Pierre Huyghe offre une expérience totale à la Fondation Beyeler à Bâle, reconstruisant un réel décalé. ...
Première exposition en Suisse de Pierre Huyghe, né en 1962 à Paris, qui vit et travaille à Santiago, au Chili. Il nous avait déjà subjugués avec de mémorables installations à la Documenta de Kassel (2012), au Centre Pompidou (2013) et à la Punta de la Dogana à Venise (2024).
Pour la superbe Fondation Beyeler à Bâle, il propose une exposition totale, puissante, intrigante, comme une plongée dans un futur post-apocalyptique, ou comme un retour aux origines de l'humain dans le magma du monde. Un autre monde pourtant étrangement proche du nôtre. Une sorte de "soulscape", un paysage de l'âme.
On y suit ainsi un magnifique et stupéfiant nouveau film de 2025 : Liminals. Une femme nue sans visage, la figure creusée par un vide, émerge par une série de métamorphoses d'un monde désolé plein de brumes et de bruits mystérieux. C'est assister à la naissance du vivant. Une figure humaine errante, instable, "forme humaine vide, sans cerveau, ni visage, ni monde, se déplaçant sur une surface infinie, entourée par le néant", dit Pierre Huyghe.
Photo de la vidéo "Liminals' (2025) de Pierre Huyghe à la Fondation Beyeler ©Photo : D.R.On pourrait être sur Mars ou après une guerre nucléaire, comme dans le livre La Route de Cormac McCarthy. Un monde curieusement très attirant aussi où, explique Pierre Huyghe, "les possibles ne s'excluent pas, où chaque instant demeure incertain". Le visiteur est scotché devant les images très belles de ce film, renvoyant à nos inconscients.
Une forme humaine vide, sans cerveau, ni visage, ni monde.
Toute l'exposition est conçue comme une expérience sensible en constante mutation. Dans tous les murs, des trous expulsent de l'air régulièrement, comme si le bâtiment respirait au rythme d'une sorte de poumon, une membrane qui respire dans un aquarium. Assise contre un mur, une performeuse toute de noir vêtue a la tête couverte d'un masque doré qui génère une langue inventée d'après les bruits des salles (on change les performeuses toutes les demi-heures). Le visiteur s'interroge : portons-nous tous toujours un masque ? Une plaque de bronze posé sur le sol présente un grand creux, moulé sur le ventre d'une femme enceinte.
Performeuse masquée à l'exposition Pierre Huyghe à la Fondation Beyeler ©Photo : D.R.On retrouve les magnifiques films de Pierre Huyghe, comme Human Mask (2014), tourné dans un restaurant de Fukushima, avec un grand singe domestiqué, habillé et masqué en femme, qui servait les clients. L'artiste l'a "embauché" pour l'habiller en fille au joli masque blanc, créant un hybride à la fois séduisant et horrifiant, mélange d'homme et d'animal.
Superbe film aussi avec Camata (2024), tourné dans le désert de l'Atacama au Chili, montrant un squelette retrouvé dans la terre et, autour, une machine sans humain, qui procède à un énigmatique rituel plein de douceur autour du corps sacré par les populations indigènes : c'est la rencontre d'un corps sans pensée et d'une pensée sans corps. Une vidéo remplie de mélancolie.
À la Bourse de Commerce, l'art face aux ténèbres actuellesComme dans toutes les expos de Pierre Huyghe, on y trouve du vivant. Cette fois, c'est une colonie de fourmis sur un mur, et des araignées et limules au fond d'un aquarium surmonté d'un rocher flottant. À la fin de l'expo, une larve géante, robotisée, ondule lentement devant une porte vitrée.
Une énigmatique pierre est déposée, faite de verre, cire, rochers, comme venue d'un autre monde. Une exposition à ne pas rater qui se présente comme un "paysage de l'âme".
La nouvelle aile
La nouvelle future aile de la Fondation Beyeler, signée Peter Zumthor ©La nouvelle future aile de la Fondation Beyeler, signée Peter ZumthorÀ côté de la merveilleuse architecture de Renzo Piano pour la Fondation Beyeler qui abrite cette exposition, on peut désormais découvrir l'aile neuve signée du grand architecte suisse Peter Zumthor et qui sera inaugurée normalement cet automne. Elle abritera d'autres expos. Son architecture est volontairement le contraire de celle de Piano. Celui-ci avait conçu un bâtiment horizontal tout en verre. Zumthor choisit un bâtiment vertical aux murs de béton (un béton très chaleureux) avec de grandes baies vitrées. Au-dessus du mur, un petit Maurizio Cattelan est assis et bat du tambour.
Pour l'instant, en plus de l'expo Pierre Huyghe, la Fondation reprend une série de ses chefs-d'œuvre : de Baselitz, un énorme Stiegel, un Warhol bleu, toute une série de formidables Bacon, des Louise Bourgeois.
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