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Mali : quatre questions pour comprendre le conflit entre la junte au pouvoir et les djihadistes alliés aux rebelles touaregs

Дата публикации: 01-05-2026 11:34:43

Depuis les attaques de samedi dernier coordonnées par les djihadistes affiliés à Al-Quaïda et les indépendantistes touaregs, la situation sécuritaire au Mali est très précaire. Et la junte au pouvoir depuis 2021 est sur la sellette.

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Une colonne de fumée aperçue depuis Bamako, la capitale malienne, lors des attaques des djihadistes et des touaregs, le 26 avril 2026. - / AFP

Bamako asphyxiée par un blocus routier, des frappes menées dans le nord du Mali contre les rebelles… La situation s’envenime en Afrique subsaharienne ce vendredi 1er mai après de vastes attaques menées la semaine dernière au Mali où le ministre de la Défense a été tué. Depuis, les combats se poursuivent entre, d’une part les djihadistes du GSIM affilié à Al-Qaida alliés avec les rebelles touaregs maliens et, d’autre part les gouvernements du Niger, du Burkina Faso et du Mali.

• Que s’est-il passé le week-end dernier ?

Samedi 25 avril, les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), allié à Al-Qaïda, ont revendiqué une série d’attaques coordonnées et d’ampleur avec la rébellion touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA) contre des positions stratégiques de la junte au pouvoir au Mali. Ces attaques ont eu lieu en périphérie de Bamako, la capitale, et dans plusieurs villes importantes du pays.

Ces attaques coordonnées et sans précédent ont notamment tué le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, 47 ans, figure-clef de la junte. Le chef des services de renseignement, Modibo Koné, a été blessé par balle. Du début des attaques samedi matin jusqu’à mardi soir, Assimi Goïta, chef de la junte, est resté invisible et silencieux, alimentant les spéculations sur son sort. Il est finalement apparu à la télévision nationale mardi soir, affirmant que la situation sécuritaire était « maîtrisée ». Ce vendredi, un hommage national sous haute sécurité a été rendu à Bamako à Sadio Camara. Le général Camara était considéré comme l’architecte du rapprochement de ces dernières années avec la Russie.

Le soir de ces attaques, le GSIM a proclamé la « victoire », fruit d’un « travail acharné », d’une coordination avec ses « partenaires » et de « la participation active de nos frères du Front de libération de l’Azawad », un groupe indépendantiste à dominante touareg créé en novembre 2024. Les djihadistes et les rebelles touaregs se sont emparés de la ville de Kidal, au nord du pays. Selon des sources sécuritaires, les deux groupes ont également combattu ensemble à Gao, également au nord du pays, où ils ont été repoussés par l’armée malienne mais sont toujours déployés dans la zone.

D’après une source hospitalière citée par l’Agence France presse (AFP), les attaques ont fait au moins 23 morts civils et militaires dans tout le pays.

• Qui sont les groupes à l’origine de ces attaques ?

Ces attaques ont été menées par deux groupes : les djihadistes du GSIM, alliés à Al-Qaïda et les rebelles touaregs maliens du Front de libération de l’Azawad (FLA). Elles concrétisent une alliance scellée entre ces deux groupes il y a un an. Une alliance fondée sur des intérêts divergents mais un ennemi commun : la junte au pouvoir depuis 2020 et les paramilitaires Russes qui la soutiennent.

Depuis les années 2010, les relations entre ces deux groupes étaient plutôt conflictuelles, en 2024 encore des combats étaient observés à la frontière mauritanienne. Jusqu’à cet accord il y a un an. Cette nouvelle alliance entre le FLA et le GSIM prévoit notamment l’acceptation par les rebelles touareg de l’application de la charia, la mise en place de juges reconnus par les deux mouvements, un échange de compétences militaires ainsi qu’un principe selon lequel, en cas de prise de territoires, la gestion urbaine sera confiée en priorité au FLA et la gestion rurale aux jihadistes, détaille le chercheur.

Cette coopération s’est matérialisée au cours de l’année dernière par des transferts de savoir-faire militaire, notamment en matière d’engins explosifs improvisés (IED) ou d’utilisation de mortiers, des capacités jusque-là peu maîtrisées par le FLA mais détenues par le GSIM, souligne auprès de l’AFP Wassim Nasr, spécialiste des mouvements djihadistes et chercheur au groupe de réflexion Soufan Center. Mais les attaques coordonnées marquent « la première fois qu’on a vraiment l’application des termes de l’accord », poursuit le chercheur.

La spécificité de cette nouvelle alliance : elle unit deux organisations aux agendas différents, relève Jean-Hervé Jezequel, directeur du projet Sahel à l’ONG International Crisis Group. « Ce qui explique leur partenariat actuel, c’est que ces groupes ont des ennemis communs : les autorités militaires maliennes et leurs partenaires internationaux, en l’occurrence Africa Corps (ex-Wagner) », avait-il indiqué dans une interview au « Nouvel Obs » dimanche dernier. Tout en précisant que, malgré leurs ennemis communs, ils ont des agendas différents : « Du côté du FLA, c’est un agenda territorial : la libération de l’Azawad, dans le nord du pays. Le GSIM, lui, porte une vision politico-religieuse visant l’instauration de la charia et l’éviction des acteurs internationaux, hier français, aujourd’hui russes. »

• Quelle est la réponse des autorités maliennes ?

