Les sages estiment que cette disposition porte “une atteinte disproportionnée” à la liberté d’expression des moins de 15 ans, et s’inquiètent des conséquences possibles sur la vie privée.
Enfants
Les sages estiment que cette disposition porte “une atteinte disproportionnée” à la liberté d’expression des moins de 15 ans, et s’inquiètent des conséquences possibles sur la vie privée.
Publié le 14 août 2026 à 16h07
C‘était une mesure phare de la fin de mandat d’Emmanuel Macron : le Conseil constitutionnel a censuré vendredi l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, considérant que cette mesure porte « une atteinte disproportionnée » à leur liberté d’expression. L’institution avait été saisie fin juillet par des députés socialistes et de La France insoumise sur l’article 1er de la loi visant à protéger les mineurs face aux réseaux sociaux. Dans la foulée de cette décision, Emmanuel Macron a chargé le Premier ministre, Sébastien Lecornu, de « travailler » à « une rédaction juridiquement robuste ».
Le Conseil estime que cette disposition, interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, « porte une atteinte qui n’est pas adaptée, nécessaire et proportionnée » à leur liberté d’expression et de communication. Tout en reconnaissant « l’exigence constitutionnelle de protection de l’intérêt supérieur de l’enfant », ils pointent le fait que cette interdiction très large « est susceptible de s’appliquer à des services de communication en ligne dont les risques pour la santé et la sécurité des mineurs […] ne sont pas établis ».
Censé entrer en vigueur au 1er septembre, le texte prévoyait d’écarter les plus jeunes des réseaux sociaux (TikTok, Snapchat, X, Instagram…) mais aussi des fonctionnalités sociales (chaînes de partage, commentaires…) de sites très populaires comme YouTube, de messageries (Whatsapp, Messenger…) et de certains jeux vidéo en ligne. Si la loi prévoyait des exceptions, notamment pour les encyclopédies en ligne et les répertoires éducatifs ou scientifiques, celles-ci demeurent trop « limitées », relève le Conseil constitutionnel.
Les 10-14 ans favorables à l’interdictionAnxiété, dépression, troubles du sommeil, harcèlement en ligne : le gouvernement cherchait avec cette loi à mieux protéger les plus jeunes des effets néfastes liés à l’utilisation de ces plateformes, comme réclamé par de nombreuses associations de défense de l’enfance. Selon une étude publiée en juillet par l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel et du numérique, plus des deux tiers des 10-14 ans seraient favorables à cette interdiction.
À lire aussi :
Le texte retoqué avait fait l’objet de nombreux échanges entre l’Assemblée et le Sénat, ce dernier ayant réécrit une large partie de la loi pour y intégrer notamment une « liste noire » de réseaux sociaux visés par l’interdiction, afin d’en réduire le champ d’application. Mais la version finale votée le 21 juillet au Parlement avait finalement abandonné cette idée, face aux craintes de non-conformité avec le droit européen.
Dans sa décision, le Conseil constitutionnel s’inquiète également des conséquences possibles sur la vie privée de l’instauration d’un système de vérification d’âge pour tous les utilisateurs. La loi prévoyait que les plateformes instaurent un ou plusieurs dispositifs pour cela au moment de l’inscription, sans pour autant en détailler la mise en œuvre technique. « Faute de déterminer les conditions et les limites » de cette justification d’âge, « le législateur n’a pas prévu les garanties légales » nécessaires au droit au respect de la vie privée, estime le Conseil.
Résultats contrastés dans le mondeLa loi française, dont l’adoption au Parlement constituait une première en Europe, s’inscrit dans un mouvement mondial. Fin 2025, l’Australie est devenue le premier État à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Depuis, de nombreux pays ont soit adopté, soit annoncé envisager des interdictions similaires, comme le Brésil, l’Indonésie, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande.
En Australie, les résultats sont contrastés : une étude publiée par le British Medical Journal n’a observé que peu de changements d’utilisation chez les utilisateurs âgés de 12 à 13 ans. Une légère baisse a été constatée chez les 14-15 ans, tandis qu’une augmentation a été relevée chez les 16 ans et plus. Les utilisateurs mineurs parviennent à contourner les restrictions en utilisant des comptes enregistrés au nom de personnes plus âgées ou en se connectant via un VPN, un outil permettant de se localiser dans un autre pays.
À lire aussi :
L’interdiction des réseaux sociaux aux ados, en Australie, ça ne marche pas
De son côté, la Commission européenne a annoncé en juillet son intention d’instaurer un accès « progressif et gradué » des mineurs aux réseaux sociaux. Un comité d’experts a recommandé une interdiction aux moins de 13 ans, chaque pays pouvant choisir son âge plancher. Uniquement saisi sur l’article 1er, le Conseil constitutionnel ne s’est pas prononcé sur l’interdiction du téléphone portable au lycée à partir du 1er septembre, qui figure dans le même texte de loi.
Le magazine en format numérique
Les plus lus
Pourquoi voyez-vous ce message ?
Vous avez choisi de ne pas accepter le dépôt de "cookies" sur votre navigateur, qui permettent notamment d'afficher de la publicité personnalisée. Nous respectons votre choix, et nous y veillerons.
Chaque jour, la rédaction et l'ensemble des métiers de Télérama se mobilisent pour vous proposer sur notre site une offre critique complète, un suivi de l'actualité culturelle, des enquêtes, des entretiens, des reportages, des vidéos, des services, des évènements... Qualité, fiabilité et indépendance en sont les maîtres mots.
Pour ce faire, le soutien et la fidélité de nos abonnés est essentiel. Nous vous invitons à rejoindre à votre tour cette communauté en vous abonnant à Télérama.
Merci, et à bientôt.