Entre explosion populaire, arrivée de nouveaux investisseurs et inflation des salaires, Philip Roodhooft pointe les déséquilibres d’un cyclisme féminin en pleine croissance. ...
Au bord des routes du Tour de France Femmes, l'écart avec les hommes paraît parfois avoir disparu. Même public nombreux, même ferveur au départ et à l'arrivée, même enthousiasme autour des championnes. En cinq ans, le cyclisme féminin a changé de dimension. Mais derrière cette impressionnante progression populaire se cache une réalité économique beaucoup plus fragile.
Présent sur le Tour pour suivre son équipe féminine Fenix-Premier Tech, Philip Roodhooft observe la transformation du peloton de près. Le dirigeant belge se réjouit de l'arrivée de nouveaux investisseurs, comme Red Bull auprès de FDJ-Suez, mais il met aussi en garde contre une évolution à plusieurs vitesses.
"On se retrouve avec les petites équipes, les formations intermédiaires comme la nôtre et une poignée d'équipes qui évoluent à un tout autre niveau budgétaire", constate-t-il. Certaines structures arrivent encore sur les courses avec des moyens très limités, tandis que Lidl-Trek, UAE, Movistar, SD Worx ou FDJ-Suez investissent massivement pour jouer les premiers rôles.
Haugset s'empare du maillot jaune, Kopecky stoppée par les crampes: "Il n'y avait rien d'autre à faire que de ralentir et de la laisser repartir"L'équipe féminine, un enjeu sportif et commercialLongtemps considérée comme un outil permettant aux sponsors de soigner leur image, l'équipe féminine est devenue un enjeu sportif et commercial. Pour Roodhooft, les grandes formations masculines pourront même difficilement s'en passer à l'avenir. "Quelle entreprise disposant des budgets nécessaires pour investir dans le cyclisme acceptera encore de se contenter d'une équipe masculine ? Aucune."
Premier Tech avait d'ailleurs fait de la présence d'une équipe féminine une condition importante avant de rejoindre la structure des frères Roodhooft. Fenix, ancien partenaire de la formation masculine, a également choisi de devenir le sponsor principal de l'équipe féminine, convaincu par son potentiel.
Cette croissance provoque toutefois une inflation qui inquiète le dirigeant belge. Le nombre de coureuses capables de répondre immédiatement aux ambitions des plus grandes équipes reste limité. Résultat : la concurrence entre les formations fait grimper les rémunérations.
"Des salaires sont versés au-delà de toute logique. Il n'y a pas suffisamment de talents pour occuper toutes les places, ce qui fait que les bonnes coureuses sont surpayées", juge Roodhooft.
Pourquoi les soutiens-gorge des coureuses du Tour de France vont être contrôlés ce mardiUne rentabilité limitéeLe problème ne vient pas seulement des dépenses, mais aussi du nombre limité de journées réellement rentables. Le Tour de France Femmes ne dure que neuf étapes, contre 21 chez les hommes. En ajoutant le Giro et les principales classiques, Roodhooft estime que la saison féminine ne compte que 25 à 30 journées commercialement intéressantes.
Un calendrier trop restreint pour justifier les investissements actuels, alors que de nombreuses épreuves peinent encore à obtenir une diffusion télévisée et une exposition médiatique suffisante. "Les investissements sont devenus trop importants pour pouvoir se satisfaire du calendrier actuel."
Le cyclisme féminin poursuit donc sa croissance, mais il doit encore consolider ses fondations. Pour Roodhooft, les priorités sont claires : davantage de courses visibles, plus de concurrence, notamment dans les sprints dominés par Lorena Wiebes, et surtout un réservoir plus large de coureuses talentueuses. Avec, si possible, davantage de Belges au plus haut niveau. "Le fait qu'il n'y ait pas d'argent à gagner ne peut plus être utilisé comme argument", termine Roodhooft, conscient que l'écart avec le cyclisme masculin est encore immense.
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