Le président américain a commencé à vendre un accès prioritaire à ses publications sur son réseau social.
International 06/08/2026 06:30 Actualisé le 06/08/2026 10:17
Le président américain a commencé à vendre un accès prioritaire à ses publications sur son réseau social.
Par Florian Huvier avec AFP
Pour Donald Trump, voici le prix de la « vérité ». Depuis le 1er août, le président américain vend à certains investisseurs un accès anticipé à ses messages sur son réseau Truth Social.
Ce réseau social privé, appartenant à la société Trump Media dont il est le principal actionnaire, est utilisé comme un canal de communication officiel par le locataire de la Maison Blanche. Ce dernier a pris l’habitude d’y annoncer des décisions diplomatiques, militaires ou économiques majeures, que ce soit sur l’Iran ou sur les droits de douane, faisant régulièrement tanguer les marchés mondiaux.
Donald Trump s’est dit qu’il pourrait en tirer profit. Samedi 1er août, sa société a mis en route un nouveau service, « Truth API », une interface de programmation d’application annoncée mi-juillet.
Désormais, les informations diffusées en exclusivité par le président américain sont disponibles sur abonnement. Le média Axios évoque un tarif mensuel allant de 60 000 à 100 000 dollars, qui promet un accès quasiment instantané aux publications de Donald Trump sur son réseau, juste avant que le grand public n’en prenne connaissance. Selon le Wall Street Journal, cinq entreprises financières avaient souscrit à « Truth API » peu après son lancement.
Toujours plus de profitsL’idée est de « donner aux investisseurs les plus rapides et aux algorithmes un avantage qui se mesure en fractions de seconde », explique Art Hogan, analyste pour le gestionnaire de fortune B. Riley Wealth Management, interrogé par l’AFP. Cela leur offre la possibilité d’anticiper les réactions des marchés, et de faire du profit en vendant ou en achetant des actions ou des matières premières.
Quelques heures après le lancement de ces abonnements, Donald Trump a d’ailleurs démontré sa capacité à affoler les cours de la Bourse. Il a ainsi annoncé sur Truth Social qu’il suspendait des frappes massives prévues contre l’Iran. Peu après, à l’ouverture des marchés, le pétrole a plongé, comme à chaque reculade du président américain.
Mais une telle décision relance les accusations de corruption autour de Donald Trump et de son clan. Les informations sur la conduite du conflit en Iran « n’appartiennent pas à Trump personnellement », mais au gouvernement américain, et le président n’est donc pas censé monnayer leur diffusion au profit d’une entreprise à laquelle il est associé, estime auprès de l’AFP Ann Lipton, professeure de droit à l’université du Colorado, à Boulder.
Selon cette spécialiste de la régulation boursière, l’ancien promoteur immobilier « sait que plus il fait bouger les marchés, plus l’abonnement (à Truth API) devient rentable », ce qu’elle juge « dangereux ».
Accusations de corruption et d’abus de pouvoirLe sénateur démocrate Mark Warner a annoncé mardi sur X déposer un projet de législation pour « couper court à cette corruption et assurer que tous les Américains aient un accès libre et équitable aux annonces publiques faites par des responsables gouvernementaux. »
Ses collègues Elizabeth Warren et Adam Schiff avaient déjà réclamé, dans un communiqué paru le 29 juillet, une enquête de la puissante autorité de régulation des marchés boursiers, la SEC, sur ce qu’ils décrivent comme un « abus de pouvoir scandaleux ».
Le président et sa famille font face à des accusations d’enrichissement personnel indu et de conflits d’intérêts depuis le début du second mandat du républicain. Des critiques que Donald Trump balaie d’un revers de main. Début juillet, il a défendu le fait d’avoir gagné environ 1,2 milliard de dollars grâce à ses activités dans les cryptomonnaies en 2025, affirmant que « tout le monde profitait » de son retour au pouvoir. Selon le magazine Forbes, son patrimoine personnel est passé de 2,3 à 6,5 milliards de dollars entre 2024 et 2026.