András Baka devrait devenir le prochain président de la Hongrie, aidant ainsi le Premier ministre Péter Magyar à tourner la page sur des années d'autocratie sous Viktor Orbán
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BUDAPEST – Le Parlement hongrois procédera mardi à un scrutin à bulletin secret pour élire le juriste András Baka à la présidence du pays.
Compte tenu de la majorité qualifiée écrasante de 71 % dont dispose le parti Tisza, la victoire de cet homme de 73 ans n’est qu’une simple formalité. Baka devrait prendre ses fonctions le 19 août, avant la fête nationale du 20 août, comblant ainsi le vide laissé par Tamás Sulyok, qui a été destitué.
Alors que le gouvernement présente cette nomination comme un retour à l’État de droit, Baka – dont la carrière se caractérise par un respect rigide, souvent controversé, de la lettre de la loi – constitue un paradoxe politique complexe pour le Premier ministre Péter Magyar.
La nomination de Baka est empreinte d’une ironie historique. En 2011, le gouvernement du Fidesz de l’ancien Premier ministre Viktor Orbán l’avait démis de ses fonctions de président de la Cour suprême par une manœuvre constitutionnelle en « une phrase ».
À l’époque, Baka avait dénoncé cette décision, affirmant que « le fait qu’un haut fonctionnaire […] puisse être démis de ses fonctions par un amendement de dernière minute […] est tout simplement consternant. »
Quinze ans plus tard, il s’apprête à bénéficier de cette même tactique. Sulyok, son prédécesseur, a été démis de ses fonctions le mois dernier en vertu du 17e amendement, une manœuvre législative qui a mis fin à son mandat du jour au lendemain.
Baka a qualifié cette mesure d’acte nécessaire de « libération de l’État », mais ses détracteurs soulignent que le mécanisme juridique est identique à celui qu’il avait autrefois qualifié de violation de l’État de droit.
Un héritage qui divise : 1956 et 2006
Pour la droite hongroise, Baka reste une figure profondément clivante en raison de son parcours judiciaire lié aux deux traumatismes historiques les plus douloureux du pays : la révolution de 1956 et le scandale des violences policières de 2006.
Baka faisait partie de la majorité de la Cour européenne des droits de l’homme qui a annulé la condamnation de l’officier à la retraite János Korbely pour crimes contre l’humanité liés à 1956. L’arrêt a estimé que ces meurtres ne constituaient pas des crimes imprescriptibles au regard du droit international de l’époque, une décision que les détracteurs ont vivement critiquée, lui reprochant de privilégier un formalisme juridique rigide au détriment de la nécessité morale de traduire en justice les auteurs des crimes de 1956.
Son rôle concernant les troubles de 2006 est tout aussi controversé. Alors que Magyar s’est forgé son identité politique initiale en tant que militant défendant les victimes de la terreur policière du gouvernement Gyurcsány, Baka, en tant que président de la Cour suprême, s’est opposé à une « loi de nullité » visant à réhabiliter les victimes.
Une sélection « secrète »
Malgré les promesses de campagne du parti Tisza visant à mettre fin aux « accords en coulisses » et à instaurer des consultations sociales pour la présidence, la sélection de Baka a été tout sauf transparente. Suite à l’échec de la nomination de Judit Polgár, la recherche d’un candidat s’est déroulée à huis clos.
La faction Tisza a choisi Baka lors d’un scrutin secret dimanche, ne laissant aucune place au « débat public » que Magyar avait autrefois promis.
Les détracteurs ont souligné que Baka incarne bon nombre des traits de caractère que les électeurs de Tisza avaient auparavant tournés en dérision chez les personnes nommées par le Fidesz. Il est plus âgé que Sulyok, c’est un juriste de carrière, et il est nommé par une majorité parlementaire unilatérale.
Le parti d’opposition Fidesz y voit la preuve d’une « autocratie de Tisza ».
Frictions au sein de l’alliance
Baka a déjà fait savoir qu’il ne se contenterait pas d’approuver sans discussion les réformes de Tisza. Bien qu’il soutienne le démantèlement de l’ère Orbán, il s’est publiquement opposé au gouvernement de Magyar au sujet de la limitation à douze ans de la durée du mandat des députés, la qualifiant d’« inacceptable » dans une récente interview accordée avant sa nomination.
Il a également fait valoir que les outils administratifs ne doivent pas se substituer à la volonté démocratique des électeurs.
Cela suggère que, bien que Baka soit disposé à faciliter un « changement de régime », il reste un formaliste qui ne transgressera pas la lettre de la loi pour satisfaire des impératifs politiques. Le groupe de réflexion Political Capital estime que sa présidence sera marquée par son caractère « transitoire ».
Son mandat devrait prendre fin dès l’adoption de la nouvelle Constitution hongroise, soit dans cinq ans au plus tard.
(ow, cm)
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