La junte au pouvoir au Mali depuis le coup d’Etat de 2021 s’appuie sur une alliance avec plusieurs pays pour réponse à ces attaques : l’Alliance des Etats du Sahel (AES), une force unifiée antidjihadiste rassemblant Niger, Burkina Faso et Mali.

Les trois pays, tous dirigés par des juntes issues de coups d’Etat entre 2020 et 2023, ont créé cette force unifiée de 5 000 hommes contre les « groupes terroristes », portée à 15 000 mi-avril.

Par ailleurs ces trois pays, dirigés par des juntes militaires hostiles à la France, accusent régulièrement l’Hexagone de déstabiliser leurs pays, ce que Paris a toujours nié. Jeudi soir, les autorités nigériennes ont accusé des puissances étrangères, au premier rang desquelles la France, de parrainer les attaques de samedi au Mali.

Depuis le retrait des forces antidjihadistes françaises, ces juntes militaires ont noué des alliances avec la Russie. Les djihadistes du GSIM appellent au retrait des paramilitaires russes du Mali. Le Kremlin leur a fermement répondu jeudi que ses forces se maintiendraient au Mali pour y poursuivre « la lutte contre l’extrémisme, le terrorisme et autres manifestations négatives » et qu’il continuera « d’apporter son aide aux autorités en exercice ».

• Où en sont les combats ?

Les rebelles et les djihadistes contrôlent donc désormais la ville-clé de Kidal, au nord du pays. Ils l’avaient perdue en novembre 2023 à la suite d’une offensive de l’armée malienne appuyée par des paramilitaires russes.

Jeudi 30 avril, les djihadistes du GSIM ont appelé à un large « front commun » contre la junte au Mali. « Nous appelons tous les patriotes sincères, sans distinction aucune, à se lever et à unir nos forces dans un front commun » incluant « les partis politiques, les forces armées nationales, les autorités religieuses, les chefs traditionnels et toutes les composantes de la société malienne », a dit le groupe jihadiste. « Il est impératif de mettre fin » à la junte, pour « une transition pacifique et inclusive » pour un « nouveau Mali » dont « l’une des priorités essentielles (sera) l’établissement de la charia », la loi islamique, a-t-il ajouté. Mercredi, les indépendantistes touareg ont annoncé leur intention de conquérir les grandes villes du nord du Mali tout en prédisant que la junte au pouvoir « va tomber ».

En parallèle, le GSIM a parallèlement commencé à imposer un blocus routier à Bamako. Jeudi, des centaines de véhicules de transport et de marchandises se trouvaient immobilisés à différents points d’entrée de la ville, selon des transporteurs, notamment sur les axes menant vers Conakry, Abidjan, et Dakar, des villes portuaires vitales à l’économie du Mali, pays sahélien enclavé. « Nous sommes bloqués depuis hier (mercredi). Il y a au moins une centaine de véhicules ici qui sont garés à perte de vue », témoigne un conducteur de camion, joint par l’AFP au téléphone à Kourémalé, ville frontalière sur l’axe Bamako-Conakry. D’après des témoignages recueillis par nos confrères du « Monde », au moins six axes principaux permettant de relier Bamako étaient bloqués mercredi. Le trafic aérien vers les pays voisins reste quant à lui maintenu.

Vendredi, plusieurs sources locale, sécuritaire et indépendantiste ont indiqué à l’AFP que le camp stratégique de Tessalit, situé dans le nord du Mali, est désormais sous contrôle des groupes armés. L’armée malienne et ses alliés russes « ont abandonné leurs positions de Tessalit ce vendredi matin », a indiqué à l’AFP un élu local. Situé près de la frontière avec l’Algérie (nord), Tessalit représente un camp stratégique de par sa position géographique, en plus de compter une grande piste d’atterrissage en bon état capable d’accueillir des hélicoptères et d’autres gros avions militaires.

De son côté, la force unifiée antidjihadiste du Niger, du Burkina Faso et du Mali a mené « d’intenses campagnes aériennes » dans le nord du Mali, a indiqué jeudi soir le gouvernement nigérien. Les autorités nigériennes « se félicitent […] de la prompte réaction énergique des unités de la force unifiée […] qui ont mené d’intenses campagnes aériennes les heures qui ont suivi les attaques lâches du 25 avril 2026 à Gao, à Ménaka et à Kidal », a indiqué jeudi soir le gouvernement du Niger.

Le ministre de la Guerre et de la Défense du Burkina, le général Célestin Simporé, a promis au nom de l’AES de « traquer » jusqu’à « leur dernier retranchement les assassins » du ministre malien de la Défense, lors de ses funérailles à Bamako.

Par  Service Actu

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