Le trio, composé d’un fils et de deux petits-fils du maestro de la musique brésilienne, s’est produit en ouverture du festival Fiest’A Sète mercredi. Alors que Gilberto poursuit sa tournée d’adieu, la relève, elle, est en pleine ascension.
Le trio, composé d’un fils et de deux petits-fils du maestro de la musique brésilienne, s’est produit en ouverture du festival Fiest’A Sète mercredi. Alors que Gilberto poursuit sa tournée d’adieu, la relève, elle, est en pleine ascension.
Les Gilsons sur scène, le 29 juillet 2026, en ouverture du festival Fiest’ A Sète. Photo Romàn Josa
Par Eric Delhaye
Publié le 30 juillet 2026 à 17h42
La dernière fois que José, Francisco et João Gil ont foulé la scène ouverte sur la Méditerranée du Théâtre de la Mer, à Sète, c’était en 2023. Déjà dans le cadre du festival Fiest’A Sète, ils formaient alors la colonne vertébrale du groupe accompagnant le patriarche de la famille, Gilberto Gil, 84 ans désormais. Ils continuent de jouer avec lui lors de chaque concert de son interminable tournée d’adieux, tout en assumant leur propre notoriété grandissante, au Brésil tout du moins, où leur trajectoire ascendante croise la carrière finissante de leur glorieux aïeul.
Mercredi 29 juillet, à la même affiche que le sambiste Rogê, les Gilsons donnaient le dernier concert de leur tournée européenne, avant de regagner Rio où ils se produiront ce week-end. Méconnus en France, où ils attirent un public intrigué par leur patronyme, ils mobilisent aussi la diaspora brésilienne qui chante en chœur les tubes dont leur carrière est déjà émaillée : Love Love, Devagarinho, Várias Queixas… ainsi que les titres de leur récent deuxième album, Eu Vejo Luz Em Maior Proporção Do Que Eu Vejo A Escuridão.
Perpétuer le mélange des sonoritésDans leur loge, à quelques heures de monter sur scène et à quelques minutes de plonger dans la mer, sont ainsi alignés José, fils de Gilberto Gil, benjamin de huit frères et sœurs nés de trois mères différentes ; et les petits-enfants de Gil, Francisco (fils de Preta) et João (fils de Nara). « Lors de nos premiers concerts ensemble, nous avons posté des vidéos sur le groupe WhatsApp de la famille, raconte Francisco. En les voyant, ma mère a dit que nous devrions nous baptiser Gilsons, les fils de Gil. » C’était en 2018. Le trio a fait du chemin depuis, avec pour défi de trouver sa propre voie.
Avec Gil, les Gilsons font du Gil. Sous leur nom, ils embrassent un demi-siècle de musiques brésiliennes, tout en contribuant au sillon actuellement creusé — à Rio, mais pas seulement — par des jeunes groupes et artistes aussi intéressants que Jovem Dionisio, Julia Mestre, Ana Frango Elétrico, Luedji Luna, Bruno Berle, Bala Desejo, Marina Sena, Chico Chico, Josyara, etc. « On adore le fait que les musiques brésiliennes aient toujours mélangé différents styles et sonorités, dit João. C’était déjà le cas avec la bossa nova, qui associait la samba avec le jazz moderne des années 1950 et 1960. C’était encore vrai avec le tropicalisme de Gil et Caetano [Veloso], qui s’est nourri du rock’n’roll et du psychédélisme pour les mélanger aux sonorités traditionnelles du Nordeste. Chez Gilsons, nous adoptons la même approche lorsque nous associons les guitares nylon et les percussions africaines avec les claviers, la batterie électronique et les possibilités offertes par la production informatique. »
Fort engagement politiqueLes Gilsons disent avoir trouvé leur style sans le chercher. De la même manière, José, dont les plus lointains souvenirs sont tous liés aux tournées avec ses parents, estime que la musique l’a choisi plutôt que l’inverse. Comme son père, il se destinait à une carrière dans la gestion. João a étudié le design et Francisco a débuté dans le cinéma. Il faut croire que le tropisme familial les a rattrapés. « Nous avons tous essayé de faire autre chose que de la musique… et nous voilà », résume João — qui porte un maillot de l’équipe de France de football, millésime 1998, floqué du numéro 10 de Zinédine Zidane : « Votre rêve est devenu réalité. Mais cette année, pour la Coupe du monde, la désillusion a été la même pour tous. On a tous perdu ! »
Le titre de l’album, Je vois la lumière en plus grande proportion que je ne vois l’obscurité, est une déclaration de foi. Les Gilsons sont des optimistes, une forme de résistance dans un pays toujours tiraillé entre les démocrates et les nostalgiques de la dictature passée. Gilberto Gil, qui fut emprisonné puis s’exila à la fin des années 1960, longtemps avant d’être le ministre de la Culture du président Lula, s’est toujours mêlé de politique. « Peut-être devrait-on le faire davantage », admet José, tout en soulignant que leurs positions, régulièrement exprimées sur scène, sont connues de tous. La prochaine élection présidentielle, qui devrait opposer Lula à Flávio Bolsonaro (fils de l’ancien président d’extrême droite) en octobre, sera une nouvelle occasion pour les musiciens brésiliens de se mobiliser.
En septembre, les Gilsons joueront deux fois au festival géant Rock in Rio, sous leur propre nom et avec Gilberto Gil. Les adieux de ce dernier au public carioca ? Ils n’y croient pas : « Il va arrêter les grosses tournées, mais il donnera encore quelques concerts. » La relève peut bien attendre.
Découvrir la note et la critique
“Brasiliano”, de Lucas Santtana : une joyeuse polyphonie autour de la musique brésilienne
Festival Fiest’A Sète, jusqu’au 3 août. Avec Robert Finley, Fantastic Negrito, Michelle David & The True-Tones, Omar, Ballaké Sissoko & Piers Faccini, Dhafer Youssef, Alfredo Rodriguez, Son Rompe Pera… fiestasete.com
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