée par la tenue de cet Olympia. C’est cette même urgence qui justifie vraisemblablement l’usage d’une photo prise à l’Olympia en 1974 pour la pochette.

S’il serait abusif de dire de « Vancouver » que c’est un album concept, on ne peut nier la cohérence thématique de toutes ces compositions qui, mises bout à bout, forment le portrait complexe et contradictoire d’une femme qui paraît tout autant revendiquer que regretter de vivre comme s’il n’y avait pas de lendemain.

Comme nous le disions précédemment, la force de ces textes se situe dans la retranscription précise des sentiments, des émotions, des sensations vécues par la chanteuse, et c’est peut-être ce qui a touché autant de gens. Comme beaucoup de grands poètes, Véronique émeut le public à travers l’expression sincère et sans retenue d’émotions universelles, et ce au travers de récits aussi personnels qu’allégoriques, pour un public qui s’identifie davantage à un vécu qu’à des situations. Quand on lui demande ce qui a fait le succès de « Vancouver », qui fut alors son premier disque d’or, Véronique répond qu’elle ne sait pas, que c’est au public qu’il faudrait poser la question, avant d’expliquer :

« Peut-être aussi devrais-je dire de Vancouver que, sous couvert de faire défiler ses personnages, d’étaler des conflits, il parle surtout de solitude. D’une grande solitude. Peut-être Vancouver, qui parle d’une ville qu’à l’époque je n’avais jamais vue, évoque-t-il surtout une espèce de nowhere, de no man’s land où arriver, partir, marcher, rouler, être en mouvement ou être immobile n’a plus grande importance. »18

La solitude, l’amour, les regrets, la folie sont autant d’affects qui peuvent toucher l’auditeur, particulièrement s’il sent que les mots touchent la réalité d’une artiste : c’est certainement ce qui a fait le succès d’un album aussi cru et honnête.

« Mais comme les choses tragiques appartiennent au passé, on peut se permettre la dérision, d’avoir le recul pour bien en parler. Lorsqu’on est dans sa propre misère, on est paumé et c’est impossible. Mais je ne sais pas si je peux réellement rire de cette période où j’étais en danger avec Stephen Stills. Je peux simplement en parler avec tendresse, ce qui veut dire que je me suis pardonnée…»19

1.  SANSON, Véronique ; VARROD, Didier. La douceur du danger. Paris : Plon, 2005.
2.  Ibid.
3.  BRIEU, Jean-François. Véronique Sanson : Doux dehors, fou dedans. Paris : JC Lattès, 2001.
4.  ARNOULD, Françoise ; GERBER, Françoise. Véronique Sanson. Lausanne : Pierre-Marcel Favre, 1986.
5.  BRIEU, Jean-François. Véronique Sanson : Doux dehors, fou dedans. Paris : JC Lattès, 2001.
6.   ARNOULD, Françoise ; GERBER, Françoise. Véronique Sanson. Lausanne : Pierre-Marcel Favre, 1986.
7. BOULY, Marie-Laure « Véronique ou la rage de vivre ». Elle, n° 1573, 1er mars 1976
8.  BRIEU, Jean-François. Véronique Sanson : Doux dehors, fou dedans. Paris : JC Lattès, 2001.
9.  Ibid.
10.   ARNOULD, Françoise ; GERBER, Françoise. Véronique Sanson. Lausanne : Pierre-Marcel Favre, 1986.
11.  BENNET, Guy-Pierre. « Véronique Sanson Interview ». Pop Hebdo, n° 10, 9 mars 1976
12.  SANSON, Véronique ; VARROD, Didier. La douceur du danger. Paris : Plon, 2005
13.   ARNOULD, Françoise ; GERBER, Françoise. Véronique Sanson. Lausanne : Pierre-Marcel Favre, 1986.
14.  SANSON, Véronique ; VARROD, Didier. La douceur du danger. Paris : Plon, 2005
15.   ARNOULD, Françoise ; GERBER, Françoise. Véronique Sanson. Lausanne : Pierre-Marcel Favre, 1986.
16.  SANSON, Véronique ; VARROD, Didier. La douceur du danger. Paris : Plon, 2005
17.  Ibid.
18.  BRIEU, Jean-François. Véronique Sanson : Doux dehors, fou dedans. Paris : JC Lattès, 2001.
19.  SANSON, Véronique ; VARROD, Didier. La douceur du danger. Paris : Plon, 2005

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