L'un des menhirs du site classé de la Pierre Plantée à Mayrac (Lot) a disparu lundi 10 août 2026. Les rumeurs les plus rocambolesques ont circulé à son sujet : certains ont parlé du vol d’un bout de l’histoire du...
l'essentiel L'un des menhirs du site classé de la Pierre Plantée à Mayrac (Lot) a disparu lundi 10 août 2026. Les rumeurs les plus rocambolesques ont circulé à son sujet : certains ont parlé du vol d’un bout de l’histoire du département, d’autres encore d’une destruction volontaire par dynamitage. Un dépôt de plainte a même été évoqué parmi les ouï-dire. Le mystère a enfin été élucidé. Voici ce qu’est devenu l'un des deux menhirs situés à Mayrac, un professionnel de l'archéologie s'est rendu sur place et lève le mystère.
Astérix et Obélix auraient pu être accusés d’avoir fait le coup ! L’un des deux menhirs provenant du site de la Pierre Plantée de Pinsac, situé entre les communes de Souillac et de Mayrac, a disparu lundi 10 août. La première hypothèse évoquée par les on-dit a été le vol du menhir. Et d’après la maire de Mayrac, Chantal Lacassagne, cela aurait tout à fait pu être plausible. "Ce site est connu de par son histoire, mais il est vrai que nous avons déjà été confrontés à des vols de vestiges et de pierres, ce qui est sincèrement très dommage".
Malgré tout, le mystère quant à ce menhir restait encore entier, et les rumeurs les plus ahurissantes ont circulé concernant cette pierre. Les ouï-dire ont parlé d'une destruction par dynamitage et un signalement a même été effectué aux forces de l'ordre. "J'ai été contactée par la gendarmerie de Mayrac pour me faire part d'un signalement de vol, mais il n'y a eu aucune suite", assure la maire. Pourtant, l’explication sur l’absence du rocher est bien moins fantastique qu’elle n’y paraît.
Reste une partie de la pierre sur son emplacement d'origine, qui était l'un des deux menhirs de la commune.
cl. Département du Lot – CDAL
"Je suis très étonné que les gens se posent autant de questions concernant cet événement, alors que tout va bien", explique Éric Labastie, coordinateur d’archéologie préventive au Service Patrimoine Environnement et Aménagements Durables du département du Lot.
L’histoire est la suivante : lors de travaux d’entretien routier réalisés par les services techniques intercommunaux, une mauvaise manœuvre d’un camion a descellé le menhir, haut de 1 m 80. "Les services de la commune étaient en train de tondre et d’entretenir le chemin, souvent fréquenté", confirme Chantal Lacassagne. Informée dans les plus brefs délais, la mairie a appliqué les procédures en vigueur concernant ces sites. "La Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) a immédiatement été prévenue, comme la procédure l’exige. Je me suis rendu sur place pour vérifier le positionnement précis du menhir, l'état des trois fragments et voir si tout était bien sécurisé. Je peux attester d'une chose : la mairie a fait plus que du bon travail", assure Éric Labastie.
Le menhir de la pierre planté de Mayrac, porté disparu lundi 10 août, a été endommagé lors d'entretien de la voirie. Une réunion sera organisée à l'automne en présence d'experts pour discuter de sa réhabilitation.
Éric Labastie, cl. Département du Lot – CDAL
La DRAC a également en sa possession des relevés photos du menhir, et la pierre datant peut-être de l'âge gaulois a été mise en lieu sûr. "L’intégralité des fragments, qui se compte entre trois, a été récoltée sur place, et placée à l’abri et en toute sécurité dans un local appartenant à la mairie, au vu des vols que nous avons déjà pu constater sur le site", rétorque la maire de Mayrac.
Une réunion de spécialistes est prévue au cours de l'automne pour définir les procédures de réhabilitationLa DRAC doit se rendre sur place, en présence d’élus de la mairie, pour définir la suite des démarches à accomplir pour la restitution du menhir dans son environnement. "Un rendez-vous a d’ores et déjà eu lieu le mercredi 12 août pour constater les dommages. J'ai par ailleurs lors de cette visite rencontré quelques locaux, qui s'attristaient de ne plus voir la roche en place", précise Éric Labastie.
Aucun dépôt de plainte n’a été effectué, et une restauration du rocher sur le site de la Pierre Plantée ne sera sans doute pas à prévoir avant la rentrée prochaine. "La commune organisera une réunion avec des spécialistes de la restauration pour voir ce qu'il sera possible de faire, mais aucune décision ne sera prise avant l'automne", insiste Éric Labastie.
Les origines de ces pierres restent encore aujourd'hui très floues, et même le nom de menhir n'est pas totalement exactLa définition littéraire d'un menhir est un monument mégalithique constitué d'une pierre brute ou légèrement taillée, dressée verticalement dans le sol. Son nom vient du breton maen (« pierre ») et hir (« long »). "Celui dont nous parlons aujourd'hui, nous l'appelons menhir car au vu de son positionnement et de sa forme, c'est ainsi que cela se nomme. Mais il existe aussi beaucoup d'origines historiques possibles quant à cette pierre", soulève le coordinateur d’archéologie.
En effet, il pourrait tout à fait s'agir d'un véritable menhir de l'époque gauloise, situé dans la préhistoire récente, c'est-à-dire dans la période appelée néolithique. Leur utilité principale reste encore aujourd'hui un mystère, mais de nombreux chercheurs sur le sujet pensent qu'ils avaient de multiples usages, comme de repère des territoires, de monuments pour les morts, de symboles de pouvoir ou de marques astronomiques pour suivre les saisons. Mais pour autant, il pourrait tout aussi bien s'agir d'autre chose.
"D'un autre côté, la voirie sur laquelle était placée la pierre ressemble fortement à une voirie romaine. Et à cette époque, les Romains installaient sur les voiries ce que nous appelons des bornes milliaires". Ces installations permettaient aux Romains de repérer les distances qui les séparaient des villes vers lesquelles ils se dirigeaient.
Troisième origine historique possible, de l'époque médiévale cette fois-ci. "Ce rocher est placé aujourd'hui à la limite de plusieurs communes : Souillac, Mayrac, Saint-Sozy et Pinsac." Il pouvait tout à fait servir de borne dite de seigneurie, qui avait pour objectif de délimiter les terres des seigneurs au Moyen Âge".
L'histoire de la pierre plantée n'a donc pas fini de faire parler d'elle...