D’après la Direction générale du Trésor, l’impact de l’IA sur l’emploi demeure aujourd’hui peu significatif. Des points méritent la vigilance cependant : l’insertion professionnelle des jeunes et la souveraineté technologique, un impératif pour la compétitivité.
D’après la Direction générale du Trésor, l’impact de l’IA sur l’emploi demeure aujourd’hui peu significatif. Des points méritent la vigilance cependant : l’insertion professionnelle des jeunes et la souveraineté technologique, un impératif pour la compétitivité.
Les craintes pour l’emploi alimentées par l’automatisation ne sont pas nouvelles. Elles accompagnent les révolutions technologiques parmi la population française. Et l’IA ne fait pas exception. Dans son édition 391 de Trésor Éco, la Direction générale du Trésor note ainsi que l’IA suscite des inquiétudes.
“62% des Français la voient comme un risque pour l'emploi, selon le baromètre du numérique 2025.” Ces appréhensions sont-elles justifiées à ce jour ? Pour répondre à cette question, les auteurs ont puisé dans les études existantes.
Aux US, l'IA est un bouc-émissaireMais il convient en préambule de s’intéresser à la pertinence même de ces travaux et à leur méthodologie. A ce sujet, le Trésor relève que les “recherches actuelles sont marquées par un faible recul temporel et des biais de labellisation.”
Sur la base des données de 2025, les études semblent converger “vers un constat de neutralité.” Pas toutes néanmoins. Des “divergences géographiques” sont observées. Par exemple, “les travaux de Teeselink au Royaume-Uni identifient une réaction négative sur l'emploi pour la période 2021-2025.”
D’autres, concernant les US et l’Europe, concluent à un effet nul. Un phénomène dit de de “labellisation” pourrait expliquer en partie ces différences. Parmi les entreprises américaines, 59% admettent utiliser l'IA comme justification publique pour des restructurations ou un gel des embauches.
L'IA agentique plus impactante ?Mais l’IA n’est en vérité qu’un prétexte pour justifier des “ajustements structurels motivés en réalité par des corrections post-pandémie.” IA et évolution du chômage ne sont pas forcément corrélées. Du moins avec les LLM.
L’IA agentique pourrait s’accompagner d’effets plus significatifs. Pourquoi ? Car dans un scénario de déploiement de l'IA agentique, “plus de 40 % des métiers pourraient voir 30 % de leurs tâches automatisées.”
Une automatisation de cette magnitude aurait pour conséquence de transformer “radicalement la structure interne des métiers.” Néanmoins, ajoute le Trésor, il convient de segmenter. Les effets de l’IA ne sont pas homogènes.
Informatique et communication plus exposées à l'IALes auteurs insistent sur l’hétérogénéité de l'impact selon les tâches et les secteurs. Ainsi, des secteurs s’avèrent plus exposés. C'est le cas de l'informatique et la communication où le taux d'adoption est estimé à 59%.
Suivent la finance et l'assurance. Au contraire, “les métiers physiques, comme l'agriculture (9 % d'adoption) ou la construction” sont considérés comme “préservés”. Cette différence s’explique “par les limites actuelles de l'IA physique et de la robotique.”
Pour les économistes, il est essentiel de tenir compte “de l'élasticité-prix de la demande”, jugée “déterminante.” Pour les métiers de graphistes et de développeurs, l’élasticité est forte. En clair, “une baisse des coûts induite par l'IA peut provoquer une explosion de la demande, soutenant l'emploi.”
“À l'inverse, pour des fonctions de direction générale ou des métiers de sécurité (pompiers), la demande est rigide : l'IA y joue un rôle de complémentarité pure.” Le Trésor ajoute qu’exposition ne signifie “pas nécessairement destruction.”
L'emploi des jeunes déjà affectéLes impacts potentiels ne se résument pas à la suppression d’emploi. Il convient aussi d’observer d’autres effets de l’IA, comme sur l’insertion des jeunes. Or, l’IA automatise d’abord des tâches généralement dévolues aux juniors.
Et là, des effets sont d’ores et déjà observés. Aux États-Unis, l'emploi des 22-25 ans dans les professions exposées a reculé de 16%. En France aussi les données de l'Insee suggèrent des impacts. Dans l’informatique, l'emploi des 15-29 ans s’est contracté de 3,8 points.
“Cette situation fait craindre une « perte d'expérience accumulée » au sein des nouvelles cohortes, menaçant le renouvellement futur des cadres seniors. Ce risque localisé impose une réponse coordonnée pour éviter un décrochage durable des trajectoires individuelles en début de carrière”, prévient l’étude.
L'IA détermine la compétitivité et donc l'emploiPour le Trésor, il importe également de faire preuve de vigilance en matière de souveraineté économique. Un retard d’adoption de l’IA expose à un risque de décrochage de productivité et donc à “une destruction d'emplois subie par perte de parts de marché.”
Voilà pour le court terme. A plus longue échéance, le Trésor reconnaît que l'incertitude “demeure, oscillant entre substitution massive et destruction créatrice.” In fine, les auteurs plaident “pour un accompagnement par les politiques publiques, notamment en matière de formation”.
Ces actions en parallèle de l’adoption de l’IA sont jugées nécessaires “pour soutenir la reconversion des travailleurs dont l'emploi serait menacé par l'IA et pour favoriser la diffusion de l'IA dans l'ensemble de l'économie.”