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"C'est ma lutte, notre lutte" : dans l'Aude, la docteure en science du climat Iris-Amata Dion défend le partage des savoirs sur le réchauffement climatique

Дата публикации: 12-01-2025 15:21:10

Docteure en science du climat et de l’atmosphère, Iris-Amata Dion a écrit et publié avec le dessinateur Xavier Henrion "Horizons climatiques – Rencontre avec neuf auteurs du GIEC". Un roman graphique dédié au...

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Docteure en science du climat et de l’atmosphère, Iris-Amata Dion a écrit et publié avec le dessinateur Xavier Henrion "Horizons climatiques – Rencontre avec neuf auteurs du GIEC". Un roman graphique dédié au changement climatique. La scientifique participait vendredi 10 janvier au Plantathlon programmé à Roullens, pour expliquer l’importance de la transmission des savoirs sur le réchauffement.

Est-il possible pour le grand public de s’emparer des rapports sur le changement climatique du groupe intergouvernemental d’expert sur l’évolution du climat (GIEC) ?

Ce sont des rapports qui font plus de 4 000 pages, généralement en anglais. Il y a des résumés de ces rapports, plus courts, mais toujours avec un certain jargon. C’est pour ces raisons que j’ai cherché un outil qui puisse s’emparer de ces résultats. Il est primordial que la société puisse s'emparer des connaissances scientifiques. Ce qui me semble vraiment important, c’est que chacun d’entre nous puisse comprendre ce qui se passe, pour en discuter entre nous, et pouvoir agir individuellement et surtout collectivement, en conséquence de toutes ces connaissances scientifiques.

Comment expliquer cette volonté de donner ces outils de compréhension et de réflexion ?

J’étais vraiment très touchée par ce que j’apprenais pendant mes études. Et en même temps, quand je sortais de ma bulle de chercheuses et de chercheurs, finalement, peu de personnes autour de moi connaissaient le GIEC, ou alors avaient une vague idée de ce que c’était. Encore aujourd’hui, quand on me demande ce que je fais dans la vie et que je dis que j’étudie le climat, parfois on me demande : "est-ce que c’est vrai le changement climatique ?" C’est pour ces raisons que j’ai vraiment cherché un moyen de diffuser ces connaissances de façon ludique, avec une histoire, des personnages, et surtout une rencontre avec des auteurs du GIEC qui vont nous parler avec leur casquette de scientifique mais aussi de façon authentique. Ils témoignent à quel point ce n’est pas facile de travailler sur ces thématiques depuis plus de 30 ans, d’alerter et de voir les choses évoluer, pas forcément de la façon dont on aimerait. Cet ouvrage, il s’adresse aussi à celles et ceux qui ont déjà lu les 4 000 pages des rapports du GIEC et qui aimeraient connaître les témoignages émouvants de ces chercheurs, auteurs et autrices des rapports, qui sont aussi des êtres sensibles. J’ai eu des collègues chercheurs qui sont partis six mois en arrêt de travail ; j’ai aussi des collègues qui ne peuvent pas regarder des avions sans avoir des palpitations.

La multiplication des catastrophes naturelles peut-elle être un mal pour un bien, l’outil d’une prise de conscience ?

Si seulement. On pourrait penser, quand on est face à de terribles événements extrêmes, comme avec ce qui s’est passé à Valence ou en ce moment avec des feux de forêt extrêmes en Californie, que, déjà, les médias vont faire le lien immédiat avec le changement climatique. On pourrait croire qu’on va rappeler les résultats qui sont déjà dans les rapports du GIEC : aujourd’hui, on sait que la fréquence et l’intensité des événements extrêmes de chaleur et de précipitations ne font qu’augmenter. Il va faire de plus en plus chaud, et de plus en plus souvent. Et en même temps, on observe une sorte d’oubli ou de déni. C'est pour ça que j’ai réalisé cet ouvrage. Pour qu’on n’oublie pas et qu’on puisse être capable de comprendre les choses. Et surtout de les retranscrire, d’en parler entre nous avec des mots simples, des images. Pour nourrir ces discussions qui vont permettre de ne pas oublier qu’il y a des événements extrêmes et que nous sommes dans une situation difficile.

Comment jaugez-vous la persistance d’un climatoscepticisme ?

C’est un peu ma lutte, notre lutte. Ce n’est pas dans nos formations de faire de la vulgarisation. Mais il faut lutter contre les fausses idées et la désinformation, réussir à simplifier sans déformer, expliquer les notions d’incertitude. Encore une fois, je pense que l’important, c’est de s’emparer de ces connaissances. C’est la première étape pour agir, c’est de ne pas avoir de doute, de comprendre ce qui se passe et c’est ça qui va nous mettre en mouvement pour changer nos pratiques, quels que soient nos domaines d’activité. Valérie Masson-Delmotte (paléoclimatologue) le dit : "Le vrai challenge, ce n’est plus de prouver mais de transmettre le savoir accumulé." Céline Guivarch (économiste) rappelle autre chose : "Nous sommes 100 % du problème, mais aussi 100 % de la solution."

En publiant cet ouvrage, qui espériez-vous toucher ?

On s’est demandé à qui on allait s'adresser. Il est pour celles et ceux qui ont encore des doutes, et qui aimeraient comprendre comment ça fonctionne ; mais aussi pour celles et ceux qui sont déjà sensibilisés, mais qui aimeraient avoir des clés pour affûter leur discours, notamment pour lutter contre les discours d’inaction ; je pense aussi à tous les enseignants qui aimeraient se procurer certaines planches pour les montrer à leurs étudiants. On est train de travailler sur un dossier pédagogique. On a aussi travaillé dans cet ouvrage avec des chercheurs en didactique : comprendre c’est une chose, retenir c’en est une autre. Mais pouvoir retranscrire l’information pour nourrir des discussions et créer des moyens d’agir, des solutions, c’est encore une autre chose, et c'était cher à nos yeux. C’est ce que résume la citation de Jean Jouzel (climatologue) en 4e de couverture d'"Horizons climatiques" : "L’avenir ne dépend pas du GIEC lui-même, mais de ce que nous faisons collectivement des résultats qu’il met en évidence."

Le GIEC en quelques mots

Le GIEC, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, est "un groupe de recherche composé de plusieurs centaines de chercheurs du monde entier de plusieurs disciplines qui ont pour mission de lire toutes les connaissances scientifiques actuelles sur le changement climatique et d’en faire une synthèse à destination des décideurs mais aussi des citoyens", résume Iris Dion. 800 chercheurs, répartis en trois groupes de travail, sur les thématiques de la compréhension, de l’adaptation et de l’atténuation du changement. Avec, parmi les certitudes déjà posées, le fait que "100 % du réchauffement observé sur la dernière décennie est dû aux activités humaines. Il n’y a plus de doute sur cette conclusion", souligne la docteur en sciences du climat et de l’atmosphère. Des chercheurs qui planchent sur cinq potentiels scénarii envisagés jusqu’à 2100, avec des émissions de gaz à effet de serre (GES) de très faibles à très élevées : les cinq scénarii SSP (shared socio-economic pathways) décrivent des évolutions de la société future en fonction de l’évolution du changement et des politiques climatiques.

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